‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 95 sur 134 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

MICHELE

Un peu au delà de la porte du marquis, j'aperçus un homme qui se traînait péniblement en s'appuyant à la muraille; je m'approchai de lui... Alors, il se laissa tomber sur une borne en disant : « Si vous êtes un ennemi, achevez-moi ! si vous êtes un ami, sauvez-moi ! Je suis Selvaggio Aldobrandini. »

STR0Z2I

Et toi, alors ?

Je lui dis qui j'étais et à qui j'appartenais, lui offrant de l'aider. 11 me pria de lui donner mon bras, et de le conduire chez messire Dornardo Corsini ; ce qui fut vite fait, messire Bernardo Corsini demeurant à deux pas, via del Palazzo. Arrivé là, Selvaggio m'a renvoyé près de vous, pour vous dire de fuir,

STROZZK

Fuir!... Et pourquoi ?

MICHELE

Parce qu'il ne peut plus vous recevoir chez lui, comme il avait été convenu entre vous, obligé qu'il est lui-même d'aller demander asile à un autre.

STROZZI

C'est bien, Michèle. Il y a, à Florence, trente-neuf Strozzi, sans me compter; c'est trente-neuf portes qui me sont ouvertes, et, fiissé-je forcé de me retirer dans mon propre palais, il est assez fort pour qu'on puisse y soutenir un siège contre toutes les troupes du duc Alexandre.

MICHELE

Plus la maison sera humble, plus vous y serez en sûreté, monseigneur. Songez que vous vous appelez Philippe Strozzi, et que votre tête vaut dix mille florins !

STROZZI

Tu as raison, Michèle.

MICHELE

Et, malgré cela. Votre Excellence reste?

STROZZI

Oui; mais, toi qui n'as pas les mêmes raisons que moi pour rester, tu peux partir. Le factionnaire qui nous a laissés passer par la porte San-Gallo, n'est pas encore relevé; ainsi la retraite t'est facile. Va donc, Michèle ! Je te délie de ta parole.

LORENZINO 207

MICHELE, secouant la tête.

Monseigneur, je croyais que Votre Excellence me connaissait mieux. Si vous avez des raisons pour rester à Florence, j'en ai, moi, pour ne pas vous quitter. Il faut que la chose pour laquelle je suis venu s'accomplisse. (Étendant la main vers le couvent.) D'ailleurs, quand je voudrais fuir, il sortirait de ce couvent une voix qui m'arrêterait en criant: « Michèle, tu es un lâche!... » Merci donc de votre offre, monseigneur; mais, si vous étiez parti, je vous eusse demandé, moi, la permission de rester... (La porte du couvent s'ouvre.) Oh !..,

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