‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 127 sur 138 · L.V REINE · texte numérisé non relu

L.V REINE

Ah! te voilà, Edith... Qu'on l'enferme, qu'on s'assure de lui, qu'on le retienne prisonnier; mais qu'on ne le tue pas! oh! qu'on ne le lue pas! cela nous porterait malheur.

EDITH

Le tuer ! mais qui ?

EVAN, dans la chambr.--.

Monsieur ! monsieur !

EDITH

Sa voix!

Tu connais ce jeune homme?

EDITH

C'est lui!

LA REINE

Qui, lui?

EDITH

Ce protégé à moi dont j'ai parlé à Votre Majest-i,

LA REINE

Edith, tu aimes ce jeune homme?

EDITH

Madame...

LA REINE

Tu l'aimes?

EDITH

Puisque Votre Majesté l'a deviné., ,

LA REINE

iîh bien, sauvons-le ! sauvons-le !

(Edith court à la porte, qu'elle ouvre.)

EVAN

Corbleu ! est-ce ainsi...? (Apercevant la Reine, et à lui-même.) Tiens! madame Lambert.

EDITH, prenant le bras d'Evan.

Silence!

EVAN, à part.

Et sa fille!... (Haut.) Ah ! cette fois, c'estvous! jevous tiens!

EDITH

Oui, c'e^l moi, moi qui vous ai demandé votre protection sur !a place de White-IIall, moi pour qui vous avez mis l'épée à la main.

EVAN

Laissez-moi d'abord vous regarder; il y a assez longtemps que j'ai envie de vous voir.

EDITH

Dépêcliez-vous... Eh bien ?

EVAN

Eh bien, vous êtes charmante, tout simplement.

EDITH

3îain tenant, fuyez !

EVAN

Comment?

LA REINE

Fuyez, monsieur !

EVAN

Comment, que je fuie?

LA REINE

Par où vous êtes venu.

Par là.

EVAN

Permettez! je suis du complot, moi... du complot pour délivrer le général Lambert.

EDITH

Allez donc, je vous accompagne.

EVAN

Vous?

l'envers d'une conspiration 227

EDITH

Oui.

EVAN

Vous? (A part.) Elle me dit cela devant sa mère!

EDITH

Allez !

EVAN

Je vous avertis que, si vous me trompez, je reviens... Je connais le secret.

(Il sort par la porte secrète.)

MONTROSE, entrant avec Voghan et des Seigneurs, et courant à la porte du cabinet où était Evan.

Vous l'avez sauvé, madame! et savez-vous ce que vous avez ■ fait? Nous avons été trahis, livrés par cet homme sans doute. Le général Lambert est délivré; dans une heure, il sera à la tête de dix mille soldats. Cette maison a été désignée comme devant servir d'asile au roi !

EDITH et LA REINE,

Grand Dieu I

EDITH

Si le roi arrivait!

LA REINE

Tout est perdu!

EDITH

Non, madame, non; pas encore peut-être... Le roi, je l'espère, n'a pas encore franchi l'enceinte de Londres j il ne s'agit que de gagner ^du temps.

EVAN, reparaissant par la porte secrète.

Je vous avais dit que je reviendrais.

EDITH

Oh! quelle idée! (a Evan.) xAIerci de ce que vous venez de faire.

EVAN

Eh bien ?

EDITH

Oui, vous nous avez déjà été très-utile.

EVAN

Ah bah !

EDITH

Mais vous pouvez l'être bien davantage encore. Maintenant que vous méconnaissez, êtes-vous prêt à m'obéir aussi exacte-

ment et aussi promptement que quand vous ne me connaissiez pas?

EYAN.

Pour vous, je suis prêt à descendre dans l'enfer ou à escalader le ciel.

EDITH

Aveuglément?

EVAN

Sur un seul mot de vous.

Edith passe lentement devant Evan, regarde la Reine et se dirige vers la porte, au deuxième plan de gauche.)

EDITH

Passez dans cette chambre.

EVAN

Comment ! encore ?... (Faisant quelques pas et s'arrêtant.) Je VOUS ferai o])server que je sors de celle-là, et qu'on m'y a laissé très-longtemps; qu'ensuite vous m'avez fait entrer ici...

EDITH

Passez dans cette chambre.

EVAN

Après ?

EDITH

Vous y trouverez un pourpoint de velours noir, brod« de jais.

LA REINE, bas, à Montrose» Le costume du roi, messieurs.

EVAN

Bon!

Un manteau.

Bien !

Vous les mettrez.

A quoi bon?

EDITH

Ah! si on vous le dit, il n'y a plus de mérite!

EVAN

C'est juste.

EDITH

EVAN

EDITH

EVAN

l'envers d'une conspiration 229

EDITH

Allez et revenez ainsi vêtu !

EVAN

Mais je vais avoir l'air d'un royaliste.

EDITH

Qu'importe! pourvu que vous restiez parlementaire au fond du cœur?

EVAN

Au fait, l'habit ne changera pas mes principes.

EDITH

Hàtez-vous!

(Evan entre dans la chambre.)

LA REINE, tendant la main à Edith.

Je t'avais devinée...

EDITH, à un Domestique qui se tient au fond. Un mot à mes gens pour qu'ils donnent le change aux soldats... (Atthole et sir John sortent.) Et maintenant (elle va ouvrir la porte secrète), passez la première, madame. (La Reine sort.) Vous, milords...

(Montrose sort.) VOGHAN.

Mais vous?

EDITH

Moi, je suis de rarrière-gnrde...Ne faut-il pas que je donne la consigne à ma sentinelle perdue?

(Voghan sort.)

EVAN, sortant du cabinet.

Le fait est que, si le mérite consiste à obéir sans comprendre... Eh bien, il n'y a plus personne!

EDITH, entr'ouvrant la porte secrète.

Si!... Demeurez là... Ne montrez aucune surprise... N'opposez aucune résistance, et, quoi qu'il arrive, ne vous inquiétez de rien... On veille sur vous.

EVAN

Qui?

EDITH, lui tendant la main.

Quelqu'un... qui vous aime.

EVAN, se précipitant sur la main d'Edith, et l'embrassant avec transport.

Oh!... cette main!...

(Des pas prcc-ipilés se font cntond*e. ~ Edith retire vivement sa main. -- r.a

porto secrète se referme aussitôt. — Des Gardes paraissent, conduits oar un Capitaine.)

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