‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 139 sur 175 · CHARLES VII · texte numérisé non relu

CHARLES VII

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES Odéon. — 20 octobre 1831.

Cur non?...

« Et en ce temps, un chevalier nommé messire Charles de Savoisy, par un de s s pages qui chevauchoit un cheval en le venant de mener boire à la rivière, le ch val esclabouta un escollier, lequel avecques les autres alloit en procession à Sainte-Katherine, et tant que l'eseollier frappa ledit page : et alors, les gens dudit chevalier saillirent de son hôtel embastonnés, poursuivant lesdits escolliers jusques à Sainte-Katherine; et un des gens dudit chevalier tira une flèche dedans l'église, jusques au grand autel, où le prêtre chantoit messe; donc pour ce faict l'Université fit telle poursuite à i'eneontre dudit chevalier, que la maison d'ieelui chevalier fut abattue, et fut ledit chevalier banny hors du royaume de France, et excommunié. Et s'en alla devers le pape, lequel l'absolut, et arma quatre gallées, et s'en alla par mer faisant guerre aux Sarrazins, et, là, gaigna moult d'avoir. Puis retourna et fut faicte sa paix, et refit son hôtel à Paris tel comme il étoil paravant; mais il ne fut pas parachevé, et fit faire son hôtel de Signelay (Seignelais) en Auxerrois moult bel, par les Sarrazins qu'il avoit amenés d'outremer; lequel chatel esta trois lieues d'Auxerre. «{Chronique du roi Charles VJI, par maître Alain Chartiei;, h—âme tres-honorable. — Page 5.)

Je cherchais la malien d'un drame j il y eu avait uu dans ces vingt ligues : je le pris.

II se présenta à mon esprit sous une forme classique : je l'adoptai.

Le théâtre est, avant tout, chose de fantaisie; je ne comprends donc pas qu'on l'emprisonne dans un système. Un même sujet se présentera sous vingt aspects divers à vingt imaginations différentes. Tracez des règles uniformes, forcez ces imaginations de les suivre, et il y a cent à parier contre un que vous aurez dix-neuf mauvais ouvrages; laissez chacun prendre son sujet à sa guise, le tailler à sa fantaisie; accordez liberté entière à tous, depuis les douze heures de Boileau jusqu'aux trente ans de Shakspeare, depuis le vers libre de Jodelle jusqu'à l'alexandrin de Racine, depuis les trilogies de Beaumarchais jusqu'aux proverbes de Théodore Leclercq : et alors chaque individu flairera ce qui convient le mieux à son organisation, amassera ses matériaux, bâtira son monde à part, soufflera dessus pour lui donner la vie, et viendra, au jour dit, avec un résultat sinon complet, du moins original; sinon remarquable, du moins individuel.

Convaincu de cette vérité, j'ai donc pris les formes classiques, qui, pour cette fois, m'allaient, et j'ai verrouillé mes trois unités dans les dix pieds carrés de la chambre basse du comte Charles de Savoisy.

Et je dis les trois unités, parce que, selon moi, l'action, que l'on croit double, est simple. Le tissu et la broderie qui l'enjolive ne font point deux étoffes : Yaqoub, Bérengère, le comte, voilà le tissu; Charles VII et Agnès, voilà la broderie. Le roi vient demander l'hospitalité au vassal ; le vassal la lui accorde, et c'est tout. L'arrivée inattendue de Charles VII complique l'action, mais ne la détourne pas de son but; et, malgré la présence de son hôte royal, les affaires de ménage du comte vont toujours leur train.

Puis cela était nécessaire à mon œuvre comme je la concevais. Si quelqu'un veut voir une perspective tout à fait comme son voisin la voit, il faut qu'il la regarde de la place de son voisin et non pas de la sienne; ce qui fait, je crois, que le critique devrait toujours juger une œuvre selon la donnée de

l'auteur, et non bâtir une nouvelle pièce à côté de l'autre, attendu qu'il est probable qu'il donnera la préférence à la sienne. Puis il est probable encore que le public sera de l'avis du journaliste, parce qu'il est abonné au journal, et que le journal auquel il est abonné ne peut pas avoir tort.

Cela, dis-je, était nécessaire à mon drame, et voici comment je voulais faire une œuvre de style plutôt qu'un drame d'action : je désirais mettre en scène plutôt des types que des hommes; ainsi Yaqoub était pour moi la représentation de l'esclavage d'Orient; Raymond, de la servitude d'Occident; le comte, c'était la féodalité; le roi, la monarchie. Une idée morale, qui sans doute est passée inaperçue, planait sur le tout.

La voici :

La nature a organisé chaque individu en harmonie avec le lieu où il doit naître, vivre et mourir. Des mers immenses, des montagnes qui percent les nues encadrent en quelque sorte chaque race dans la localité qui lui est propre, et lui défendent de se mêler aux autres races. Autour de l'homme naissent les animaux nécessaires à des voyages bornés, mais qui ne doivent pas le porter au delà des limites que le doigt de Dieu lui a tracées pour patrie; tant que l'Européen s'abandonnera à son cheval, l'Arabe à son dromadaire, l'instinct de chacun de ces animaux le retiendra dans l'atmosphère qui lui convient, et ni l'animal ni son maître n'auront à souffrir. Déplacer une existence, c'est la fausser : les principes du bien, qui, dans des climats amis, sur une terre maternelle, sous le soleil natal, eussent mûri comme un fruit, tournent à mal sur un sol étranger. Quand tout est hostile à un individu, l'individu devient hostile à tout ; et, comme il ne peut anéantir cet air qui l'étouffé, ce soleil qui le brûle, cette terre qui le blesse, sa haine retombe sur les hommes, dont il peut toujours se venger.

Tel est Yaqoub. Le comte de Savoisy pense, dans sa religieuse crédulité, expier son crime en enlevant à son pays un jeune Arabe né pour le désert et la liberté. Le saint-père lui

a ordonné une injustice pour racheter un meurtre : la raison n'accepte pas le marché; l'enfant ravi à sa patrie vivra mal ailleurs que là où il aurait dû vivre : là-bas, il eût été heureux au milieu d'hommes heureux; ici, il sera malheureux par les autres, et les autres le seront par lui; car son espoir, ses pensées, ses désirs seront ceux d'une autre race et d'un autre pays, inconnus au pays qu'il habite, incompris de la race qui l'entoure. S'ils veulent se répandre au dehors, le défaut de pathie les repoussera au dedans. Quelque temps, son cœur les renfermera pêle-mêle et grondants; puis, vienne une occasion , que la victime et le bourreau se trouvent face à face, ii y aura des crimes et du sang. Comme l'expiation était un sacrilège, Dieu veut qu'à son tour l'expiation soit expiée.

Je ne sais trop comment est mort le comte de Savoisy ; me's, en bonne justice, c'est ainsi qu'il aurait dû mourir.

Pœste à répondre à une dernière critique. On m'a reproché d'avoir pris le dénoûment A'Andromaqu-e. J'ai déjà dit que j'avais voulu faire une œuvre classique; pour ce, il me fallait imiter un écrivain classique ; R.acine s'est trouvé là : autant valait, je crois, pour module choisir lui qu'un autre. Qu'on se rappelle Henri 111, Christine etAntony, et peut-être conviendra-t-on qu'il y aurait mauvaise foi à m'accuser d'être k court de dénoûments.

\lex. Dumas.

DISTRI3UIÏ0N

CHARLES VIÏ, roi de France MM. Del irosSB.

LE COMTE CHARLES DE SAVOISY, seigneur de

Seignelais Ligie*.

YAQOUB, jeune Arabe, appelé communément LE

SARRASIN I ockrot.

BÉREXGÈRE, COMTESSE DE SAVOISY MUes Georges.

AGNÈS SjREL Koblet.

JEAN, bâtard d'Orléans HHJ Félix.

ISABELLE DE GRA VILLE Mlle Gi orges <i3tmt.

GUY-RAYMOND MM. Abshœ.

ANDRÉ. ) . . ( Augl

JEHAX. jArchers ( Hoster.

Le Chapelain Éric-Bernard.

BALTHAZAR, fauconnier Tocrxa.n.

L'Argentier dc Roi Ménétrier.

Un Éccter Valein.

Un Page Mlle Adèle.

— A-- château de Scjgnt-Iais, dans le Dcrrj, —

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