‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 137 sur 175 · AMONT · texte numérisé non relu

AMONT

Elle sépare... Penses-tu que je croie à tes rêves, moi... et que sur eux j'aille risquer ce qu'il me reste de vie et de bonheur?... Tu veux mourir? Eh bien, écoute, moi aussi, je le veux... Hais je ne veux pas mourir seul, vois-tu... et je ne veux pas que tu meures seule... Je serais jaloux du tombeau qui te renfermerait. Béni soit Dieu qui m'a fait une vie isolée que Je puis quitter sans coûter une larme à des yeux aimés! béni soit Dieu qui a permis qu'à l'âge de l'espoir j'eusse tout épuisé et fusse fatigué de tout!... Un seul lien m'attachait à ce monde: il se bris'*... Et moi aussi, je veux mourir!... mais avec toi ; je veux que les derniers battements de nos cœurs se répondent, que nos derniers soupirs se confondent... Cora-

prends-tu?... une mort douce comme un sommeil, une mort plus heureuse que toute notre vie... Puis, qui sait? par pitié, peut-être jettera-t-on nos corps dans le même tombeau.

ADÈLE

Oh! oui, cette mort avec toi, l'éternité dans tes bras... Oh! ce serait le ciel, si ma mémoire pouvait mourir avec moi... Mais, comprends-tu, Antony?... cette mémoire, elle restera vivante au cœur de tous ceux qui nous ont connus... On demandera compte à ma fille de ma vie et de ma mort... On lui dira : « Ta mère !... elle a cru qu'un nom taché se lavait avec du sang... Enfant, ta mère s'est trompée, son nom est à jamais déshonoré, flétri! et toi, toi!... tu portes le nom de ta mère... » On lui dira : « Elle a cru fuir la honte en mourant... et elle est morte dans les bras de l'homme à qui elle devait sa honte; » et, si elle veut nier, on lèvera la pierre de notre tombeau, et l'on dira : « Regarde, les voilà! »

àhtony.

Oh ! nous sommes donc maudits? Ni vivre ni mourir enfin !

ADÈLE

Oui... oui, je dois mourir seule... Tu le vois, tu me perds ici sans espoir de me sauver... Tu ne peux plus qu'une chose pour moi... Va-t'en, au nom du ciel, va-t'en !

M'en aller!... te quitter!... quand il va venir, lui?... T'avoir repris? et te reperdre?... Enfer !... et s'il ne te tuait pas?... s'il te pardonnait.?... Avoir commis, pour te posséder, rapt, violence et adultère, et, pour te conserver, hésiter devant un nouveau crime?... perdre mon âme pour si peu? Satan en rirait; tu es folle... Non... non, tu es à moi comme l'homme est au malheur... (La prenant dans ses bras.) Il faut que tu vives pour, moi... Je t'emporte... Malheur à qui m'arrête!...

ADÈLE

Oh! oh!

C 's cc pleurs, qu'importe!...

ADÈLE

Ha fille ! ma fille !

C'est un enfant... Demain, elle rira.

(Ils c~"f ^rès de sortir. On eatend doux coups de m.irteaa à la porte cochera.)

ADELE, s'échappant des bras d'Antony. Àhî c'est lui... Oh! mon Dieu! mon Dieu! ayez pitié de moi, pardon, pardon !

ANTONY, la quittant.

Allons, tout est fini !

ADÈLE

On monte l'escalier... On sonne... C'est lui... Fuis, fuis!

ANTONY, fermant la porte.

Eh! je neveux pas fuir, moi... Écoute... Tu disais tout à l'heure que tu ne craignais pas la mort?

ADÈLE

Non, non... Oh ! tue-moi, par pitié!

Une mort qui sauverait ta réputation, celle de ta fille?

ADÈLE

Je la demanderais à genoux.

UNE voix, en dehors.

Ouvrez!... ouvrez!... Enfoncez cette porte..,

Et, à ton dernier soupir, tu ne haïrais pas ton assassin?

ADÈLE

Je le bénirais... Mais hâte-toi!... cette porte...

Ne crains rien, la mort sera ici avant lui. . . Mais, songesy, la mort!

ADÈLE

Je la demande, je la veux, je l'implore! (se jetant dans se» bras.) Je viens la chercher.

ANTONY, lui donnant un baiser.

Eh bien, meurs!

(il la poignarde. ) ADÈLE, lomban; dans un fauteuil.

Ah!...

(Au même moment, la porte du fond est enfoncée; le colonel d'HerTey se précipite sur le théâtre.

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