‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 62 sur 134 · VV V · texte numérisé non relu

VV V

as si souvent entendu parler. Un ancien serviteur de Louis XIV, un vieil ami de madame de Maintenon.

LE CHEVALIER

Croyez, monsieur le commandeur, que je me tiens pour fort honoré de faire votre connaissance.

LE COMMANDEUR

Pardon, monsieur; mais, dites-moi donc, j'ai connu autrefois, en Chyi)re, un comte de Valclos.

LE CHEVALIER

C'était mon père. 11 y avait suivi, tout enfant, M. de Beaufort.

LE COMMANDEUR

C'est cela même. Un homme d'honneur et de courage, monsieur, qui vous a laissé un beau nom à porter et un bel exemple à suivre.

Il le suivra, mon oncle!... mais il y a temps pour tout. — Ah çà ! chevalier, je t'attendais avec impatience.

LE CHEVALIER

Vraiment ?

LE COMTE

D'honneur ! j'ai un service à te demander.

LE CHEVALIER

Un service ? Parle, mon cher, parle. Trop heureux si je puis t'être bon à quelque chose.

LE COMTE, au Commandeur.

J'en étais sûr. (Au Chevalier.) Imagine-toi que la comtesse

s'est mis dans l'esprit que je devais lui donner aujourd'hui,

. pour aller au Champs-Elysées, une voiture et un attelage nou-

j veaux, tandis qu'elle a déjà dix voitures sous la remise et vingt

chevaux dans l'écurie.

LE CHEVALIER

Oh ! cela n'est pas raisonnable.

LE COMTE

Eh ! voyez- vous, mon oncle, je ne le lui fais pas dire, il est de mon avis»

LE CHEVALIER

Sans doute, et c'est un caprice, cela.

LE COMTE

Un vrai caprice... Aussi, chevalier, je compte sur toi pour lui faire entendre raison.

LE CHEVALIER

Sur moi?

LE COMTE

Sans doute, sur toi.

LE CHEVALIER

Mais comment veux-tu...?

LE COMTE

Comment je veux? Est-ce que cela me regarde? Arrange cela comme il te plaira; mais qu'elle ne me parle plus de cet attelage, entends-tu, chevalier?

LE CHEVALIER

Diable! c'est fort délicat, ce que tu me demandes. LE COMMANDEUR, haussant les épaules.

Tu vois bien que tu ne trouveras personne pour se charger d'une pareille commission !

LE COMTE

Oui... personne, s'il n'était pas là, lui.

LE COMMANDEUR

Mais c'est inimaginable; car je comprends enfin... ou plutôt non, je ne comprends pas, je ne veux pas comprendre. Tiens, vois-tu, j'étouffe... J'aime mieux passer chez ma nièce; je changerai d'air.

LE COMTE

Allez embrasser votre nièce, mon oncle, c'est trop juste,

LE COMMANDEUR, en colère.

Oui, j'y vais!... certainement, j'y vais! (Fausse sortie.) Un mot, monsieur le chevalier; je vous vois aujourd'hui pour la première fois, mais j'ai connu votre père.

LE CHEVALIER

Vous m'avez déjà fait l'honneur de me le dire, monsieur le commandeur.

LE COMMANDEUR

Eh bien, je vous le répèle ; votre père était un brave et loyal gentilhomme, comme il y en avait encore beaucoup à cette époque et comme il en reste bien peu aujourd'hui, qui surtout regardait l'amitié comme une chose sainte, et qui aurait cru commettre un crime en la trahissant.

LE CHEVALIER

Je ne comprends pas, monsieur le commandeur.

LE COMMANDEUR

Je crois pourtant être clair, monsieur le chevalier. Je dis

que, si votre père avait eu un ami qui lui eût donné toute sa confiance, il ne se serait pas exposé au malheur d'en abuser. Voilà ce que je dis; je pense que vous comprenez maintenant; méditez donc sur ce que je vous dis là en passant!... et bonjour! — Au revoir, mon neveu.

(Il sort.)

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