‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 107 sur 129 · SCÈNE IV MONTE-CRISTO, MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV MONTE-CRISTO, MAXIMILIEN

MONTE-CRISTO

L'œuvre a marché!... Eh bien, Maximilien, qu'y a-t-il? Vous êtes pale, votre front ruisselle de sueur.

Comte, nous sommes seuls, n'est-ce pas?

MONTE-CRISTO

Oui.

Devant le malheureux père, je n'ai rien pu vous dire, comte; Barrois est empoisonne ! Valentine est empoisonnée!

MONTE-CRISTO

Êtes-vous fou, Morel ?

Je vous dis que toutes ces morts ne sont point naturelles, je vous dis qu'il y a dans tout cela quelque manœuvre- infernale, dont personne n'a le secret, excepte M. de Yillefort, .M. d'Avrigny et moi...

MONTE-CRISTO

Comment, vous, Morel?

MAXIMILlEîf.

Écoutez : le soir de la mort de madame de Saint-Méran, le soir même où vous êtes venu dans la maison, j'étais caché dons un massif; j'ai entendu M. d'Avrigny dire...

MONTE-CRISTO

Eh bien ?

Dire que cette mort, il fallait l'attrihuer au poisou.

MONTE-CltlSTO.

Ah!... Et M. de Yillefort laisse empoisonnercomme cela chez lui, sans s'en inquiéter autrement? Je le croyais plus sévère que cela, notre magistrat

Oui; mais, cette fois, sans doute, il va s'émouvoir; car, cette fois, .M. d'Avrigny s'est non-seulement expliqué tout haut sur le genre de mort, mais encore il a nomme le poison.

MONTE-CRISTO

Et quel poison a-t-il nomme?

De peur de l'oublier je l'ai tarit sur mes tablettes. Lisez.

MU.Vrt-UUSTO.

Ah! diable!

(,t poiaon est donc bien dangereux, comte?

V1LLEF0RT 235

MONTE-CRISTO

Mortel !

Mortel... Oh ! mou Dieu, que me dites-vous là ?

MONTE-CRISTO

Que vous importe donc, à vous, Morel, les malheurs qui frappent M. de Villefort? Un ange exterminateur semble désigner cette maison à la colère du Seigneur; qui vous dit que ce n'est point la colère de Dieu, ou plutôt sa justice, qui se promène dans cette maison ? Maximilien, Maximilien, détournez la tête, croyez-moi, et laissez passer la justice de Dieu.

Mais comte, comte ! comprenez donc que je viens à vous, au contraire, pour sauver ce qui reste vivant de cette malheureuse maison, pour sauver Valentine, qui va mourir.

MONTE-CRISTO

Sauver Valentine? Eh! que m'importe à moi, qu'une jeune fille que je ne connais pas, que j'ai aperçue à peine, meure ou vive! Que m'importe!... Assassin ou victime, dans la maison de M. de Villefort, je n'ai pas de préférence.

Mais moi, moi, comte, je l'aime!

MONTE-CRISTO, bondissant.

Vous aimez qui ?

J'aime éperdûment, j'aime en insensé, j'aime en homme qui donnerait tout son sang pour lui épargner une larme, j'aime Valentine de Villefort, qu'on assassine en ce moment ! entendez-vous bien? je l'aime et je demande à Dieu et à vous, comment il faut faire pour la sauver.

MONTE-CRISTO

Oh! malheureux! malheureux ! tu aimes Valentine, cette fille d'une race maudite. Oh! oh! oh! et tu ne m'as pas prévenu!

Comte! comte! je ne vous comprends pas.

MONTE-CRISTO

Oh! moi qui regardais, spectateur impassible et curieux, moi qui ri-irardais le développement de cette lugubre tragédie, moi qui, pareil au mauvais ange, riais peut-être du mal que lont les hommes, voilà qu'à mon tour je me sens mordu

par le serpent dont je regardais la marche tortueuse, et mordu au cœur.

Comte !

MONTE-CRISTO

Allons, ne perdons pas de temps; dites-moi comment cela est arrivé, dites-moi où en est Valcntine?

Valentine a demandé, il y a une demi-heure, un verre d'eau sucrée qui lui a été apporté par la femme de chambre de madame de Villefort; elle y a trempé ses lèvres à peine, et, trouvant un goût amer à cette eau, l'a rendue à la femme de chambre, qui l'a déposée dans le vestibule. En ce moment, Barrois revenait d'une course, il avait très-chaud, il a trouvé le verre, il l'a vidé ; voilà comment lui est mort, et comment l'autre va peut-être mourir.

MONTE-CRISTO

Rien n'est perdu, puisqu'elle vit.

Faites attention, comte, que vous avez dit que rien n'était perdu.

MONTE-CRISTO

Retournez tranquillement chez vous, Maximilien ; je vous commande de ne p?s tenter une démarche, de ne pas laisser flotter sur votre visage l'ombre d'une préoccupation.

Ah ! mon ami, sauvez Valentine !

MONTE-CRISTO

J'ai besoin d'être seul. Allez.

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