‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 82 sur 129 · SCÈNE III VALEXTINE, MADAME DE VILLEFORT · texte numérisé non relu

SCÈNE III VALEXTINE, MADAME DE VILLEFORT

Vous avez quelque ebose à me dire, madame?

MADAME DE VILLEFORT

Oui, Valentine, une i importante.

Ah!

MADAME DE VILLEFORT

Eue chose qui intéresse votre avenir; et, comme je suis

pour vous une amie, presque une mère, j'ai voulu yous parler ia première, et savoir votre pensée.

De quoi s'agit-il donc, madame?

MADAME DE VILLEFORT

Lisez.

Une lettre de M. d'Épinay.

MADAME DE VILLEFORT

Adressée à votre père, Vaientine, et que j'ai voulu vous communiquer avant de la lui rendre à lui-même.

Ah ! mon Dieu !

MADAME DE VILLEFORT

Eh bien, vous ne lisez pas?

Oh! madame, je devine.

MADAME DE VILLEFORT

Voire deuil est expiré... M. d'Épi nay réclame l'exécution de vos promesses; il sera demain à Paris.

Pauvre Maximilien! nous nous sommes réjouis trop vite!

MADAME DE VILLEFORT

Plaît-il?... Vous êtes pâle, vous avez des larmes dans les yeux.

Moi, madame? Mais...

MADAME DE VILLEFORT

Mais?... Voyons, nous sommes seules; j'ai bien quelques droits à votre confiance. Ma démarche vous le prouve. Ouvrezmoi votre cœur, dites-moi ce que vous pensez...

Ce que je pense, madame, c'est que j'ai bien du chagrin.

MADAME DE VILLEFORT

Vaientine, vous n'avez pas à vous plaindre de moi, je pense?

Oh! madame.

MADAME DE VILLEFORT

Votre bonne maman vous aime de toute son âme.

Bonne maman est bien malade, madame, depuis la mort de mon grand'père.

MADAME DE VILLEFORT

Cette maladie cessera. 11 n'y a pas de quoi vous affliger ainsi. Votre douleur a une autre cause.

Non...

MADAME DE VILLEFORT

C'est ce mariage, peut-ëtr*.. Vous savez, Valentine, que l'idée n'est pas venue de moi, mais de votre père. Vous savez qu'il tient à vous établir, et qu'il a choisi lui-même votre futur époux. Je n'ai pas influencé M. de Villefort; vous ne le croyez pas, au moins ?

Madame, je ne vous accuse pas.

MADAME DE VILLEFORT

«Je ne vous accuse pas !...» En vérité, Valentine, vous êtes étrange avec moi qui m'empresse d'être toute affectueuse avec vous; c'est de l'injustice.

Ah ! madame, je vous en conjure, n'interprétez pas mal mes paroles, et surtout ne les redites pas à mon père; il est déjà froid, indifférent pour moi, et c'est bien naturel à cause de l'amour qu'il a pour vous.

MAHAME PE VILLEFORT.

Quoi ! vous supposeriez que M. de Villefort vous ôte l'affection qu'il m'accorde?

Non, madame, je ne suppose rien ; je disais cela parce que mon père aime si tendrement voire fils Edouard...

■ADAMB DE VILLEFORT.

Mon fils Edouard! mai- c'est votre frère, c'est le (ils de votre père; faut-il dune qu'il n'aime pas son fils

VAI.l.NTINE.

Voila que vous vous fàehez, madame; que j'ai de malheur, je ne puis me faire comprendre! Madame, compreuea-moi, je suis bien à plaindre, allez! J'ai eu ma mère qui m'aimait beaucoup, je l'ai perdue-, mon grand-père Saint-Méran est mort Bonne maman, hélas] j'ai bien peur de ne pas la conserver longtemps; je n'ai plu» qu'elle, voyez-vous; personne

ne m'aimera plus quand elle sera partie, personne ! Mon père a tant de devoirs à remplir, il est si grave, si sévère! vous, je ne vous suis rien, vous avez votre fils... Eh bien, est-ce que je ne suis pas seule au monde? est-ce que l'avenir n'est pas bien sombre pour moi ? est-ce que je n'ai pas derrière moi la tombe de ma mère et de mon aïeul, devant moi une autre tombe qui attend? Oh! madame, avouez-le, vous qui tout à l'heure vous appeliez mon amie, quand tout mon bonheur en ce monde est suspendu à cette frêle existence de ma bonne vieille mère, avouez-le, j'ai bien le droit de vous dire que je suis destinée à être malheureuse.

MADAME DE VILLEFOKT.

Si j'avoue cela, Valentine, vous avouerez aussi que le devoir d'un bon père et d'une bonne mère est de donner un protecteur à une jeune fille qui se dit ainsi abandonnée. Quelle meilleure protection que celle d'un époux?

Oh!...

MADAME DE VILLEFORT

C'est l'avis de votre bonne maman elle-même; l'autre jour encore, elle le disait devant vous.

Oh! s'il n'y avait que bonne maman pour me forcer à ce mariage...

MADAME DE VILLEFORT

Vous forcer... On vous force donc?... Qui vous force? Estce moi ?... Mais quel intérêt puis-je avoir ?... Valentine, soyez donc sincère.

Je le suis.

MADAME DE VILLEFORT

Soyez confiante !

Confiante 1

MADAME HE VILLEFORT

Dites-moi que vous avez de la répugnance pour M. d'Épinay ; dites-moi que vous avez d'autres pensées, d'autres sympathies.. •

Madame...

MADAME DE VILLEFORT

Eh bien?...

YALE.VflSB.

Je vous assure que vous vous trompez.

■ADAM DE VILLEFORT

Bien; j'oubliais que vous ue vous appelez pas ma fille, et que, si vous avez des secrets, vous les gardez pour votre grand'mère.

Madame !

MADAME DE VILLEFORT

Adieu, Valentine; pardonnez-moi si j'ai été indiscrète. Je retourne porter à mon mari la lettre de M. d'Epinay; il a reçu notre parole pour le 15 de ce mois; nous sommes aujourd'hui le 5. Adieu.

(Elle sort.)

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