SCÈNE III CADEROUSSE, ANDREA
ANDREA
Nous voilà seuls; que me voulez-vous?
CADEROUSSE
Eh bien, mais ce que l'on se veut entre vieilles connaissances, se dire un petit bonjour.
ANDREA
Voyons, pourquoi venez-vous troubler ma tranquillité?
CADEROUSSE
Mais, toi-même, mon pauvre garçon, pourquoi te défiestu toujours de moi?
ANDREA
En quoi me suis-je défie de vous?
CADES10USSE.
En quoi, tu nie le demandes? Grâce à cet Anglais qui nous prend en amitié, qui nous donne une lime et a qui tu voles sa bourse, nous sortons de là-bas ensemble. Nous courons ensemble jusqu'au pont du Var. Tu me dis que tu vas voyager en Piémont, et pas du tout, tu viens à Paris.
ANDP.EA.
Cela vous gène donc, que je sois à Paris?
CADEROUSSE
Palience donc, salpêtre ! J'arrive à Paris de mon côté; je n'ose y demeurer, il faut être riche pour demeurer à Paris. J'exploite la banlieue, j'arrive à Auteuil, j'interroge un snvoyard sur les ressources du pays. Ce savoyard, il semblait posté là exprès pour me donner des renseignements. Il m'indique, rue de la Fontaine, n° 28, un grand seigneur italien que l'on dit fort généreux ; je me rends rue de la Fontaine, n° 28; je regarde qui entre et qui sort chez ce grand seigneur, si généreux. Qui sort? C'est toi, mon petit Andréa. Avec qui? Je n'en sais rien, avec un beau monsieur, vêtu d'une polonaise, à qui tu dis en sortant : « C'est bien, nous nous reirouverons hôtel des Princes, puisque nous y logeons tous les deux. » Je me. dis alors à moi-même : « Bravo! si le petit loge à l'hôtel des Princes, c'est qu'il est riche, et, s'il est riche, moi, je n'ai plus besoin de rien. »
ANDREA
Eh bien, vous m'avez écrit à l'hôtel des Princes; vous m'avez donné rendez-vous au télégraphe, j'y ai été; voua m'avei demandé cent cinquante francs par mois pour vivre, je vous en ai accordé deux cents; est-ce vrai?
CADEROUSSE
C'est vrai !
ANDREA
Qu'uvez-vous répondu? Allons, voyons! qu'avez-vous répondu?
CADEROUSSE
J'ai répondu : « Tu es bien bon... » Je vais louer une chambre dans une maison honnête, et j'ai déjà trouve la chambra, rue des beux-Kcus, n° lô. Je vais me couvrir d'uu habit rit, je vais nie raser tous les jours, aller lire les journaux
au café, le soir; j'entrerai au spectacle avec une contremarque, j'aurai l'air d'un boulanger retiré, c'est mon rêve, chacun le sien ; ton rêve, à toi, n'était-il pas d'avoir un singe?
ANDREA
Votre rêve est accompli, vous avez touché votre argent, vous avez votre chambre, vous avez l'air d'un geindre retiré; alors, que veut dire cette lettre, que j'ai reçue hier au soir? CADEROUSSE, prenant la lettre et lisant.
« Tu sais où je demeure, je t'attends demain à neuf heures du matin... » Eh bien, elle vent dire que je t'attendais.
ANDREA
Après ?
CADEROUSSE
Et que, puisque te voilà, je ne t'attends plus.
ANDREA
Voyons, que me veux-tu ?
CADEROUSSE
Mais te voir, le petit, pas autre chose... Tiens, rer-rde un peu le bon déjeuner que nous avons : rien que des choies que tu aimes, tron de l'air!... (Il se met à éplucher des oignons.) Que t'en semble ? est-ce que ça n'embaume pas l'ayoli?
ANDREA
Si c'est pour déjeuner avec toi que tu me déranges, et que tu me forces à prendre la livrée de mon groom, que le diable t'emporte !
CADEROUSSE, sentencieusement.
Mon fils, en mangeant, on cause, et, en causant, on s'instruit... Mais tu n'as donc pas de plaisir avoir ton ami?... Moi, je pleure.
(Il s'essuie les yeux.) ANDREA.
Tais-toi donc, hypocrite! tu m'aimes, toi?
CADEROUSSE
Allons donc ! si je ne t'aimais pas, est-ce que je supporterais la vie misérable que tu me fais ?... Regarde un peu, tu as sur ton dos l'habit de ton domestique... Donc, tu as un domestique... moi, je n'en ai pas; ce qui fait que je suis obligé d'éplucher mes légumes moi-même; tu fais fi de ma cuisine parce que tu dînes à l'hôtel des Princes ou au café de Paris... Eh bien, moi aussi, je pourrais avoir un domestique; moi aussi, je pourrais avoir un tilbury; moi aussi, jf pour-
rais dîner où je voudrais... Eh bien, pourquoi est-ce que je m'en prive ? Pour ne pas faire de peine à mon petit Benedetto. Allons, avoue seulement que je le pourrais, hein?
ANDREA
Bon! mettons que tu m'aimes.
CADEROUSSE
Mais tu es venu pour déjeuner, n'est-ce pas? Eh bien, déjeunons. Ah! oui, tu regardes ma chambre, mes quatre chaises de paille, mes images à dix sous le cadre... Dame, que veux-tu ! ce n'est pas l'hôtel des Princes.
ANDREA
Allons, te voilà dégoûté à présent, toi qui ne demandais qu'à avoir l'air d'un boulanger retiré?
Un boulanger retiré, mon pauvre Benedetto, c'est riche , ça a des rentes.
ANDREA
Pardieu! tu en as, des rentes.
CADEROUSSE
Moi?
ANDREA
Oui, toi, puisque tu te fais deux cents francs par mois.
CADEROUSSE
Et tu me les reproches!... En vérité, c'est humiliant, de recevoir de l'argent donné ainsi à contre-cœur, de l'argent qui peut manquer du jour au lendemain !
ANDREA
Comment, du jour au lendemain?
CADEROUSSE
Eh! mon ami, la fortune est inconstante, comme disait l'aumônier du... régiment... et ta prospérité peut ne pas durer... Je sais bien qu'elle est immense, ta prospérité, scélérat ! tu vas épouser la fille de Danglars.
ANDREA
Comment, de Danglars.'
CADEROUSSE
Eh! certainement, de baiiglara; ne faut-il pas que je dise du baron Danglars... comme si je disais le vicomte de Benedetto?
ANDREA
Allons donc! la jalousie te fait voir des arcs-en-ciel, Caderousse,
CADEROUSSE
C'est bon, c'est bon, on sait ce qu'on dit; peut-être qu'un jour on mettra son habit des dimanches, et qu'on ira dire à des portes cochères : « Le cordon, s'il vous plaît! » En attendant, mets-toi là et déjeunons... Ah! ah! il parait que tu te raccommodes avec ton maître d'hôtel?
ANDREA
Ma foi, oui !
CADEROUSSE
Et tu trouves cela bon, coquin?
ANDREA
Si bon, que je ne comprends pas qu'un homme qui fricasse et qui mange de si bonnes choses puisse trouver la vie mauvaise.
CADEROUSSE
Vois-tu, c'est que mon bonheur est gâté par une seule pensée.
ANDREA
Laquelle ?
CADEROUSSE
C'est que je vis au dépens d'un ami ! moi qui ai toujours bravement gagné ma vie.
Oh! qu'à cela ne tienne! j'ai assez pour deux, ne te gêne pas.
CADEROUSSE
Non, mais, tu me croiras si tu veux, à la fin de chaque mois, j'aurai des remords.
ANDREA
Bon Caderousse !
CADEROUSSE
Et puis il m'est venu une idée.
ANDREA
Ah!
CADEROUSSE
Vois-tu, c'est misérable d'être toujours à attendre la fin d'un mois.
ANDREA
Et moi, ma vie ne se passe-t-elle pas aussi à attendre cette fin de mois?... Eh bien, je prends patience.
CADE ROUSSE
Oui, parce qu'au lieu d'attendre deux misérables cents francs, tu en attends cinq ou six mille, peut-être dix. peutêtre douze même, car tu es uu cachotier, toi... Là -bas, tu avais des boursicots, des tirelires que tu essayais de soustraire au pauvre ami Caderousse... Heureusement qu'il a le nez fin, l'ami Caderousse eu question.
ANDREA
Mlons, voilà que tu vas te remettre à divaguer.
Tu as raison, revenons aux alfaires... Je voulais donc dire que, si j'étais à ta place...
ANDREA
Eh bien, que ferais-tu?
CADEROUSSE
Je réaliserais...
ANDREA
Comment, tu réaliserais?
CADEROUSSE
Oui, je demanderais uu semestre d'avance, sous prétexta que je veux devenir éligible; puis, avec mon semestre, je décamperais.
ANDREA
Tiens, ce n'est pas si nul pensé. Eh bien, pourquoi ne suis-tu pas toi-même le conseil que tu me donnes? pourquoi ne réalises-tu pas un semestre, une année même, et ne te retires-tu pas à Bruxelles? Au lieu d'avoir l'air d'un boulanger retiré, tu aurais l'air d'un banqueroutier dans l'exercicede ses fonctions; c'est très-bien porté.
CADEROUSSE
Et comment diable veux-lu que je me retire avec douze cents francs?... Impossible! mais, voyous, toi, retire-toi avec cinquante mille, et emmène- moi.
ANDREA
Je ferais une belle sottise!
En m'enmenant?
ANDREA
Non, en me retirant.
CADEROCSSE.
Comment cela ?
ANDREA
Parce qu'en me retirant avec cinquante mille francs, j'escompterais un capital de cinq cent mille.
CADEROCSSE.
De cinq cent mille?
ANDREA
Oui, et il faut que j'attende.
CADEROUSSE
Quoi?
ANDREA
Sa mort.
CADEROUSSE
Quelle mort ?
ANDREA
La mort de mon prince... celui qui me fait mes rentes, celui que tu as vu l'autre jour au télégraphe.
Il t'a donc porté sur son testament?
ANDREA
CADEROUSSE
ANDREA
CADEROUSSE
Tu l'as dit.
Vrai?
Parole d'honneur.
Pas possible !
ANDREA
Caderousse, tu es mon ami !
CADEROUSSE
A la vie, à la mort.
ANDREA
Mais chut!
CADEROUSSE
Muet comme une carpe.
ANDREA
Eh bien, je crois...
CADE ROUSSE
N'aie pas peur, nous sommes seuls.
Je crois que j'ai retrouve mon père.
CADEROCSSE.
Tu me l'as déjà dit.
ANDREA
Mais mon vrai père.
CADEROUSSE
Pas le père Cavalcanti, alors?
ANDREA
Non, puisqu'il va repartir, celui-là.
CADEROUSSE
Alors, le vrai, le vrai?
ANDREA
Oui.
CADEROUSSE
Et ce père, c'est...?
ANDREA
Eh bien, Caderousse, c'est le comte de Monte-Cristo*
CADEROUSSE
Bah!
ANDREA
Tu comprends, il ne pouvait m'avouer tout haut, après les malheurs qui m'étaient arrives; mais il m'a fait reconnaître par M. Cavalcanti, à qui il a donné cinquante mille francs pour cela.
CADEROUSSE
Cinquante mille francs pour être ton père ! Comment n'as-tu pas pensé à moi, ingrat! j'aurais fais la chose à moitié prix.
ANDREA
Est-ce que je savais cela ? Tout cela était arrangé quand je suis arrivé à Paris? Je suis même sûr que c'est lui qui nous a fait évader de la-bas.
CADEROUSSE
Et tu dis que par son testament .. ?
ANDREA
11 me laisse cinq cent mille livres.
CADEROUSSE
Tu en es sûr?
ANDREA
Il me l'a montré; mais ce n'est pas tout.
CADE ROUSSE
Ce n'est pas tout ?
ANDREA
Il y a un codicille.
CADEROUSSE
Et dans ce codicille...?
II me reconnaît comme son fils et me laisse sa maison de Paris; car il a acheté une maison à Paris.
CADEROUSSE
Où cela ?
ANDREA
Avenue des Champs-Elysées, n° 30; mitoyenne de celle de M. de Villefort.
CADEROUSSE
Oh fquelle drôle d'idée qu'il a comme cela de te laisser une maison si près d'un homme qui, d'un jour à l'autre, peut lancer un mandat d'amener contre son voisin.
ANDREA
C'est vrai ; mais n'importe, il me la laisse.
CADEROUSSE
Oh ! le brave homme de père, le bonhomme de père, l'honnête homme de père ! Et le testament, il est bien signé?
ANDREA
Signé et parafé par-devant notaire.
CADEROUSSE
De sorte que, si l'on voulait, aujourd'hui, il y aurait un bon coup à faire...
ANDREA
Caderousse, à la santé du comte de Monte-Cristo 1
CADEROUSSE
Et il est richissime ?
Richissime ! il ne connaît pas sa fortune,
CADEROUSSE
Est-ce possible I
ANDREA
Écoute: avant-hier, c'était un garçon de banque qui lui apportait cinquante mille francs eu papier Joseph, dans un
portefeuille gros comme ta serviette ; hier, un banquier qui lui apportait cent mille francs en or.
CADE ROUSSE
Et tu vas dans cette maison-la?...
ANDREA
Quand je veux.
CADE ROUSSE
Et il demeure, dis-tu, avenue des Champs-Elysées?
ANDREA
N°30... Une belle maison entre cour et jardin; tu ne connais que cela.
CADEROUSSE
C'est possible; mais ce n'est pas l'extérieur qui m'occupe.
ANDREA
C'est l'intérieur, n'est-ce pas?
Les beaux meubles qu'il doit y avoir là dedans!
ANDREA
As-tu tu les Tuileries?
CADEROUSSE
Non.
ANDREA
Eh bien, c'est plus beau que les Tuileries?
CADEROUSSE
Dis donc, tu devrais me conduire un jour dans cette maison-là.
ANDREA
Impossible! et à quel titre ?
CADEROUSSB.
Tu as raison; mais il faut pourtant que je voie cela.
ANDREA
Pas de bêtises, Caderousse !
CADEROUSSE
Je me présenterai comme frotteur.
ANDREA
Il y a des tapis partout.
CADEROUSSB.
Tâche au moins de me faire comprendre la distribution, hein?
Comment veux-tu ?
CADEROUSSE
En me faisant un petit plan; j'ai manqué ma vocation, je devais être architecte.
ANDREA
Il me faudrait de l'encre, du papier, une plume.
CADEROUSSE
Attends, je vais l'aller chercher tout cela.
ANDREA, à part.
U coupe dedans !
CADEROUSSE
Voilà.
ANDREA
Tiens, vois-tu, voilà le jardin, voilà la maison.
CADEROUSSE
De grands murs au jardin ?
ANDREA
Non, huit ou dix pieds tout au plus.
CADEROUSSE
Voilà qui n'est pas prudent; et qu'y a-t-il dans le jardin?
Des caisses d'orangers, des pelouses, des massifs, des fleurs.
CADEROUSSE
Pas de pièges à loup ?
ANDitflA.
Non.
CADEROUSSE
Voyons le rez-de-chaussée.
ANDREA
Le rez-de-chaussée n'est pas intéressant.
CADEROUSSE
Pas intéressant?
ANDREA
Non.
CADERODSSE.
Passons au premier, alors... filli escalier?...
ANDREA
Deux: un petit et un grand...
CADEROUSSE
Des fenêtres?...
Magnifiques! nous passerions tous les deux ensemble par le même carreau.
CÀDBRODSSE.
A quoi bon deux escaliers, quand on a des fenêtres pareilles ?
ANDREA
Que veux- tu ! le luxe !...
CADEROUSSB.
Mais des volets?...
ANDREA
Dont on ne se sert jamais... Un original, ce comte de Monte-Cristo! il aime à voir le ciel pendant la nuit
CADEROUSSE
Et les domestiques, où couchent-ils?
ANDREA
Ils ont leur maison à eux.
CADEROUSSE
A part ?
ANDREA
Oui, à part, avec des sonnettes correspondant aux chambres.
CADEROUSSE
Ah ! diable ! des sonnettes?
ANDREA
Tu dis?...
Moi? Rien; je dis que ça coûte très-cher à poser, des sonnettes; et à quoi cela sert-il, je te le demande?... Et pas de chien ?
ANDREA
Non, il dit que cela mord.
CADEROUSSB.
Pas prudent! pas prudent!
ANDREA
C'est ce que je lui disais hier: « Monsieur le comte, quand vous allez coucher à Auteuil, vous emmenez vos domestiques, et la maison de Paris reste seule... Pas prudent! »
CADEROUSSE
Et qu'a-t-il répondu?
ANDREA
«Pas prudent!... Pourquoi? — Parce qu'un jour on vous volera... — Eh bien, a-t-il dit, qu'est-ce que ça me fait, qu'on me vole? »
CADEROCSSE.
Andréa, il a quelque secrétaire à mécanique!
ANDREA
A mécanique?
CADEROUSSE
Oui, qui prend le voleur dans une grille, et qui lui joue un air... On m'a dit qu'il y en avait un comme cela à la dernière exposition.
ANDRBA.
Non ; il a tout bonnement un secrétaire en acajou.
CADEROCSSE.
Et ce secrétaire est au premier ?
ANDREA
Oui.
CADEROCSSE.
Fais-moi donc le plan du premier, le petit!
ANDREA
C'est facile ! Vois-tu, il y a antichambre, salon, chambre à coucher, cabinet de toilette... C'est dans la chambre à coucher qu'est le fameux secrétaire.
CADEROUSSE
Et les fenêtres ?
Une là!...
Donnant ?...
Sur le jardin.
ANDREA
CADEROUSSE
ANDREA
CADEROUSSE
Et va-t-il souvent à Auteuil, ton comte?
Deux ou trois fois par semaine; après demain par exemple, il doit y passer la journée et la nuit.
CADEROUSSE
Et tu en es sûr ?
ANDREA
Il m'a invité à y aller dîner.
xiii. ia
CADEROUSSE
Tu iras?...
ANDREA
Oui.
CADEROUSSB.
Et, quand tu y dînes, y couches-tu?
ANDREA
Quand cela me fait plaisir ; je suis chez le comte comme chez moi.
CADEROUSSE
Dis donc, Benedetto, le jour où tu tiendras ton héritage?...
ANDREA
On se souviendra des amis.
Oui, avec cela que tu as de la mémoire !
ANDREA
Que veux-tu 1 j'ai cru d'ahord que tu voulais me rançonner.
CADERODSSE.
Oh! quelle idée! Moi qui ne te donne, au contraire, que des conseils d'ami... Ah ça! mais tu veux donc nous faire prendre, malheureux?
ANDREA
Pourquoi cela?
CADEROUSSE
Que tu viens me voir dé§UM4 en domestique, et avec un pareil diamant au doigt, un diamant de deux mille francs.
ANDREA
Diable! tu estimes juste. Pourquoi ne te fais-tu pas commissaire-priseur?
CADEROUSSE
C'est que je me connais en diamants, j'en ai eu.
ANDREA
Oui, je te conseille de t'en vanter.
CADEROUSSE
J'espère que tu ne vas pas 1Y11 aller avec celui-là ?
ANDREA
Non, tu préfères que je le laisse ici, n'est-ce pas?
Je crois que c'ost plus prudent. Est-ce qu'il serait faux?
ANDREA
Essaye sur un carreau... Essaye.
CADEROUSSE essaye le diamant sur une vitre.
Que veux-tu ! ces voleurs de joailliers imitent si bien les diamants à cette heure, qu'on n'ose plus voler chez eux... Encore une branche de commerce paralysée.
ANDREA
Eh bien, tu le gardes?
CADEROUSSE
Puisque tu me l'as donné.
ANDREA
As-tu encore quelque chose à me demander ? Te faut-il ma redingote? Veux-tu ma casquette? Ne te gène pas, pendant que tu y es.
CADEROUSSE
Non; tu es un bon camarade, au fond.
ANDREA
Je puis m'en aller, alors?
CADEROUSSE
Quand tu voudras... Attends que je te reconduise.
ANDREA
Ce n'est pas la peine. Si fait.
Pourquoi cela ?
CADEROUSSE
ANDREA
CADEROUSSE
Parce qu'il y a un petit secret à la porte. C'est une mesure de précaution que j'ai cru devoir ajouter... Serrure Huret et Fichet, revue et corrigée par Gaspard Caderousse... Je t'en confectionnerai une quand tu seras capitaliste.
ANDREA
C'est dit; je te ferai prévenir huit jours d'avance.
(Il sort.)