‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 129 sur 134 · SCÈNE III LORENZINO, MICHELE · texte numérisé non relu

SCÈNE III LORENZINO, MICHELE

MICHELE

Me voici, monseigneur.

LORENZINO

Je suis heureux de te trouver si exact au rendez-vous... Es- tu prêt ?

MICHELE

C'est donc pour ce soir?

LORENZINO

Dans une heure, tout sera fini.

MICHELE

Où faut-il aller?

LORENZINO

Nulle part.

MICHELE

C'est donc chez vous q'ie la chose se passera ?

LORENZINO

C'est ici même.

MICHELE

Mais ne craignez-vous pas qu'on n'entende, de chez le duc, le cri et le cliquetis des armes ?

Depui^^ un an, les voisins ont entendu chez moi tant de cris et de froissements d'épée, qu'ils n'y feront pas attention; sois tranquille.

MICHELE

Votre Excellence n'oublie pas qu'elle m'a fait une promesse?

LORENZINO

Rappelle-la-moi.

MICHELE

C'est que, vous vengé, je serai libre de me venger à mon tour.

LORENZINO

Tu veux donc tuer le duc?

MICHELE

Plus que jamais !

LORENZINO

Et ni pour or ni pour argent, ni par menace ni par prière, tu ne renoncerais à ton projet?

MICHELE

J'ai fait serment de le tuer sans pitié, sans miséricorde.

LORENZINO

C'est donc bien vrai, ce que tu m'as raconté?

MICHELE

Je vous ai dit la vérité tout entière.

Mais c'est impossible à croire !

LORENZINO ITi

MICHELE

Pourquoi cela?

LORENZINO

Il n'y a pas d'homme capable d'une pareille cruauté.

MICHELE

Le duc Alexandre n'est pas un homme,

LORENZINO

Elle était belle, cette jeune fille ?

MICHELE

Belle comme un ange !

J'ai oublié son nom...

Nella.

Et morte?...

Morte !

A quel âge?

A dix-huit ans.

C'est bien jeune I

MICHELE

C'est trop vieux, quand, depuis deux ans déjà, le malheur et la honte sont entrés dans votre vie?

Et tu dis qu'après t'avoir donné l'espoir d'être son mari, le duc Alexandre... ?

MICHELE

Oh! laissez-moi, monseigneur!... Ne sentez-vous pas qu'à chacune de vos paroles, la colère me monte au front et me donne le vertige?... Taisez-vous! vous me rendriez insensé... Il ne s'agit pas de moi, il s'agit de vous; c'est vous (jui allez vous venger, n'est-ce pas ? et non pas moi ; c'est moi qui suis obligé d'acheter ma vengeance au prix de la vie d'un autre que celui qui m'a offensé... Dites-moi quel est l'homme assez abandonné du ciel pour servir de bouclier au duc... Nommezmoi cet homme, nommez-le-moi ! Je suis prêt.

LORENZINO

MICHELE

LORENZINO

MICHELE

LORENZINO

MICHELE

LORENZINO

LORENZINO

Je n'ai pas besoin de te le nommer, tu le verras,

MICHELE

Mais je le connais donc ?

LORENZINO

Tu as mauvaise mémoire, Michèle ! Tu m'as nommé quatre hommes qui étaient dans la chambre du duc pendant cette nuit fatale, et je t'ai dit que celui dont j'avais à me venger était un de ces quatre hommes.

MICHELE

C'est vrai; cela suffit, (voyant Lorenzino qui écoute.) On ferme la porte de la rue... Est-ce lui ?

LORENZINO

Non, pas encore... Mais c'est quelqu'un qui ne doit pas te voir. (Montrant la gauche.) Entre dans ce cabinet, et n'en sors que quand je t'appellerai à mon aide... Pense au duc, rêve ta vengeance, et que, lorsque j'aurai besoin de toi, je te trouve i'épée à la main... Entre !

(Il le pousse daus le cabinet.)

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