‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 142 sur 175 · LE PÈLERIN · texte numérisé non relu

LE PÈLERIN

Ainsi ferai-je tout à l'heure; Mais, pour me rendre encor sa volonté meilleure, Pourrais-je, auparavant, le sachant fils pieux, Aller sur leurs tombeaux prier pour ses aïeux?

ANDRÉ, décrochant une clef.

Jehan, prends Gette clef, et conduis ce saint homme.

(Le Pèlerin et Jehan sortent.)

Maintenant, que celui d'entre vous qu'on renomme Pour un tueur de daims, me dise si beaucoup, Tirés à cent vingt pas, tombent ainsi d'un coup. (Jetant le daim à terre.)

Regardez,

(Ils font cercle autour de l'animal.)

UN ARCHER

C'est un daim d'une royale race.

ANDRÉ

Depuis le point du jour que j'éventais sa trace, Il m'a fallu passer ainsi qu'un sanglier, Pour le suivre, à travers et taillis et hallier; Aussi je me suis mis les mains et le visage Tout en sang.

(A Yaqoub.)

Tu ris, toi ?

UN ARCHER

Laisse là ce sauvage*

TAQOL'B, se retournant.

Hein î...

l'archer.

A l'art de »a chasse est-ce qu'il entend rien? La chasse est un plaisir de noble et de chrétien.

YAQOUB, comme se parlant à lui-même.

J'étais encore enfant: un matin, sous sa tente,

Mon père, l'œil en feu, la gorge haletante,

Rei.tra, jetant son arc et ses traits, et me dit :

« Yaqoub, par Mahomet ! ce canton est maudit ;

Chaque nuit, mon troupeau d'un mouton diminue.

La lionne au bercail est encor revenue;

Sur le sable j'ai vu ses pas appesantis.

Sans doute, dans quelque antre elle a quelques petits. »

Je ne répondis rien ; mais, quand sortit mon père,

Je pris l'arc et les traits, et, courbé vers la terre,

Je suivis la lionne. Elle avait traversé

Le Xi! ; au même endroit qu'elle je le passai

Elle avait au désert cru me cacher sa fuite;

J'entrai dans le désert, ardent à sa poursuite.

Elle avait, évitant le soleil au zénith,

Cherché de l'ombre au pied du grand sphinx de granit,

De l'antique désert antique sentinelle;

Comme elle fatigué, je m'y couchai comme elle...

Comme elle, je repris ma course, et. jusqu'au soir,

Mon pas pressa son pas; puis je cessai d'y voir.

Immobile, implorant un seul bruit saisissable

Qui vînt à moi, flottant sur cette mer de sable,

J'écoutai, retenant mon souffle... Par moments,

On entendait au loin de sourds mugissements;

Vers eux, comme un serpent, je me glissai dans l'ombre.

Sur mon chemin, un antre ouvrait sa gueule sombre,

Et dans ses profondeurs j'aperçus sans effroi

Deux yeux étineelants qui se fixaient sur moi.

Je n'avais plus besoin ni de bruit ni de trace,

Car, la lionne et moi, nous étions face à face...

Ah! ce fut un combat terrible et hasardeux.

Où l'homme et le lion rugissaient tous les deux...

Mais les rugissements de l'un d'eux s'éteignirent...

Puis du sang de l'un d'eux les sables se teignirent:

Et, quand revint le jour, il éclaira d'abord Tn enfant qui dormait auprès d'un lion mort. Cet enfant aux chrétiens ne sert pas de modèle; La chasse du lion est plaisir d'infidèle.

ANDRÉ

Silence, Sarrasin!... Quand loin de leur pays

Les chrétiens vont chassant par tes champs de maïs,

C'est qu'ils sont tourmentés d'une sainte espérance...

(Montrant Yaqoub.) Et voilà le gibier qu'ils rapportent en France î (Il détache les flèches passées autour de sa ceinture, et pose son arc dans un

coin.)

Ouf!... Maintenant, j'ai soif... A boire, compagnon!... Que dit-on de l'Anglais? que fait le Bourguignon? Avons-nous du nouveau depuis hier?

(Il boit.)

Ah! Bourgogne!

Bourgogne, qui nous fais la guerre sans vergogne, Je puis bien me brouiller avec tes enfants; mais, Bourgogne, me brouiller avec ton vin, jamais 1

ON ARCHER

Du nouveau? Guy-Raymond arrive.

ANDRÉ

L ARCHER

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