‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 89 sur 133 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MITHRIDATE, ARBATE ARBATE

Seigneur, tous vos soldats refusent de partir. Pharnace les retient, Pharnace leur révèle Que vous cherchez à Rome une guerre nouvelle.

MITHRIDATE

Pharnace ?

ARBATE

Il a séduit ses gardes les premiers ; Et le seul nom de Rome étonne les plus fiers (3). De mille affreux périls ils se forment l'image. Les uns avec transport embrassent le rivage ; Les autres, qui partoient, s'élanceat dans les flots, Ou présentent leurs dards aux yeux des matelots. Le désordre est partout ; et loin de nous entendre. Ils demandent la paix, et parlent de se rendre, Pharnace est à leur tète ; et flattant leurs souhaits, De la part des Romains il leur promet la paix.

MITHRIDATE

Ah ! le traître ! Courez. Qu'on appelle son frère ; Qu'il me suive, qu'il vienne au secours de son père.

(1) On sait que, suivant la légende, Mithridate s'était accoutumé peu à peu à supporter les poisons. Il y a dans Appien une antithèse du même genre.

(2) Il y a quelques ressemblances entre ce monologue et celui où Auguste dans Cinna se demande s'il doit punir Cinna ou lui pardonner.

(3) Remarquer la rime premiers = fiers. Ces rimes insuffisantes pour l'oreille (seuls les Normands prononçaient encore Jii) sont fréquentes au XVII* siècle.

MITHRIDATE

ARBATE

J'ignore son dessein ; mais un soudain transports L'a déjà fait descendre et courir vers le port ; Et l'on dit que suivi d'un gros (1) d'amis fidèles, On l'a vu se mêler au milieu des rebelles. C'est tout ce que j'en sais.

MITHRIDATE

Ah ! qu'est-ce que j'entends ?

Perfides, ma vengeance a tardé trop longtemps. Mais je ne vous crains point Malgré leur insolence, Les mutins n'oseroient soutenir ma présence. Je ne veux que les voir ; je ne veux qu'à leurs yeux Immoler de ma main deux fils audacieux.

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