POST-SCRIPTUM
Les préfaces sont pour les chutes. 11 n'y a donc rien à faire, a; rès un succès, que de remercier les artistes qui y ont contribué.
Firmin a été, ce qu'il est toujours, comédien spirituel et de bon goût. Cette fois, sa tâche était difficile : il avait à porter le poids d'un nom qui est devenu le type de toute grâce et de toute élégance : il l'a noblement soutenu, et le public a
VU reparaître une de ces ombres aristocratiques qui vont s'effaçant de jour en jour dans la société, et que, depuis Fleuiy on croyait absentes du théâtre. Un instant, les spectateurs auraient pu douter que cet homme, si plein de ravissante fatuité, fût le môme qu'ils avaient applaudi tant de fois dans le rôle candidement passionné de Saint-Mcgrin, si, vers la fin du cinquième acte, ils n'eussent reconnu en lu^ ces accents de l'àme qui n'appartiennent qu'à lui. C'est que le cœur si franc et si loyal de l'homme se trahit toujours quelque peu sous l'habit du comédien.
Lockroy, chargé d'un rôle difficile et dangereux, en ce qu'il contrastait, par son caractère mélancolique, avec les couleurs joyeuses des autres rôles, a retrouvé dans le chevalier d'Aubigny ses plus belles inspirations de Monaldcschi, d'Elhelwood et de Muller. C'est une vieille et sincère fraternité d'armes que celle qui nous unit à lui, et elle nous a toujours poi'té bonheur.
Le rôle de d'Aumont était un de ces rôles que nous n'eussions pas osé offrir à tout le monde : il fallait la tenue et l'élégance de Mirecourt au comédien qui osait se montrer au public sous l'habit du gmtiUiomme le plus débraillé de France. Au reste, outre l'élégance et la tenue qui lui sont habituelles, Mirecourt a su trouver des effets de cette bonne et franche gaieté dont le Théâtre-Français seul a conservé la tradition.
Que mademoiselle Mante ne nous en veuille pas de reporter si loin les compliments que nous avons à lui faire : nous suivons dans ces quelques mots les habitudes de distribution théâtrale, qui rejettent d'une façon si peu galante les femmes à la fin de la liste des personnages qui jouent dans une pièce : il est impossible de mieux comprendre le rôle de madame de Prie qu'elle ne l'a fait; c'était bien la hautaine et insolente favorite qui régna trois ans sur la France et qui mourut de douleur d'avoir été détrônée; mais, ce que nous doutons que madame de Prie ait jamais possédé, c'est une finesse d'intonation qui laisse deviner, par une seule exclamation, tout ce qui se passe dans le cœur. Mademoiselle Mante est une excel- VII. G
lente comédienne, à qui le public rend tous les jours justice en attendant que les dislributeursdes grâces ministérielles en fassent autant.
Quant à mademoiselle Dupont, la vive et joyeuse Lisette, nous lui devons une double reconnaissance, et d'avoir bien voulu prendre un rôle que nous n'osions pas lui offrir, et de l'avoir joué avec cet entrain qu'elle apporte aux grandes compositions de Molière et de Marivaux. Nous avons contracté envers elle une dette qu'un simi)lc remercîment n'acquitte pas; et nous espérons, comme M. le duc de Richelieu, lui payer un jour ses gages en monnaie de théâtre.
On s'étonnera, sans doute, que nous n'ayons pas encore prononcé le nom de mademoiselle Mars : nous lui dédions cette comédie. Le succès remonte à sa source.
Alex. Dumas.
UN
COMÉDIE EN QUATRE ACTES, EN PROSE Théâtre-Français. — 1er juin 1841.