‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 14 sur 133 · ANTIOCHUS, ARSACE ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, ARSACE ANTIOCHUS

Ne me trompé-je point ? L'ai-je bien entendue?

[1] Etonner au sens très fort, conforme à Tétymologic et usuel au xvu» siiClc : frapper de stupeur (comme d'un coup de tonnerre). (2) Il faut évidemment compléter par comme un traître. (3> L'abandon de Titus.

============ BERENICE

Que je me garde, moi, de paroître à sa vue ! Je m'en garderai bien. Et ne partois-je pas, Si Titus malgré moi n'eût arrêté mes pas ? Sans doute (1), il faut partir. Continuons, Arsacc Elle croit m'affliger : sa haine me fait grâce. Tu me voyois tantôt inquiet, égaré :

Je parfois amoureux, jaloux, désespéré : Bt maintenant, Arsace, après cette défense, Je partirai peut-être avec indifférence.

ARSACE

Moins que jamais, Seigneur, il faut vous éloigner.

A.NTIOCHUS

Moi, je demeurerai pour me voir dédaigner?

Des froideurs de Titus je serai responsable?

Je me verrai puni parce qu'il est coupable ?

Avec quelle injustice et quelle indignité

Elle doute à mes yeux de ma sincérité !

Titus l'aime, dit-elle, et moi je l'ai trahie.

L'ingrate ! m'accuser de cette perfidie !

Et dans quel temps encor ? Dans le moment fatal

Que (2) j'étale à ses yeux les pleurs de mon rival;

Que, pour la consoler, je le faisois paraître

Amoureux et constant, plus qu'il ne l'est peut-être.

ARSACE

Et de quel soin. Seigneur, vous allez-vous troubler? Laissez à ce torrent le temps de s'écouler. Dans huit jours, dans un mois, n'importe, il faut qu'il passe. Demeurez seulement.

Non, je la quitte, Arsace.

Je sens qu'à sa douleur je pourrois compatir : Ma gloire, mon repos, tout m'excite à partir. Allons ; et de si loin évitons la cruelle,

§ue de longtemps, Arsace, on ne nous parle d'elle, outefois il nous reste encore assez de jour : Je vais dans mon palais attendre ton retour. Va voir si la douleur ne l'a point trop saisie. Cours; et partons du moins assurés de sa vie.

(i) Sans doute = sans aucun doute. Sens fréquent au xvii» siècle, (a) Que pour oii est d'emploi usuel à ceue date.

FIN DU TROISIÈME ACTE

RACINE

Page 1