SCÈNE III BOUCHAVANNES, MADAME HENRIETTE
HENRIETTE
Vous êtes M. de Bouchavannes?
BOUCHAVANNES.
Oui. Que me voulez-vous?
HENRIETTE
Regardez-moi, monsieur.
BOUCHAVANNES.
La princesse Henriette !
Qui vient, au nom de sa mère et au sien, vous demander une grâce, monsieur.
BOUCHAVANNES.
Ou plutôt me donner un ordre, veut dire Votre Altesse.
HENRIETTE
Hélas! non, monsieur de Bouchavannes; vous savez bien que- nous n'avons plus d'ordres à donner ici, et qu'au contraire, c'est nous qui en recevons, et de fort durs parfois!
BOUCHAVANNES.
}Iais, mon Dieu ! qui peut amener Votre Altesse à cette heure dans cette cour solitaire?
HENRIETTE
Je vous cherchais, monsieur.
BOUCHAVANNES.
Moi?
HENRIETTE
Vous êtes gentilhomme, monsieur; vous avez une mère, une sœur; vous connaissez les émotions de la famille, tantôt douces, tantôt cruelles... Eh bien, si vous étiez séparé de votre sœur depuis trois ans; que votre sœur fût errante, proscrite, fugitive, vous éprouveriez l'impérieux besoin de la revoir, et vous n'hésiteriez point à confier ce désir à un ami... Monsieur de Bouchavannes, vous êtes un ami pour
nous : c'est ma mère, si je ne me trompe, qui a placé la vôtre près de la princesse de Savoie.
BOUCHAVANNES.
Et vous savez, madame, que la reconnaissance de toute la famille est acquise à votre auguste mère et à vous.
HENRIETTE
Oh! ne parlons point de reconnaissance, monsieur; ce serait donner une mesure à votre dévouement, et j'aime mieux lui faire un appel entier, complet, absolu.
BOUCHAVANNES.
Parlez, madame, je serai heureux le jour où vous me donnerez l'occasion de courir un danger quelconque pour vous.
HENRIETTE
Je vous ai parlé d'une sœur proscrite, fugitive, exilée. Eh bien, moi, monsieur, j'ai un frère exilé, fugitif, proscrit; un frère que je n'ai pas vu depuis trois ans.
BOUCHAVANNES.
Le roi Charles II?
HBNR1ETTE.
Le roi Charles II, oui, monsieur. Eh bien, le roi Charles II est ici, à Vincennes, de l'autre côté de celle porte... Chassé aujourd'hui de France par M. de Mazarin, demain, au point du jour, il part, il retourne en Hollande. Monsieur de Bouchavannes, je voudrais bien revoir, je voudrais bien embrasser mon frère; je voudrais bien lui dire adieu!
BOUCHAVANNES.
Et voilà tout ce que vous aviez à me demander, madame?
HENRIETTE
Oui, tout.
BOUCHAVANNES.
Ma tète serait en jeu pour rôtis procurer cette joie, je risquerais ma tète; je risque quelques jours d'arrêt, un mois de prison peut-être; en vérité, je suis honteux, madame, de faire si peu pour vous! (il va à la petite porto et l'orme.) Entrez, sire! Madame Henriette attend Votre Majesté.
Ma sœur !
Mon frère