‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 113 sur 134 · SCÈNE PREMIERE FRA LEONARDO, STROZZI · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE FRA LEONARDO, STROZZI

FRA LEONAHDO.

Je te dis, Strozzi, que tu peux toujours bénir, aimer, embrasser ton enfant et pardonner à Lorenzino !

STROZZI, agité et parcourant la scène.

Lorenzino! Mais je vous dis qu'il est aimé d'elle; je vous dis (jue je l'ai vu sortir de chez elle à une heure du matin; je\ous dis que c'est un misérable !

FRA LEONARDO

Luisa l'aime, c'est vrai, mais d'un amour pur et fraternel.

STROZZI

L'amour d'un Lorenzino, pur et fraternel?... Et c'est vous qui me dites cela, mon père! Vous, habitue à lire au fond du cœur des hommes, c'est vous qui venez prendre contre moi la défense de cet infâme !

FRA LEONARDO, rêveur.

Oui, mon fils, tu l'as dit, il y a peu d'âmes que je n'aie sondées, peu de ces gouffres sombres où s'agitent les passions humaines dont je n'aie mesuré la profondeur... Eh bien, te le dirai-je, Strozzi, Lorenzino est un de ceux-là dont la pensée m'est toujours restée inconnue. Cependant, je l'ai suivi longtemps des yeux, cet homme sur qui reposait, lu le sais, l'espoir de la ])atrie... Eh bien, plus je me suis penché sur cet liomme, moins j'ai vu clair dans l'abîme de son cœur! Depuis son retour de Rome, et il y a de cela un an, il est devenu impénétrable à tous les regards, même aux nôtres; car, depuis son retour, pas une seule fois il ne s'est approché du tribunal de la pénitence... Oh! celui qui entendra la confession suprême de cet homme !...

STROZZI, d'une voix sombre.

Oui, si toutefois il ne meurt pas sans confession..,

N'importe, tout n'est pas perdu avec lui, puisqu'il aime... L'amour est non-seulement une croyance, mais encore une religion, et le cœur où il reste un rayon d'amour n'est pas entièrement renié de Dieu.

STROZZI, sans écouler fra Leonardo.

Suis-je assez malheureux! Il fallait, pour achever de briser mon C'iHir, déjà si plein de doutes, que l'amour de cet homme s'arrêtât sur Luisa, et que Luisa le lui rendît!

FKA LEONARDO.

Strozzi, Strozzi, au lieu d'accuser le ciel, remercie-le, au contraire, de ce que la pauvre enfant, abandonnée comme elle l'était et croyant satisfaire au désir paternel, tout en aimant comme une femme, est restée pure comme un ange!

STROZZI

Oh ! si je le croyais, du moins!

FRA LEONARDO

Puisque je te l'affirme!

STROZZI

Mais, alors, pourquoi ne vient-elle pas me dire cela ellemême? Il me semble que, si c'était elle qui me le dit, je n'en douterais plus.

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