SCÈNE XVII
LE CHEVALIER, LE COxMTE.
JASMIN, annonçant.
M. le chevalier de Valclos.
LE COMTE
Ah ! (il pose son chapeau sur une table et se jette dans on fauteuil à I droite.) Faites entrer.
LE CHEVALIER, en entrant.
Merci, Jasmin, merci, (a Caudale.) Toi, ici?
LE COMTE, se levant.
Eh bien, maintenant, il n'y a plus de doute
LE CHEVALIER, à part.
Il ne quitte donc plus la maison ?... Il devient insupportable. (Haut.) Bonjour, Caudale. Enchanté de te rencontrer, (a part.) Le diable t'emporte !
LE COMTE
Bonjour, chevalier! A ton air triomphant, je parierais, que les affaires et surtout les plaisirs vont à merveille
LE CHEVALIER
Eh bien, parie, tu gagneras.
LE COMTE
Vraiment ?
LE CHEVALIER
Mais d'où te vient cet air si contrarié? Voyons, qu'as-tu, Caudale? Conte-moi cela. Est-ce que je ne suis plus ton ami? Est-ce que tu as encore quelque commission dont tu veuilles me charger pour la comtesse? Tu sais que je suis à tes ordres; ne te gène pas !
LE COMTE
Non, merci, je viens de la voir... et de lui refuser moimême ce qu'elle me demandait; c'est probablement pour cela qu'elle t'a écrit.
LE CHEVALIER
Ah! ah!... tu sais que la comtesse m'a écrit?
LE COMTE
Pardieu! te figures-tu qu'on me fait l'honneur de se cacher de moi?
LE CHEVALIER
£t tu sais aussi ce qu'elle m'a écrit alors ?
LE COMTE
Oui, qu'elle désire te parler. N'est-ce point cela?
LE CHEVALIER
Et elle ajoute que je la trouverai seule. t;
LE COMTE
Seule!... Ah! ah!... Seule? ^
LE CHEVALIER
Seule.
LE COMTE
Alors, il paraît que nous jouons cartes sur lable.
Et c'est toi qui, le premier, as abattu les tiennes.
LE COMTE
Et tu acceptes la partie?
LE CHEVALIER
Oui ! à condition que tu seras beau joueur.
LE COMTE
C'est mon habitude, chevalier, et tu me fais injure eu croyant que je l'ai perdue.
LE CHEVALIER
Eh bien, en ce cas, Candale...
LE COMTE
Après ?
LE CHEVALIER, lui présentant son chapeau. Est-ce que tu n'aurais pas, comme avant-hier, un tour à faire par la ville?
LE COMTE, prenant le chapeau.
De la raillerie!...
LE CHEVALIER
Pourquoi pas? as-tu privilège du roi de railler tout seul?
LE COMTE
Non; mais je voudrais savoir si, le lendemain des jours où tu railles, tu as l'habitude de te promener hors la ville?
LE QJttEVALIER.
Oui ; mais seulement pas de trop grand matin.
^ LE COMTE
^ Oh! cela va sans dire. Et tu te promènes toujours l'épée au {4^ côlé?
LE CHEVALIER
\rtiYM^ ' Naturellement. Dame ! on est officier du roi, on est gentil- """ "' homme, on ne quitte pas son èpée.
/ LE COMTE
Comptais-tu te promener demain ?
LE CHEVALIER
Je n'avais pas de projets ; mais, si j'espère rencontrer quelqu'un et surtout un ami, je ne me ferai pas faute de prendre ce plaisir, pourvu que cet ami cependant me dise de quel côté il se promènera lui-même.
LE COMTE
Que penses-tu de ralléc de la Muette ?
LE CHEVALIER
L'allée de la Muette? Je dis que c'est une charmante allée, qu'on s'y voit de loin et qu'il n'y a point à s') perdre.
LE COMTE
Surtout vers le midi, n'est-ce pas?
LE CHEVALIER
I C'est justement mon heure.
LE COMTE
Bon! c'est tout ce que je désirais savoir. Adieu, chevalier.
LE CHEVALIb'R.
Adieu, comte.
LE COMTE
A, demain !
LE CHEVALIER
A demain !
(Le Comte se dirige vers son appartement. Marton paraît.)