‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 73 sur 134 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

LE CHEVALIER, LE COxMTE.

JASMIN, annonçant.

M. le chevalier de Valclos.

LE COMTE

Ah ! (il pose son chapeau sur une table et se jette dans on fauteuil à I droite.) Faites entrer.

LE CHEVALIER, en entrant.

Merci, Jasmin, merci, (a Caudale.) Toi, ici?

LE COMTE, se levant.

Eh bien, maintenant, il n'y a plus de doute

LE CHEVALIER, à part.

Il ne quitte donc plus la maison ?... Il devient insupportable. (Haut.) Bonjour, Caudale. Enchanté de te rencontrer, (a part.) Le diable t'emporte !

LE COMTE

Bonjour, chevalier! A ton air triomphant, je parierais, que les affaires et surtout les plaisirs vont à merveille

LE CHEVALIER

Eh bien, parie, tu gagneras.

LE COMTE

Vraiment ?

LE CHEVALIER

Mais d'où te vient cet air si contrarié? Voyons, qu'as-tu, Caudale? Conte-moi cela. Est-ce que je ne suis plus ton ami? Est-ce que tu as encore quelque commission dont tu veuilles me charger pour la comtesse? Tu sais que je suis à tes ordres; ne te gène pas !

LE COMTE

Non, merci, je viens de la voir... et de lui refuser moimême ce qu'elle me demandait; c'est probablement pour cela qu'elle t'a écrit.

LE CHEVALIER

Ah! ah!... tu sais que la comtesse m'a écrit?

LE COMTE

Pardieu! te figures-tu qu'on me fait l'honneur de se cacher de moi?

LE CHEVALIER

£t tu sais aussi ce qu'elle m'a écrit alors ?

LE COMTE

Oui, qu'elle désire te parler. N'est-ce point cela?

LE CHEVALIER

Et elle ajoute que je la trouverai seule. t;

LE COMTE

Seule!... Ah! ah!... Seule? ^

LE CHEVALIER

Seule.

LE COMTE

Alors, il paraît que nous jouons cartes sur lable.

Et c'est toi qui, le premier, as abattu les tiennes.

LE COMTE

Et tu acceptes la partie?

LE CHEVALIER

Oui ! à condition que tu seras beau joueur.

LE COMTE

C'est mon habitude, chevalier, et tu me fais injure eu croyant que je l'ai perdue.

LE CHEVALIER

Eh bien, en ce cas, Candale...

LE COMTE

Après ?

LE CHEVALIER, lui présentant son chapeau. Est-ce que tu n'aurais pas, comme avant-hier, un tour à faire par la ville?

LE COMTE, prenant le chapeau.

De la raillerie!...

LE CHEVALIER

Pourquoi pas? as-tu privilège du roi de railler tout seul?

LE COMTE

Non; mais je voudrais savoir si, le lendemain des jours où tu railles, tu as l'habitude de te promener hors la ville?

LE QJttEVALIER.

Oui ; mais seulement pas de trop grand matin.

^ LE COMTE

^ Oh! cela va sans dire. Et tu te promènes toujours l'épée au {4^ côlé?

LE CHEVALIER

\rtiYM^ ' Naturellement. Dame ! on est officier du roi, on est gentil- """ "' homme, on ne quitte pas son èpée.

/ LE COMTE

Comptais-tu te promener demain ?

LE CHEVALIER

Je n'avais pas de projets ; mais, si j'espère rencontrer quelqu'un et surtout un ami, je ne me ferai pas faute de prendre ce plaisir, pourvu que cet ami cependant me dise de quel côté il se promènera lui-même.

LE COMTE

Que penses-tu de ralléc de la Muette ?

LE CHEVALIER

L'allée de la Muette? Je dis que c'est une charmante allée, qu'on s'y voit de loin et qu'il n'y a point à s') perdre.

LE COMTE

Surtout vers le midi, n'est-ce pas?

LE CHEVALIER

I C'est justement mon heure.

LE COMTE

Bon! c'est tout ce que je désirais savoir. Adieu, chevalier.

LE CHEVALIb'R.

Adieu, comte.

LE COMTE

A, demain !

LE CHEVALIER

A demain !

(Le Comte se dirige vers son appartement. Marton paraît.)

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