‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 85 sur 138 · SCÈNE II Les MÊMES, une Dame voill'c · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les MÊMES, une Dame voill'c

LA DAME

Oui, mon cher maître Bach, vous le pouvez. La!.., maintenant, refermez cette porte.

PITTER,

Pardon, madame, mais qui étes-vous?

LA DAME, levant son voile.

Vous me faites justement la seule question à laquelle jonc puisse pas répondre.

xxii. 9

MADAME BAC0

Scriez-vous poursuivie ?

LA DAME

Je ne crois pas.. .Épiée tout au plus; mais, par bonheur, je suis à peu près sûre de n'avoir été vue de personne. Causons donc tranquillement de nos affaires.

PITTER.

Nous avons donc des affaires ensemble?

LA DAME

Pas encore... Mais nous allons en avoir, à ce que je présume.

MADAKE BACH.

Alors, madame, donnez-vous la peine de vous asseoir.

LA DAME , s'asseyant.

Volontiers... Je suis venue à pied, et, comme je n'ai pas une granJe habitude de marcher, surtout dans le sable, je suis fatiguée.

MADABIE BACU, k soû mari.

C'est une grande dame !

PITTER.

Hum ! il est bien tard pour une grande dame,

Voici donc ce que je voulais vous dire...

PITTER.

A propos des cent florins dont vous me pailiez tout à J' heure ?

LA DAME

Justement, maître Pitter.

PITTER.

Je vous écoute.

LA DAME

J*aborde nettement la question. Pouvez-vous me céder votre maison pour cette nuit?

PITTER.

Plaît-il?

MADAME BACH, à son mari.

Notre maison! Madame demande si, pour cette nuit, nous pouvons lui céder notre maison.

PITTER.

J'tntciKls bien^.. j'entends bien, et c'est justejneiit ce qui m'iùiUiarrassc.

L'ENVERS d'une CONSPIRATION H7

LA DAME

Répondez: oui ou non.

PITTER.

Je répondrais bien oui.

Si vous répondez oui, les cent florins sont Jan3 cette bourse,

MADAME BACL.

Tu entends, Pittcr, les cent florins.

PITTER.

Parbleu! oui, j'entends... seulement, il y a une difficulté.

LA DAME

Laquelle? Dites. Peut-être la lèverons-nous.

PITTER.

Notre maison n'est pas tout à fait libr , madame.

LA DAME

Comment cela?

PITTER.

Nous l'avons louée à un gentilhomme.

LA DAME

Qui s'appelle?

PITTER.

Je ne saurais vous dire, madame; quand nous lui avons demandé son nom, il nous a fait la même réponse que vous quand nous vous avons demandé le vôtre.

LA DAME

Mais si, en effet, comme vous le dites, maître Pitter, un gentilhomme a loué votre maison, comment se fait-il que ce soit vous qui l'habitiez, et non pas lui?

PITTER.

Excusez-moi, madame, mais il ne Ta pas louée pour l'habiter.

LA DAME

En ce cas, à quoi lui sert-elle ?

PITTER.

A y venir de temps en temps passer une nuit,

LA DAME

Ah ! ah !

MADAME RACH.

En tout bien tout honneur, madame; sans cela, croyezbien que, ni pour or, ni pour argent, il ne l'aurait eue.

LA DAME

Je VOUS crois, madame Bach.,. Mais qu'appelez-voiis de temps en temps?

PITTER.

Dame! depuis trois mois, et même plus, que nous avons fait marché avec lui, à dix souverains par mois, il n'est encore venu que trois fois.

LA DAME

Ce serait donc un grand hasard qu'il vînt cette nuit?

PITTER.

Dame!...

Ne le pensez-vous pas ?

MADAME BACn,

En effet, n'est-ce pas, Pitter?

PITTER,

Aussi, s'il faut vous le dire, je ne vois pas un énorme inconvénient...

LA DAME

A ce que, après avoir reçu dix souverains du cavalier inconnu, vous receviez cent florins de la dame voilée ?

PITTER.

Si cependant, madame, tandis que vous êtes là, le cavalier arrivait...

LA DAME

Est-il jeune?

MADAME BACU.

Autant que nous en avons pu juger, sous le manteau qui l'enveloppait, ce doit être un homme de trente à trente-cinq ans.

LA DAME

Le croyez-vous de bonne naissance?

PITTER.

Je lui ai, pour ma part, trouvé fort grand air.

LA DAME, se levant.

Alors, voyant une femme, il aura, selon toute probabilité, la courtoisie de me céder la place.

MADAME BACir,

Oh! sans aucun doute!

PITTER.

Cependant, notez c^ci : UQUs ne repondons de rien.

l'envers d'une conspiration 110

LA DAME

Je ne vous demande pas d'être sa caution. Voici vos cent florins.

PITTER, k sa femme.

Eh bien, tu les prends ?

MADAME BACH

Pareille bénédiction ne tombe pas sur une maison tous les jours.

PITTER.

Madame a-t-elle d'autres ordres à nous donner?

LA DAME

Mettez cette lampe sur la cheminée.

(Elle tire de sa poche une lettre qu'elle relit.) MADAME BACH.

Elle y est.

LA DAME

Desservez cette table.

PITTER.

C'est fait.

Approchez-la de la fenêtre.

PITTER.

Est-ce bien ainsi?

LA DAME

Ah! maintenant, vous n'avez peut-être pas ce que je vais vous demander,

MADAME BACH

Que madame dise toujours.

LA DAME

J'ai besoin de trois bougies.

MADAME BACH

Nous les avons... Ce cavalier ne brûle que de la cire. Trois bougies, Pitter!

PITTER.

Où faut-il les placer?

LA DAME

Sur la table. Maintenant... (indiquant la première porte à gaucho.) Cette porte est celle de votre cliarnbre à couclier, n'est-ce pas?

MADAME BACH

Oui, madame.

LA DAME

Elle doit avoir une sortie sur la plage?

MADAME BACH

Non; m.-^is les fenêtres sont basses et peuvent servir de portes.

LA DAME

Cela revient au même.

PITTER.

C'est étrange! Vous nous faites juste les mêmes questions que nous a faites le gentilhomme.

LA DAME

Étrange, en effet. Finissons... Vous êtes d'honnêtes gens?

PITTER.

Oh ! madame, les Bach sont connus de père en fils.

LA DAME

C'est pour cela probablement que je m'adresse à vous.

PITTER.

On n'a fait que nous rendre justice.

LA DAME

Promettez-moi de ne vous livrer à aucune recherche, pour savoir qui je suis, ni ce que je viens faire chez vous.

PITTER.

FoidePitter!

LA DAME

Et VOUS, madame Bach ?

MADAME BACH

Du moment que Pittcr a donné sa parole, c'est pour nous deux.

Allez donc, et me laissez seule.

MADAME BACH, à son mari.

C'est égal, je voudrais bien savoir ce qui va se passer ici.

PITTER.

Madame Bach, mettez vos yeux dans votre poche, et votre langue par-dessus. Quant à moi, je suis sourd et aveugle.

LA DAME

Pendant que vous y êtes, soyez encore muet, il ne vous en coûtera pas davantage.

(Pitter et sa femme sortent.)

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