‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 115 sur 151 · HABIB · texte numérisé non relu

HABIB

C'est bien... Tout est fini, sire! mais, avant de vous quitter pour toujours...

LE ROI

Pour toujours, oui !

MARIE

Laissez- moi vous dire une chose... Vous me sacrifiez, non pas à votre jalousie... Oh ! vous savez bien, sire, que cet amour pour M. de Guiche n'était, de ma part, qu'un rêve d'enfant; seulement, ce réve vous sert de prétexte! Vous me sacrifiez, non pas à votre jalousie, mais à cette cruelle divinité des rois qu'on appelle la raison d'État... Vous me repoussez hors votre cœur, non point parce que j'en aime un autre, vous savez bien que c'est vous seul que j'aime, mais parce que je ne suis ni sœur ni fille de roi !

LE ROI

Marie !

MARIE

Oh! écoutez-moi! ce sont mes dernières paroles, c'est mon testament d'amour... Vous avez donc cru devoir agir ainsi, et vous ne vous êtes pas inquiété du mal que vous faisiez à une pauvre âme qui ne vous a jamais fait de mal, à vous... Eh bien, par cette résolution que vous prenez, vous outragez, sire, une autre divinité non moins puissante, mais, à coup sûr, plus immuable que la raison d'État : c'est la raison humaine, celle qui dit à tout cœur : « Cherche un cœur, cf réunis-toi à qui t'aime! » Eh bien, sire, ce cœur que l'homme avait cherché sans consulter le roi, ce cœur qu'il avait trouvé, c'était le mien...

LE ROI

Marie!...

MARIE

Oh! je n'ai plus que quelques mois à dire, et je vous quitte, je pars, j'obéis! mais, en vous obéissant, je vous laisse à une femme que vous n'avez jamais vue, que vous n'aime/ pas ! à qui vous demanderez de l'amour, et qui ne vous offrira que de la soumission! Alors... alors, la pauvre .Marie, qui vous eût tant aimé, et qui eût été si heureuse de vous aimer, TOUS

manquera... Vous regarderez autour de vous : elle n'y sera plus... Alors, ce bonheur que vous refusera votre femme... je me trompe : votre reine! vous le chercherez dans d'autres amours; vous éparpillerez votre cœur sur vingt maîtresses. Que leurdemanderez-vous, à ces maîtresses, que vous quitterez les unes après les autres? Marie! Marie! toujours Marie!... Mais Marie ne sera plus là... Marie sera loin... Marie sera perdue... Marie sera morte ou folle!... Adieu, sire! soyez heureux, maintenant, si Dieu le permet.

(Au moment de sortir, elle s'arrête et jette un dernier regard sur le Roi, qui a fait, comme malgré lui, un pas vers elle; mais, envoyant le Roi détourner aussitôt les yeux, elle s'élance hors de l'appartement avec un geste de désespoir.)

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