‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 61 sur 133 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ATALIDE, ZATIME

Hélas! pour qui mon cœur doit-il faire des vœux? J'ignore quel dessein les anime (1) tous deux. Si de tant de malheurs quelque pitié te touche, Je ne demande point, Zatime, que ta bouche Trahisse en ma faveur Roxane et son secret. Mais, de grâce, dis-moi ce que fait Bajazet. L'as-tu vu? Pour ses jours n'ai-je encor rien à craindre?

ZATIME

Madame, en vos malheurs je ne puis que vous plaindre.

ATALIDE

Quoi ? Roxane déjà l'a-t-elle condamné ?

ZATIME

Madame, le secret m'est surtout (2) ordonné.

ATALIDE

Malheureuse, dis-moi seulement s'il respire.

ZATIME

Il y va de ma vie, et je ne puis rien dire.

ATALIDE

Ah! c'en est trop, cruelle. Achève, et que ta main Lui donne de ton zèle un gage plus certain.

(1) Animer avec le sens d'exciter, pousser est fréquent au xvii» siècle.

(2) L'orthographe du xvii' siicle était sur tout et le sens fréquent au dessus de tout, par dessus tout.

RACINE

Perce toi-même un cœur que ton silence accable, D'une esclave barbare esclave impitoyable. Précipite des jours (1) qu'elle me veut ravir ; Montre-toi, s'il se peut, digne de la servir. Tu me retiens en vain ; et dès cette même heure, Il faut que je le voie, ou du moins que je meure.

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