‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 167 sur 175 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, AGNÈS.

AGNÈS, s'approchant du roi.

Adieu, sire.

LE ROI

Où vas-tu donc, Agnès?

AGNÈS

Je pars.

Toi?...

AGNÈS

Monseigneur, Un bohémien jadis me prédit cet honneur... Et j'en ai quelque temps conservé l'espérance... Que je posséderais l'amour du roi de France. De mon cœur prévenu n'écoutant que la loi, J'avais cru jusqu'ici que vous étiez le roi ; Mais du titre et du rang Bedford vous dépossède; Et, puisque sans combat Votre Altesse les cède, Bedford est le seul roi de France, et me voilà Prête à joindre Bedford.

LE ROI

Ah ! c'est comme cela ?... . il. 17

Viens ici, comte : as-tu quelque cheval de guerre Qu'un roi puisse monter ?

LE COMTE

J'ai celui de mon père.

LE ROI

Ordonne qu'à l'instant on me l'amène ici. LE COMTE, à son Écuyer.

Obéissez au roi, sire écuyer.

LE ROI

Merci.

As-tu dans ce château quelque armure à ma taille, Qu'un roi puisse porter le jour d'une bataille? LE COMTE, lui montrant les panoplies.

Voyez, sire.

C'est bien; la plus forte est pour moi.

LE COMTE

Détachez cette armure, et couvrez-en le roi (1).

LE ROI

De votre mission maintenant je désire Savoir le résultat : racontez-la-moi.

LE COMTE

Sire, J'ai vu Jean-Six.

LE ROI

Eh bien?... J'écoute.

LE COMTE

Il m'a promis De rompre un traité fait avec vos ennemis, De signer avec vous, pour la paix ou la guerre, Un acte d'alliance, et d'envoyer son frère Au camp français avec mille lances : voilà Ce qu'il offre.

LE ROI

C'est bien. — Que veut-il pour cela ?

(i) Depuis ce vers jusqu'aux mots : t Dunois, mes éperons, » les gens du Comte arment le Roi.

Pour Richemont son frère, il demande l'épée De connétable au bras de Boukent échappée A Cravant.

LE ROI

Est-ce tout ?

LE COMTE

Oui, sire.

LE ROI

De ta main, Comte, il la recevra... Tu partiras demain, Et tu lui porteras ma parole royale Que, de ma part, au moins, l'alliance est loyale. Qu'il se rende à Poitiers ; là, nous nous rejoindrons.

LE COMTE

Sire, je partirai.

LE ROI

Dunois, mes éperons.

(Danois attache les éperons du Roi.) Une épée, à présent.

(Le Comte lai en donne une : le Roi l'examine.) Comte, il faut une épée.

Pour une main de roi, plus fortement trempée Que ne l'est celle-ci : celle-ci se romprait... Voyez...

(Il la brise.)

Aux premiers coups que mon bras frapperait. (Le Comte lai en donne une autre.) C'est bien.

(A an Écayer qai porte une lance.)

Le Sarrasin me portera ma lance :

Donnez-la-lui... Mon casque.

(On le lui donne : il le met sur sa tête.

El maintenant, silence!

J'avais cru jusqu'ici, par des traités secrets, Obtenir de Bedford une honorable paix:

Ce moyeiTvous parait trop lent et trop vulgaire, La guerre, dites-vous ?

TOCS, se précipitant sur les armes.

Oui, la guerre ! la guerre...

LE ROI

Eh bien, secondez-moi par un dernier effort,

Et vous l'aurez, enfants ; mais une guerre à morU..

J'ai tiré mon épée après la France entière;

Mon épée au fourreau rentrera la dernière...

Vous me voulez pour chef? Eh bien, voici mes lois :

La France de Philippe-Auguste et de Valois

N'est point mienne : il me faut celle dont Charlemagne

A tracé la limite au sein de l'Allemagne,

Quand le géant touchait, en maître souverain,

D'une main l'Océan, et de l'autre le Rhin.

Or, que ma volonté, messeigneurs, soit la vôtre,

Car c'est ma France, à moi ; je n'en connais point d'autre.

JEAN d'orléans.

Sire, nous écoutons vos ordres à genoux.

Qu'un seul cri désormais soit proféré par nous ! Nous verrons qui plus haut dans le combat le pousse, « Montjoie et Saint-Denis ! Charles à la rescousse ! »

TOUS

Montjoie et Saint-Denis ! Charles à la rescousse !

LE ROI

Et maintenant, Agnès, dites quel est le roi... Allons, mes fauconniers, en chasse... Suivez-moi.

(Il sort. Tous le suivent.} LE COMTE, à Jean d'Orléans.

Ne l'abandonnez pas, et modérez la flamme De ce premier transport.

(A Agnès.)

Honneur à vous, madame !

AGNÈS

Comte, honneur à Dieu seul qui m'ouvrit ce chemin ; A Dieu, qui tient le cœur des princes dans sa main.

(Ils sortent ensemble.) BALTHAZAR, un instant seul.

Allons, pour aujourd'hui notre chasse varie : L'Anglais est un gibier de haute vénerie;

Mais, comme à ses chasseurs quelque coup peut échoir, Coquette, nous allons retourner au perchoir (Il va pour sortir.)

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