SCENE PREMIERE
MAXIMILIKN, sur la brèche; VALENT1NE, près do lui.
MAXD11L1EN.
Ne craignez rien, Valcntinc; d'ici, je vois jusqu'au fond de l'allée qui conduit à voire maison. S'il venait quelqu'un, je vous avertirais . Ne craignez rien.
C'est bien imprudent à moi d'avoir quitté le salon, d'avoir laissé ma grand'mère qui souffre, et qui peut s'étonner de mon absence. Oh! c'est plus qu'imprudent, c'est mal.
MAXIMIL1EN.
Valentine ! ne me reprochez pas les quelques minutes que vous m'accordez.
Et vous-même... Si, de l'autre côté, l'on nous voyait.
De l'autre côté?... par là?... Valentine, par là, je suis chez moi.
Comment, chez vous ?
Depuis ce matin, j'ai loué ce terrain désert. J'y puis faire bâtir, si je veux, une cabane ; j'y puis vivre le jour, j'y puis rester la nuit. Je puis, à toute heure, sans cesse, sans crainte, vous guetter, vous attendre, vous voir, vous parler, vous dire que je vous aime, que je vis par vous, pour vous!
Est-ce possible !
Quel bonheur!... Oh! Valentine! que Dieu est boni
Trop bon, Maximilien !...
Pourquoi vous plaindre de ce que tout conspire à nous rendre les plus heureux du monde, mémo les malheurs qui vous; frappent? N'est-ce pas à l'affreux malheur qui vous a frappée, à la mort de votre grand-père, M. de Saint- Meran, que nous devons notre repos depuis cinq mois?... Ces projets de mariage qui avaientfailli me rendre fou, votre deuil lésa interrompus. Depuis trois mois, nous n'avons plus entendu dire que M.Frantz d'Épinay fût destine à devenir l'époux de Valentine. Depuis trois mois, M. d'Épinay est en Italie.
Vous voulez donc que je croie au bonheur, Maximilien! vous voulez donc (pie je revive à l'espérance! Oh! cela est si doux d'aimer, cela est si doux d'espérer, que vous n'aurez pas grand'peine à me convaincre, et a me faire dire avec vous :
Dieu est souverainement bon! Béni soit Dieu pour le bonheur qu'il nous donne! Mais ne le tentons pas!... n'abusons pas!... A présent que nous allons être libres, trop libres, gardonsnous d'une sécurité qui nous perdrait.
Oh ! vous êtes injuste; fût-il jamais un esclave plus soumis que moi ! vous m'avez permis de vous parler, de vous regarder, vous m'avez donné ce mur pour limite. Ce mur, ridicule obstacle pour ma jeunesse et pour ma force, l'ai-je jamais franchi? ai-je jamais touché votre main, effleuré le bas de votre robe? Je ne sais pas, Valentine, si vous serez jamais ainrée par quelqu'un plus que vous ne l'êtes par moi... je défie que vous soyez respectée davantage.
Bon Maximilien!... tenez, en ce moment, vous ressemblez aux mendiants qui se plaignent pour qu'on double l'aumône! Eh bien, quoi donc?
Valentine! il vient quelqu'un dans l'allée.
Vite, vite!
J'avais tant de choses à vous direl
C'est Barrois...
Je vais attendre qu'il soit parti...
Soit, allez!
Et madame de Villefort avec lui !...
(Il part.)
Madame de Villefort! (pie vient-elle faire? Me soupçonnerait-elle?... Que tient-elle à la main?
bahrois, arrivant le premier.
Mademoiselle ! mademoiselle !