‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 158 sur 175 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMTE DE SAVOISY, yeillant à la porte du Roi; ANDRÏ\.

a l'autre porte; puis UN ÉCOYER; puis YAQOUB.

Au lever du rideau, on entend le son du wr9

LE COMTE

André, quel est ce bruit3

Celui du cor.

LE COMTE

Qui sonne?

ANDRÉ

Je ne puis voir d'ici; c'est au dehors.

LE COMTE

Personne N'est donc au pont-levis?

ANDRE

Si, monseigneur; j'ai mis Deux hommes a la tour... Ah ! ce sont des amis : On ouvre... Je savais que la garde était bonne... Ah! c'est un éciiyer aux armes de Narbonne... Il a diablement chaud !

LE COMTE

Faites signe, et qu'ici On l'amène à l'instant.

ANDRÉ

Monseigneur, le voici.

Entrez, sire écuyer.

l'écdver.

Le comte?...

LE COMTE

C'est moi.

L'ÉCUYER, lui donnant une lettre aux armes de Narbonne,

Comte, Le message demande une réponse prompte : C'est de mon maître.

LE COMTE

Bien. Vous revenez du camp?

l'é cuver.

Oui, monseigneur.

LE COMTE, lisant.

Narbonne est bien portant?

l'écuyer.

Oui.

LE COMTE

QuanU En êtes vous parti?

l'écuyer.

Cette nuit.

LE COMTE

Par Saint-Charle!

C'est marcher vitement ! Votre maîire me parle En homme bien pressé : pour demain cependant Je ne puis le rejoindre.

l'écuyer.

Il est en attendant Le combat que l'Anglais offre; mais il balance ; S'il avait le secours de votre bonne lance Et de tous vos archers, il n'hésiterait plus.

LE COMTE

J'ai pour deux jours encor des devoirs absolus; Puis je le rejoindrai. Qu'il tarde. C'est possible : Un retard de deux jours ne peut être nuisible, Tandis qu'il perdra tout en se hâtant par trop,

l'écuyer.

Monseigneur, il m'a dit de partir aussitôt Qae vous m'auriez donné réponse.

le comte.

Dans une heure,

Au plus tard, vous l'aurez. Allez. — André demeure.

De ce brave écuyer, mes amis, prenez soin.

(L'Écuyer sort arec les autres.) (A André.)

André, de tout ton zèle aujourd'hui j'ai besoin.

ANDRÉ

Ordonnez.

LE COMTE

Tu connais le château de Graville?

ANDRÉ

Sans doute, monseigneur; c'est auprès de la villa D'Auxerre.

LE COMTE

Justement.

Quand le comte... que Dieu Ait pitié de son âme !... était vivant, pardieu! A votre ordre, vingt fois j'ai fait la même route... Ce pauvre comte! il fut tué dans la déroute De Cravant. Je portai la nouvelle. Je crois Entendre encore sa fille, avec sa douce voix, jjire...

LE COMTE

C'est bien. Alors, tu connais Isabelle?

andré.

Oui, monseigneur... Et même elle est belle, mais belle

LE COMTE

C'est possible; jamais je ne l'ai vue. Ainsi, André, tu vas partir et lui porter ceci.

ANDRÉ

Cet anneau?

Cet anneau.

ANDRÉ

Mais qu'aurai-je à lui dire?

LE COMTB.

Que tu viens la chercher afin de la conduire

Chez moi; que je l'attends aujourd'hui sans retards...

Aujourd'hui, tu m'entends... car, demain soir, je pars.

ANDRÉ

C'est bien.

LE COMTE

Respectez-la comme votre maîtresse; Et, quand vous parlerez, appelez-la comtesse.

ANDRÉ

Monseigneur, je ferai comme vous dites.

LE COMTE

Bien.

Avez-vous autre chose à m'ordonner?

LE COMTE

Non, rien...

Sinon de m'envoyer le Sarrasin...

(S'arrêtant.)

Écoute !...

J'avais cru... Ce n'est rien...

(Regardant du côté de l'appartement de Bérengère.)

Rien qu'un soupir sans doute...

Va-t'en.

ANDRÉ

Le Sarrasin a passé la nuit là, Couché dans son bournous.

lE comte.

Fais le venir.

ANDRÉ

Holà!...

Que fais-tu donc, les yeux fixés sur la fenêtre De la comtesse, esclave?... Enfin!...

(André s'en Ta.) YAQOUB, snr le seuil.

Me voilà, maître.

LE COMTE

Viens I Fier, un arrêt fut rendu contre toi; Et tu le méritais.

YAQOUB.

Oui, maître.

LE COMTE

Un mot du roi T'a sauvé : ce matin, veux-tu devant la porte De ton sauveur veiller un instant ?

YAQOUB.

Peu m'importe Où je reste, où je vais, ou d'où je viens.

LE COMTE

Ainsi, Yaqoub, fidèlement tu resteras ici?

YAQOUB

Oui, maître.

Si le roi vient soudain à paraître, Tu te retireras à l'autre porte.

YAQOUB.

Oui, maître.

LE COMTE

Je reviendrai bientôt te relever.

(Il sort.)

YAQOUB, seul et rêvant.

Pourquoi Toute une longue nuit a-t-elle, ainsi que moi, Veillé sans qu'un instant se fermât sa paupière?... Je croyais que, moi seul, je veillais sur la pierre... Je l'ai vue un instant : ses pleurs coulaient. . Ses pleurs! Tout mon sang, Mahomet, pour toutes ses douleurs ! A d'autres comme à moi la vie est donc fatale !.., D'autres souffrent!...

Page 1