‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 110 sur 138 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HAMILTON et EVAN sont en train de souper; CUDDY les sertj debout, la serviette sur le bras.

HAMILTON

Ainsi, mon cher Evan, vous êtes venu à Londres pour y soutenir la bonne cause et vous opposer avec nous à toute tentative en faveur des Stuarts ?

(Cuddy va pour enlever le poulet, Evan le rappelle.) EVAN.

Uniquement dans ce but, mon cher hôte, et j'espère que vous me mettrez à même de vous prouver mon zèle.

HAMILTON

Franchement, était-ce la peine de faire tant de façons, et ne vous trouvez-vous pas mieux ici que rue Milord-Protecteur, à l'hôtel Worcester ?

ÈVAN.

Mieux, beaucoup mieux ! Seulement, je vous cause un dérangement qui, je vous l'avoue, me fait honte.

HAMILTON

Aucun, au contraire; et c'est ce qui doit m'ôter tout mérite à vos yeux. Cette partie de l'hôtel que je vous cède est complètement inhabitée depuis la mort de mon père, qui l'occupait pendant ses rares voyages à Londres. Elle a sortie sur la rue de Villiers, tandis que la partie que j'occupe, moi, a la sienne sur le Strand. Je suis chez moi ; vous êtes chez vous. Cette porte donne sur un corridor qui met en communication les deux appartements. Vous désirez être seul, vous

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poussez les verrous de cette porte. Vous le voyez, rien de plus simple.

(Cuddy va pour enlever le poulet; impatience d'Evau.) EVAN.

Oui^ certainement, et, jusqu'ici, tout va à merveille de votre côté ; mais d'un autre...

D'un autre?

EVAN

Oui, de l'autre côté...

HAMILTON

De quel côté voulez-vous dire ?

EVAN

Madame ! liein? du côté de madame?

HAMILTON

Je ne vous comprends pas.

EVAN

Comment! cette après-midi...

HAMILTOIT,

Eh bien ?

EVAN

Sur la place de White-IIall...

HAMILTON. '

Oui.

EVAN

Enfin, nous sommes amis, n'est-ce pas?

HAMILTON

Et des meillerrs, je l'espère.

EVAN

Cette femm.c si bien voilée que vous poursuiviez...

C'était votre parente.

EVAN

Sans doute; mais ça aurait pu être votre femme.

HAMILTON

Je suis garçon, mon cher Evan.

EVAN

Ah ! vous êtes garçon ?

HAMILTON

Je n'ai jamais voulu me marier.

EVAN

Vous avez bien fait, mon hôte !... Ciiddy !

(Cuddy verse à boire.) HAMILTON.

Vous ne pouvez donc gêner ma femme. Ainsi, si vous vous trouvez bien chez moi...

(Cuddy emporte la bouteille.) EVAN.

A merveille!

HAMILTON

Que rien ne trouble votre tranquillité.

De sorte que cette dame?... Oui, oui, oui, c'était tout simplement votre maîtresse.^

HAMILTON

Mes principes, mon cher hôie, ne me permettent pas ces sortes d'écarts... Je n'ai pas plus de maîtresse que je n'ai de femme.

EVAN

On n'a pas de femme, on n'a pas de maîtresse, soit; mais on a une i)upille. les principes les plus sévères ne défendent pas d'avoir une pupille. Or, depuis que le monde est monde, il est reconnu que les pupilles fuient leurs tuteurs et que les tuteurs courent après leurs pupilles.

HAMILTON

Mon cher Evan, j'ai le bonheur de ne point avoir un pareil souci. Je ne suis le tuteur de personne.

EVAN

Vous pourriez, sans être le tuteur de quelqu'un, avoir une sœur phis jeune que vous, laquelle, n'étant pas mariée, se crût, comme c'est la coutume en Angleterre, le droit de jouir d'une certaine liberté.

HAMILTON

.J'ai une sœur, en effet.

EVAN

Voyez-vous !

HAMILTON

Mais elle est à cent lieues d'ici.

A c'.Mt lieues !

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HAMILTO:,.

Oui.

EVAN

C'est très-loin.

HAMILTON

Vous voyez donc que vous ne gênez ni ma femme, ni ma maîtresse, ni ma pupille, ni ma sœur.

(Il se lève.)

EVAN, se levant aussi.

De sorte que, franchement, mon cher hôte, si je trouvais la belle inconnue qui s'est attachée à mon bras... ?

(Cuddy débarrasse la table et remet ua couvert nouveau.) HAMILTON.

Mais vous disiez que c'était votre parente ?

EVAN

Sans doute; mais, enfin, si je la retrouvais, il ne vous désobligerait aucunement... ?

HAMILTON

Achevez.

EVAN

Que je m'informasse d'elle-même si elle a un frère, un tu- :eur, un amant, un mari, comme je me suis informé de vous si vous aviez une femme,' une maîtresse, une pupille ou une .^œur ?

Aucunement, je vous jure.

EVAN

Donc, liberté entière ?

HAMILTON

Liberté entière !

EVAN

Vous me quittez?

HAMILTON, prenant le bras d'Evan.

Mon cher hôte, vous tombez à Londres au milieu de graves événements. Ces événements, j'y suis mêlé d'une façon active. Le général Lambert seul représente notre vieux parti presbytérien pur. Le géuéral Monk est douteux. On parle d^une tentative du roi Charles.

EVAN

Vous croyez qu'après son échauffourée de Worcester... ?

HAMILTON

Les insensés osent tout, mon cher hôte ; c'est pour cela qu'ils réussissent quelquefois. En tout cas, comme votre nom l'indique...

EVAN

Et comme la lettre de mon père a dû vous le dire...

HAMILTON

Fous appartenez au parti des saints.

Peut-être pas des saints... tout à fait.

HAMILTON

Cependant, dans une circonstance grave, on pourrait compter sur vous ?

EVAN

A la vie, à la mort!

HAMILTON

Eh bien, donc, bonne nuit! Je vous laisse... Je dois avoir chez moi des amis qui m'attendent. Puis, ce soir, à neuf heures, j'ai rendez-vous à la Tour, avec le général Lambert justement. Votre désir est bien de prendre du service dans son armée?

EVAN

Je ne suis venu à Londres que pour cela.

HAMILTON

Je lui parlerai de vous.

EVAN

Merci, cent fois merci !

HAMILTON

Donc, résumons-nous. Voici votre entrée et votre sortie, (il montre la porte de gauche.) Entrée et sortie réservées à vous seul, dont vous seul avez la clef.

EVAN

Bien.

HAMILTON, luî montrant la porte dans l'angle à gauche.

Voici votre chambre à coucher. Votre domestique a là-bas une espèce de petit cabinet, (indiquant la porte du fond.) Enfin, voici le passage qui conduit chez moi. A quelque heure du jour ou de la nuit que ce soit, si vous avez besoin de me parler, ne vous gênez aucunement.

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EVAN

Merci, merci, merci !

(Hamilton sort. Evan le reconduit et se lient au fond. Cuddy retourne la tajla et la contemple avec convoitise.)

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