SCÈNE II Les MÊMES, une Dame voill'c
LA DAME
Oui, mon cher maître Bach, vous le pouvez. La!.., maintenant, refermez cette porte.
PITTER,
Pardon, madame, mais qui étes-vous?
LA DAME, levant son voile.
Vous me faites justement la seule question à laquelle jonc puisse pas répondre.
xxii. 9
MADAME BAC0
Scriez-vous poursuivie ?
LA DAME
Je ne crois pas.. .Épiée tout au plus; mais, par bonheur, je suis à peu près sûre de n'avoir été vue de personne. Causons donc tranquillement de nos affaires.
PITTER.
Nous avons donc des affaires ensemble?
LA DAME
Pas encore... Mais nous allons en avoir, à ce que je présume.
MADAKE BACH.
Alors, madame, donnez-vous la peine de vous asseoir.
LA DAME , s'asseyant.
Volontiers... Je suis venue à pied, et, comme je n'ai pas une granJe habitude de marcher, surtout dans le sable, je suis fatiguée.
MADABIE BACU, k soû mari.
C'est une grande dame !
PITTER.
Hum ! il est bien tard pour une grande dame,
Voici donc ce que je voulais vous dire...
PITTER.
A propos des cent florins dont vous me pailiez tout à J' heure ?
LA DAME
Justement, maître Pitter.
PITTER.
Je vous écoute.
LA DAME
J*aborde nettement la question. Pouvez-vous me céder votre maison pour cette nuit?
PITTER.
Plaît-il?
MADAME BACH, à son mari.
Notre maison! Madame demande si, pour cette nuit, nous pouvons lui céder notre maison.
PITTER.
J'tntciKls bien^.. j'entends bien, et c'est justejneiit ce qui m'iùiUiarrassc.
L'ENVERS d'une CONSPIRATION H7
LA DAME
Répondez: oui ou non.
PITTER.
Je répondrais bien oui.
Si vous répondez oui, les cent florins sont Jan3 cette bourse,
MADAME BACL.
Tu entends, Pittcr, les cent florins.
PITTER.
Parbleu! oui, j'entends... seulement, il y a une difficulté.
LA DAME
Laquelle? Dites. Peut-être la lèverons-nous.
PITTER.
Notre maison n'est pas tout à fait libr , madame.
LA DAME
Comment cela?
PITTER.
Nous l'avons louée à un gentilhomme.
LA DAME
Qui s'appelle?
PITTER.
Je ne saurais vous dire, madame; quand nous lui avons demandé son nom, il nous a fait la même réponse que vous quand nous vous avons demandé le vôtre.
LA DAME
Mais si, en effet, comme vous le dites, maître Pitter, un gentilhomme a loué votre maison, comment se fait-il que ce soit vous qui l'habitiez, et non pas lui?
PITTER.
Excusez-moi, madame, mais il ne Ta pas louée pour l'habiter.
LA DAME
En ce cas, à quoi lui sert-elle ?
PITTER.
A y venir de temps en temps passer une nuit,
LA DAME
Ah ! ah !
MADAME RACH.
En tout bien tout honneur, madame; sans cela, croyezbien que, ni pour or, ni pour argent, il ne l'aurait eue.
LA DAME
Je VOUS crois, madame Bach.,. Mais qu'appelez-voiis de temps en temps?
PITTER.
Dame! depuis trois mois, et même plus, que nous avons fait marché avec lui, à dix souverains par mois, il n'est encore venu que trois fois.
LA DAME
Ce serait donc un grand hasard qu'il vînt cette nuit?
PITTER.
Dame!...
Ne le pensez-vous pas ?
MADAME BACn,
En effet, n'est-ce pas, Pitter?
PITTER,
Aussi, s'il faut vous le dire, je ne vois pas un énorme inconvénient...
LA DAME
A ce que, après avoir reçu dix souverains du cavalier inconnu, vous receviez cent florins de la dame voilée ?
PITTER.
Si cependant, madame, tandis que vous êtes là, le cavalier arrivait...
LA DAME
Est-il jeune?
MADAME BACU.
Autant que nous en avons pu juger, sous le manteau qui l'enveloppait, ce doit être un homme de trente à trente-cinq ans.
LA DAME
Le croyez-vous de bonne naissance?
PITTER.
Je lui ai, pour ma part, trouvé fort grand air.
LA DAME, se levant.
Alors, voyant une femme, il aura, selon toute probabilité, la courtoisie de me céder la place.
MADAME BACir,
Oh! sans aucun doute!
PITTER.
Cependant, notez c^ci : UQUs ne repondons de rien.
l'envers d'une conspiration 110
LA DAME
Je ne vous demande pas d'être sa caution. Voici vos cent florins.
PITTER, k sa femme.
Eh bien, tu les prends ?
MADAME BACH
Pareille bénédiction ne tombe pas sur une maison tous les jours.
PITTER.
Madame a-t-elle d'autres ordres à nous donner?
LA DAME
Mettez cette lampe sur la cheminée.
(Elle tire de sa poche une lettre qu'elle relit.) MADAME BACH.
Elle y est.
LA DAME
Desservez cette table.
PITTER.
C'est fait.
Approchez-la de la fenêtre.
PITTER.
Est-ce bien ainsi?
LA DAME
Ah! maintenant, vous n'avez peut-être pas ce que je vais vous demander,
MADAME BACH
Que madame dise toujours.
LA DAME
J'ai besoin de trois bougies.
MADAME BACH
Nous les avons... Ce cavalier ne brûle que de la cire. Trois bougies, Pitter!
PITTER.
Où faut-il les placer?
LA DAME
Sur la table. Maintenant... (indiquant la première porte à gaucho.) Cette porte est celle de votre cliarnbre à couclier, n'est-ce pas?
MADAME BACH
Oui, madame.
LA DAME
Elle doit avoir une sortie sur la plage?
MADAME BACH
Non; m.-^is les fenêtres sont basses et peuvent servir de portes.
LA DAME
Cela revient au même.
PITTER.
C'est étrange! Vous nous faites juste les mêmes questions que nous a faites le gentilhomme.
LA DAME
Étrange, en effet. Finissons... Vous êtes d'honnêtes gens?
PITTER.
Oh ! madame, les Bach sont connus de père en fils.
LA DAME
C'est pour cela probablement que je m'adresse à vous.
PITTER.
On n'a fait que nous rendre justice.
LA DAME
Promettez-moi de ne vous livrer à aucune recherche, pour savoir qui je suis, ni ce que je viens faire chez vous.
PITTER.
FoidePitter!
LA DAME
Et VOUS, madame Bach ?
MADAME BACH
Du moment que Pittcr a donné sa parole, c'est pour nous deux.
Allez donc, et me laissez seule.
MADAME BACH, à son mari.
C'est égal, je voudrais bien savoir ce qui va se passer ici.
PITTER.
Madame Bach, mettez vos yeux dans votre poche, et votre langue par-dessus. Quant à moi, je suis sourd et aveugle.
LA DAME
Pendant que vous y êtes, soyez encore muet, il ne vous en coûtera pas davantage.
(Pitter et sa femme sortent.)
l'envers d'une conspiration \-\