SCÈNE V
LK CriEVALlER, LA COMTESSE,
LA COMTESSE, à part.
Serais-je aimée?...
LE CHEVALIKR, îi part.
Décidément, fait-on de moi une dupe? Oh! nous allons voir ! (Haut.) Je suis à vos ordres, madame; mais daignez ne pas me îos faire attendre... Une affaire grave me réclame à l'instant.
LA COMTESSE, à part.
Il ne partira pas... (Haut.) Chevalier...
Elle s'assied à droite.) Eh bien, comtesse?... (EHo lui fait signe de s'asseoir.) C'cst inutile, madame... Parlez.
LA. COMTESSE, vivomont.
Chevalier, vous voulez vous ballre.
LE CIIEVALIKK.
Moi?
LA COMTESSE
Vous!... avec M. de Saillant. Malgré mon trouble, hier, j'ai tout surpris, je sais tout.
LE CHEVALIER
Ëh bien, madame, quand cela serait ?
LA COMTESSE
Il ne faut pas, monsieur, que ce duel ait lieu.
LE CHEVALIER
Vous me demandez... ?
LA COMTESSE
Je vous demande un grand sacrifice, je le sais; mais ccoutoz-moi : M. de Saillant v«us a parlé à visage ouvert, et vous lui avez répondu masqué; il ignore qui vous êtes ; vous n'êtes engagé en rien... Tandis que, si vous vous battez, on saura pourquoi et pour qui!... et aux yeux du monde..,
LE CHEVALIER, avec amertume.
Eh ! madame, le monde est en fonds d'indulgence, et ce n'est pas son jugemeut que vous redoutez.
LA COMTESSE
Est-ce lin aveu que vous voulez, chevalier?... Eh bien, oui, cela est vrai, j'ai trouvé dans mon mari, non-seulement un homme bon, spirituel, mais encore un gentilhomme plein de courtoisie, s'en rapportant à ma délicatesse, se confiant à ma dignité ! Et j'ai compris, chevalier, que, même en pensée, je ne pouvais plus tromper un pareil homme.
LE CHEVALIER
Oh! dites mieux que cela, madame, soyez franche : dites que vous l'aimez.
LA COMTESSE
Eh bien, oui, monsieur le chevalier, je l'aime. J'étais an moment de me perdre; mais mon sort, mon honneur sont entre vos mains... Chevalier, soyez généreux !
LE CHEVALIER
Permettez, madame! si votre honneur est engagé, le mien aussi est en jeu. M. de Saillant ne connaît pas mon nom; M. de Saillant n'a pas vu mon visage, c'est vrai ! mais M. de Saillant sait qu'il attend un gentilhomme, et, moi, je sais que je suis attendu. Si je manquais à un rendez-vous, vis à-vis d'un homme redoutable... comme M. de Saillant, justement parce que j'avais un masque sur le visage, toute la noblesse de France serait déshonorée... C'est impossible'
LA COMTESSE
Impossible!
LE CHEVALIER
Si je faisais aujourd'hui ce que vous me demandez, demain, comtesse, demain, vous seriez la première à me mépriser.
D'ailleurs, le rôle que je joue ici me fatigue. M. de Saillant me tombe sous la main, juste an moment où j'ai besoin de tuer quelqu'un... C'est son affaire, tant pis pour luil
LA COMTESSE
Ainsi, vous me refusez?
LE CHEVALIER
Pardonnez-moi, madame, mais je dois...
(Il fait un pas pour sortir. On entend une rumeur et des voix sous la fenêtre.)
LA COMTESSE
Quel est ce bruit?
LE CHEVALIER, s'arrêtant.
Un cliquetis d'épées, sous vos fenêtres.
LA COMTESSE
Dans le jardin de M. le duc de Marsin !
LE CHEVALIER, allant à la fenêtre.
A dix heures!... en plein soleil!... c'est un duel!
LA COMTESSE, saisie.
Un duel?... Ah! mon Dieu!
LE CHEVALIEn, cherchant à voir.
Oui, oui, un duel!... Diable! la lutte est vive, acharnée... Ils disparaissent sous les arbres... Non, les voici... Ah ! qu'aije-vu? Saillant!... Je crains de deviner...
LA COMTESSE, poussant un cri.
Et moi, je devine... Mon mari !
LE CHEVALIER
Caudale?... Oh! c'est une trahison. Arrêtez!... à moi!... Je veux ma place... et je cours.
LA COMTESSE, voulant l'arrêter.
Chevalier, par grâce !...
moi
LE CHEVALIER, ébranlant la porto, fermée en dehors. h
Enfermé avec elle! Ah ! ce n'est pas ici qu'on avait peur de { <v
LA COMTESSE
Le bruit cesse... Le combat est fini.
LE CHEVALIER
Pas encore!.,. Dussé-je briser cetle porte!...
LA COMTESSE
On l'ouvre,
(La porto s'ouvre; le Commandeur parai* trè«-pâle.)