L.V REINE
Ah! te voilà, Edith... Qu'on l'enferme, qu'on s'assure de lui, qu'on le retienne prisonnier; mais qu'on ne le tue pas! oh! qu'on ne le lue pas! cela nous porterait malheur.
EDITH
Le tuer ! mais qui ?
EVAN, dans la chambr.--.
Monsieur ! monsieur !
EDITH
Sa voix!
Tu connais ce jeune homme?
EDITH
C'est lui!
LA REINE
Qui, lui?
EDITH
Ce protégé à moi dont j'ai parlé à Votre Majest-i,
LA REINE
Edith, tu aimes ce jeune homme?
EDITH
Madame...
LA REINE
Tu l'aimes?
EDITH
Puisque Votre Majesté l'a deviné., ,
LA REINE
iîh bien, sauvons-le ! sauvons-le !
(Edith court à la porte, qu'elle ouvre.)
EVAN
Corbleu ! est-ce ainsi...? (Apercevant la Reine, et à lui-même.) Tiens! madame Lambert.
EDITH, prenant le bras d'Evan.
Silence!
EVAN, à part.
Et sa fille!... (Haut.) Ah ! cette fois, c'estvous! jevous tiens!
EDITH
Oui, c'e^l moi, moi qui vous ai demandé votre protection sur !a place de White-IIall, moi pour qui vous avez mis l'épée à la main.
EVAN
Laissez-moi d'abord vous regarder; il y a assez longtemps que j'ai envie de vous voir.
EDITH
Dépêcliez-vous... Eh bien ?
EVAN
Eh bien, vous êtes charmante, tout simplement.
EDITH
3îain tenant, fuyez !
EVAN
Comment?
LA REINE
Fuyez, monsieur !
EVAN
Comment, que je fuie?
LA REINE
Par où vous êtes venu.
Par là.
EVAN
Permettez! je suis du complot, moi... du complot pour délivrer le général Lambert.
EDITH
Allez donc, je vous accompagne.
EVAN
Vous?
l'envers d'une conspiration 227
EDITH
Oui.
EVAN
Vous? (A part.) Elle me dit cela devant sa mère!
EDITH
Allez !
EVAN
Je vous avertis que, si vous me trompez, je reviens... Je connais le secret.
(Il sort par la porte secrète.)
MONTROSE, entrant avec Voghan et des Seigneurs, et courant à la porte du cabinet où était Evan.
Vous l'avez sauvé, madame! et savez-vous ce que vous avez ■ fait? Nous avons été trahis, livrés par cet homme sans doute. Le général Lambert est délivré; dans une heure, il sera à la tête de dix mille soldats. Cette maison a été désignée comme devant servir d'asile au roi !
EDITH et LA REINE,
Grand Dieu I
EDITH
Si le roi arrivait!
LA REINE
Tout est perdu!
EDITH
Non, madame, non; pas encore peut-être... Le roi, je l'espère, n'a pas encore franchi l'enceinte de Londres j il ne s'agit que de gagner ^du temps.
EVAN, reparaissant par la porte secrète.
Je vous avais dit que je reviendrais.
EDITH
Oh! quelle idée! (a Evan.) xAIerci de ce que vous venez de faire.
EVAN
Eh bien ?
EDITH
Oui, vous nous avez déjà été très-utile.
EVAN
Ah bah !
EDITH
Mais vous pouvez l'être bien davantage encore. Maintenant que vous méconnaissez, êtes-vous prêt à m'obéir aussi exacte-
ment et aussi promptement que quand vous ne me connaissiez pas?
EYAN.
Pour vous, je suis prêt à descendre dans l'enfer ou à escalader le ciel.
EDITH
Aveuglément?
EVAN
Sur un seul mot de vous.
Edith passe lentement devant Evan, regarde la Reine et se dirige vers la porte, au deuxième plan de gauche.)
EDITH
Passez dans cette chambre.
EVAN
Comment ! encore ?... (Faisant quelques pas et s'arrêtant.) Je VOUS ferai o])server que je sors de celle-là, et qu'on m'y a laissé très-longtemps; qu'ensuite vous m'avez fait entrer ici...
EDITH
Passez dans cette chambre.
EVAN
Après ?
EDITH
Vous y trouverez un pourpoint de velours noir, brod« de jais.
LA REINE, bas, à Montrose» Le costume du roi, messieurs.
EVAN
Bon!
Un manteau.
Bien !
Vous les mettrez.
A quoi bon?
EDITH
Ah! si on vous le dit, il n'y a plus de mérite!
EVAN
C'est juste.
EDITH
EVAN
EDITH
EVAN
l'envers d'une conspiration 229
EDITH
Allez et revenez ainsi vêtu !
EVAN
Mais je vais avoir l'air d'un royaliste.
EDITH
Qu'importe! pourvu que vous restiez parlementaire au fond du cœur?
EVAN
Au fait, l'habit ne changera pas mes principes.
EDITH
Hàtez-vous!
(Evan entre dans la chambre.)
LA REINE, tendant la main à Edith.
Je t'avais devinée...
EDITH, à un Domestique qui se tient au fond. Un mot à mes gens pour qu'ils donnent le change aux soldats... (Atthole et sir John sortent.) Et maintenant (elle va ouvrir la porte secrète), passez la première, madame. (La Reine sort.) Vous, milords...
(Montrose sort.) VOGHAN.
Mais vous?
EDITH
Moi, je suis de rarrière-gnrde...Ne faut-il pas que je donne la consigne à ma sentinelle perdue?
(Voghan sort.)
EVAN, sortant du cabinet.
Le fait est que, si le mérite consiste à obéir sans comprendre... Eh bien, il n'y a plus personne!
EDITH, entr'ouvrant la porte secrète.
Si!... Demeurez là... Ne montrez aucune surprise... N'opposez aucune résistance, et, quoi qu'il arrive, ne vous inquiétez de rien... On veille sur vous.
EVAN
Qui?
EDITH, lui tendant la main.
Quelqu'un... qui vous aime.
EVAN, se précipitant sur la main d'Edith, et l'embrassant avec transport.
Oh!... cette main!...
(Des pas prcc-ipilés se font cntond*e. ~ Edith retire vivement sa main. -- r.a
porto secrète se referme aussitôt. — Des Gardes paraissent, conduits oar un Capitaine.)