SCÈNE XXXIII SIR EDWARD, puis EDMÉE
SIR EDWARD
Elle a refusé... xih! par ma foi, du moment que la sœur refuse, autant que le frère me casse la tète.
EDMÉE, à part.
Je ne puis cependant permettre ce duel...
(Elle fait du bruit en tirant sa porte.)
SIR EDWARD, se retournant vivement.
Elle!...
EDMÉE
Monsieur... Pardon, je croyais mon frère avec vous !
SIR EDWARD
En effet, madame, il y était, il n'y a qu'un instant.
EDMÉE
Et il est... sorti ?
SIR EDWARD
Sorti... oui, madame.
EDMÉE
Va-t-il revenir?
SIR EDWARD
Je ne crois pas.
EDMÉE
Oh! mon Dieu! et moi qui voulais absolument lui parler...Mais, puisqu'il n'y <stpas... puisqu'il estsoiii... puisque vous ne croyez pas qu'il doive revenir... je rentre... je... ^A pari.) VA] i)ieii, il ne me retient pas!...
SIR EDWARD, au moment où Edmco mot le pied sur lo senil de sa
cl)ambre«
Madame!
EDMÉE, à part.
Enfin!... (Haut, se retournant.) Monsieur?...
SIU EDWARD
Bans un instant, je pars, madame.
EDMÉE
Ah ! vous partez ?
SIR EDWARD
Oui, je quitte la France... pour n'y jamais revenir... et ces paroles que je vous adresse sont les dernières que vous aurez l'ennui d'entendre sortir de ma bouche.
EDMÉE
Monsieur...
SIR EDWARD
Maintenant, vous comprenez, madame... je ne voudrais à aucun prix, en prenant congé de vous par un adieu éternel, vous laisser de moi un mauvais souvenir.
EDMÉE
Que vous importe, monsieur, le souvenir qu'une inconnue gardera de vous ?... Dites...
SIR EDWARD
Il m'importe beaucoup, madame... Ma conduite envers vous a été folle, inconsidérée, ridicule... oui, j'en conviens; mais elle avait son excuse dans l'irrésistible entraînement auquel j'obéissais...
EDMÉE
Prenez garde, monsieur ! vous allez encore me parler de choses que je ne puis entendre.
Mon amour est ma seule excuse, madame, et je suis désarmé si je ne vous parle pas de mon amour.
EDMÉE
Vous conviendrez, monsieur, que cet amour vous est venu si rapidement et s'est manifesté d'une si singulière façon, qu'il est quelque peu permis d'en douter.
SIR EDWARD
riélas! madame, on peut douter de tout: moi-même, si je vous disais que, jusqu'au moment où je vous ai vue...
EDMÉE
Comment?...
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SIR EDWARD
N'avez-vous pas entendu raconter que, dans notre brumeuse Angleterre, il y a des malheureux qui naissent riches de tous les dons de la terre, mais déshérités de cette faculté qui fait qu'on les apprécie à leur valeur. Eh bien, j'étais de ces rêveurs malades que novembre emporte d'habitude avec les dernières feuilles... Tout à coup, comme, à la suite de ce spectre qu'on appelle le spleen, je m'acheminais vers les mois mortels... je vous rencontrai!... 11 sembla, à votre vue, que la main d'une fée m'arrachait un voile de dessus les yeux... Tout m'apparut alors sous son vrai jour, avec sa véritable couleur... C'était une erreur, une folie, une faute peut-être; mais vous m'en avez puni comme d'un crime.
EDMÉE
Moi?...
SIR EDWARD
Oui... J'ai été sans raison; mais vous, vous avez été sans pitié.
EDMÉE
Comment cela?...
SIR EDWARD
Vous pouviez me repousser... vous pouviez me dire que vous ne m'aimiez pas, que vous ne m'aimeriez jamais, c'était votre droit... 31ais vous m'avez méprisé, raillé, exposé au ridicule devant un homme, un fat, que vous avez fait passer pour votre mari et qui, par bonheur, ne Tétait pas... Ah! voilà ce qui, au moment de vous quitter, me froisse douloureusement le cœur... c'est qu'un amour si vrai, si réel, si profond, ait été complètement méconnu de celle à qui il s'adressait. Ah! c'était mal, madame, très-mal ! EDMÉE, lui tendant la main.
C'est vrai, monsieur; et, maiiUenant que je vous connais mieux, j'en si|i^ fâchée..,
SIR EDWARD
Oh ! me dites-vous ces paroles du fond du cœur ?
EDMÉE
Du fond du cœur, oui, monsieur.
SlR EDWARD.
Merci, madame! merci!... Maintenant qu'à vos yeux j*ai cessé d'être un bouffon, pour redevenir un homme, j'accepte
ma destinée. J'ai touché votre main, j'ai lu mon pardon dans vos yeux, je puis mourir !
EDMÉE, l8 retenant.
Mourir!... vous, monsieur? Sir Edward, quelque danger que vous ne dites pas vous menace.
Oh ! oui, madame, un bien grand : celui de ne plus vous voir...
EDMÉi:.
Vous allez vous battre avec n.on frère !
SIR EDWARD
Moi, madame?
EDMÊE.
11 doit, dans un quart d'heure, .; v iir vous prendre avec les témoins. Ne niez pas, j'ai tout entendu.
SIR EDWARD
Oui... et, je comprends, vous tremblez pour voire frère...
EDMÉE
Monsieur...
SIR EDWARD
Tranquillisez-vous, madame : dans un duel dont vous êtes la cause... entre deux hommes qui vous aimeiii Lons deux... un seul court quelque danger... c'est celui que vous n'aimez pas...
edmée".
Que dites-vous là, monsieur?
SIR EDWARD
Que l'on ne défend une vie que lorsque cette vie a quelque prix... Or, moi qui suis seul, isolé, moi que personne n'aime, qu'ai-jeà faire delà vie?... pourquoi la défendre au péril d'une autre?... C'est bien assez d'être indifférent, je ne veux pas être maudit.
edme'e.
Monsieur!... mais ce n'est pas pour mon frère seul que je crains... Vous me croyez donc bien cruelle, que vous pensez que la vie d'un homme m'importe si peu... cet homme me fût-il inconnu?...
SIR EDWARD
Madame...
EDMÉE
Mais vous ne m'êtes pas même inconnu, vous... Est-ce que,
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s'il vous arrivait malheur, je n'aurais pas toujours le son de votre voix à mon oreille, le souvenir de votre visage devant mes yeux?... Non, non, monsieur, ce duel est insensé, il n'aura pas lieu, je vous en prie, je vous en supplie !
SIR EDWARD
Oh ! madame, que l'homme aimé de vous serait heureux, puisque, pour un indifférent, vous avez de si douces prières! (Arthur entre et reste au fond, sans être vu.) EDMÉE.
Eh! monsieur, c'est que non-seulement vous ne m'êtes pas inconnu, mais encore...
SIR EDWARD
Achevez, madame !
EDMÉB.
C'est qu'en vous voyant apparaître... comme je ne vous avais pas vu encore, c'est-à-dire sous votre véritable jour, c'est que vous avez cessé de m'ètre indifférent!,..
Moi?
EDMÉE
C'est que je ne veux pas qu'il vous arrive, à vous, plus malheur qu'à mon frère ! c'est qu'enfin, puisqu'il n'y a qu'un moyen d'empêcher ce malheureux duel... eh bien I... c'est... c'est... c'est que je vous aime !.,.
SIR EDWARD, tombant à genoux et baisant la main d'Edmée.
Oh! madame ! madame !... oh! que je suis heureux!...