‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 102 sur 129 · SCÈNE V MONTE-CRISTO, ALI, CADEROUSSE · texte numérisé non relu

SCÈNE V MONTE-CRISTO, ALI, CADEROUSSE

CADEROUSSE

Ah ! à moi ! au secours !

MONTE-CRISTO

Qu'y a-t-il ?

CADEROUSSE

A moi ! au secours ! on m'a assassiné !... Oh ! quels coups! oh ! que de sang !

MONTE-CRISTO

Ali, va chercher M. de Villefort, et, en même temps, ramène un médecin.

(Ali sort.) CADEROUSSE.

Oui, un médecin, un médecin ! Je sais bien qu'il ne me sauvera point la vie; mais peut-être me donnera-t-il des forces pour faire ma déclaration. Je veux faire ma déclaration.

Sur quoi?

CADEROUSSE

Sur mon assassin !

MONTE-CRISTO

Vous le connaissez donc ?

CADEROUSSE

Oui, je le connais: c'est Benerfetto. Oh! qu'il vienne donc quelqu'un à qui je puisse dénoncer le misérable.

MONTE-CRISTO

Voulez-vous que j'écrive votre déposition? Vous la signerez.

CADEROUSSE

Oh ! oui ! oui !

MONTE-CRISTO, écrivant.

a Je meurs assassiné par mon compagnon de chaîne, à Toulon, sous len° 59; il s'appelle Benedetto. »

CADEROUSSE

Dépêchez-vous ! dépêchez-vous ! je ne pourrai plus signer. (Il signe.) Vous raconterez le reste, mon père ; car vous saviez tout...

MONTE-CIlISTO.

Oui, je savais tout.

CADEROUSSE

Et vous ne m'avez pas averti ! Vous saviez que j'allais être tué en sortant d'ici, et vous ne m'avez pas averti !

MONTE-CRISTO

Non ; car, dans la main de Benedetto, je voyais la justice de Dieu !

CADEROUSSE

Oh! la justice de Dieu! Vous croyez donc à la justice de Dieu, vous?

MONTE-CRISTO

Si j'avais eu le malheur de n'y pas croire jusqu'aujourd'hui, j'y croirais en te voyant.

CADEROUSSE, levant les poings an ciel.

Oh!

MONTE-CRISTO

Tu nies la Providence ? Lh bien, !a preuve qu'il y en a une, c'est que tu es là gisant, désespéré, reniant Dieu, et que, moi, je suis debout devant toi, riche, heureux, sain et sauf, joignant les mains vers ce Dieu auquel lu essayes de ne pas croire, et qui t'épouvante cependant au fond du cœur.

CADEROUSSE

Mais qui étes-vous donc, alors?

MONTE-CRISTO, approchant la bougie de ion visage . Regarde-moi bien.

C^PEROCSSB.

Eh bien, le père Btuoni. Après?

MONTE-CRISTO, arrachant son capuchon.

Regarde !

CADE ROUSSE

Le comte de Monte-Cristo, que j'ai vu au télégraphe.

MONTE-CRISTO

Je ne dois être pour toi ni le père Busoni, ni le comte de Monte-Cristo. Regarde bien... Cherche plus loin dans tes souvenirs... Regarde ! regarde !

CADEROUSSE

En effet, il me semble que je vous ai vu déjà, il y a longtemps ; que je vous ai connu autrefois ; que je vous...

MONTE-CRISTO

Oui, tu m'as vu; oui, tu m'as connu; oui tu m'as trahi.

CADEROUSSE

Attendez! attendez donc !... Les allées de Meilhan... L'auberge de la Réserve... Le Pharaon... Vous êtes... vous êtes., vous êtes Edmond Dantès !

MONTE-CRISTO

Crois-tu maintenant ?

CADEROUSSE

Je crois!... je crois!... Mon Dieu, Seigneur, pardonnezmoi de vous avoir renié... Mon Dieu, Seigneur, vous êtes bien le père et le juge des hommes sur la terre... Mon Dieu, Seigneur, pardonnez-moi. Je meurs ! je meurs !

(Il tombe mort.) MONTE-CRISTO.

Mort!

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