SCÈNE IX LE DUC D'ANJOU, LE ROI
D ANJOU, avec un gros sourpir.
Ah!...
LE ROI
Qu'as- tu donc, d'Anjou? Tu as l'air presque aussi triste que moi !
d'àsjoo.
Si je suis triste, Louis, ce n'est pas pour rien!
LE ROI
Triste, toi? triste, avec trente mille livres dans tes poches, c'est-à-dire avec des plumes à tes chapeaux, avec des dentelles à tes manchettes, avec des boucles de diamants à tes jarretières, avec des passementeries d'or à tes manteaux?
d'akjou.
Hélas! justement, c'est parce qu'il faut que je dise adieu aux 1 assementerieB, aux diamants, aux dentelles et aux plumes, que je suis triste! — Les ti ente mille livresque m'avait données H. de Mazarin, tu sais?
LE ROI
Oui.
d'anjou.
Eh bien, elles sont retournées dans ses coffres !
LE ROI
Il te les a reprises ?
d'anjou.
Non, il a agi moins honnêtement : il me les a regagnées au jeu; et, quand j'ai été ruiné, quand ma poche a été veuve de son dernier écu, quand j'ai voulu jouer sur parole, il m'a dit « Fi! monseigneur, que c'est laid d'être déjà joueur à votre âge ! » De sorte que tu vois !. ..
(Il retourne ses poches.) LE ROI.
Et tu as compté sur moi ?
d'anjou.
Pour remplir les vides... Je t'ai offert, hier, ta part de mes trois mille pistoles; je viens te demander ma part de ton million: c'est tout simple.
LE ROI
Pauvre d'Anjou, tu tombes mal !
I>'aNJOU.
Bon ! le cardinal te l'aura il- il regagné aussi, ton million?
LE ROI
Non, mais j'en ai dispos
d'anjou.
Oh! et quand t'en donnera-t-il un autre?
LE ROI
Je ne sais pas; mais, sois tranquille, s'il tarde trop, je le prendrai sans le lui demandt r.
d'anjou.
Tu vas donc devenir roi?
LE ROI
Je l'espère !
d'anjou.
A partir de quel jour?
LE ROI, arec un soupir.
A partir d'aujourd'hui!
d'axjou.
Personne ne le sait encore ?
LE ROI
Non.
d'anjou.
Eh bien, laisse-moi être le premier à t'en faire mon compliment... Sire, j'ai l'honneur...