SCÈNE IV MORCERF, ALBERT
ALBEKT.
Pour quoi faire, mon père?
MORCERF
Ah! c'est vous, Albert !
ALBERT
Oui, c'est moi, moi qui vous ai entendu prononcer un mot.
MORCERF
Sais-tu donc de quoi il s'agit?
ALBERT
Une calomnie, mon père, une infâme calomnie.
MORCERF
Contre?...
ALBERT
Contre vous ! c'est-à-dire contre l'homme le plus noble, le plus loyal! Imaginez-vous qu ils ont eu l'infamie d'écrire... Mais non, c'est inutile que je vous dise cela.
MORCERF
Si fait, il faut savoir.
ALBERT
Eh bien, oui, vous avez raison, il faut savoir jusqu'où peut aller la bainc des envieux. Eh bien, mon père, ils ont dit que vous, le défenseur d'Ali Pacha, que vous, dont Ali Tebelin, à sa dernière heure, a reconnu les loyaux services, en vous enrichissant, ils ont dit, pardonnez-moi do répéter de pareilles choses, ils ont dit que vous étiez un traître et que vous aviez vendu les châteaux de Janina !
MORCERF
Oh!
ALBERT
C'est indigne, n'est-ce pas? Aussi, j'ai vu M. de Beauchamp.
MORCERF
Et...?
ALBERT
J'en aurai raison, et plus tôt que je n'espérais même, car il devait partir pour Janina.
MORCERF
Pour Janina ! il est parti pour Janina?
ALBERT
Non, il est resté; car j'ai trouvé deux cartes de lui à la maison, où je n'étais pas rentré depuis le matin, et, sur la seconde, il me donnait rendez-vous au foyer de l'Opéra, à neuf heures; il est neuf heures moins cinq minutes. Voulezvous rester, ou vous retirer, mon père?
M0RCE1U.
Je resterai !
ALBERT
Bien! vous avez raison; vous avez l'habitude de vaincre l'ennemi eu lui faisant face, et, cette fois comme toujours, vous le terrasserez en soldat et en gentilhomme. Mais qui vous a donc parle de cela ?
70 THÉÂTRE COMPLET D'ALEX. DUÎtfAS
M0RCERF.
Danglars, en m'annonçant que tout était fini entre nous, et que l'alliance projetée était rompue; puis, comme, par suite, il m'a renvoyé au journal de M. de Beauchamp, voilà pourquoi je le demandais au moment où tu es venu.
ALBERT
Bien, mon père, bien! Ah! justement, voilà M. de Beauchamp.