‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 47 sur 175 · PREMIER SECRÉTAIRE · texte numérisé non relu

PREMIER SECRÉTAIRE

Je n'y suis pas, sire.

NAPOLÉON

Bien, (a on autre.) Mettez-vous à mon bureau et écrivez : « 3Ionsieur le ministre de la guerre, 31. le trésorier de la couronne versera entre les mains du ministre de la guerre... »

PREMIER SECRÉTAIRE, répétant.

« En cas de retraite... »

NAPOLÉON

« Enfin de tout préparer pour la rupture des digues et des ponts qu'il faudra abandonner. »

(Il signe.)

TROISIÈME SECRÉTAIRE, répétant.

« Du ministre de la guerre... »

NAPOLÉON

« La somme de trente millions. »

LE MINISTRE

Votre Majesté sait que le grand trésorier n'a plus d'argent.

NAPOLÉON

Ah !... Eh bien, alors, déchirez... (Écrivant.). Voici un bon de trente millions sur mon trésor privé.

LE MINISTRE

Sur votre trésor privé?... Votre Majesté sait que ces fonds étaient destinés à des placements secrets pour assurer le sort de sa famille en cas de revers...

NAPOLÉON, sévèrement.

Monsieur, l'empereur n'a rien à lui ; l'argent qu'il possède appartient à son peuple ; et, en cas de revers, il léguera au peuple sa femme et son fils. — Allez, messieurs. — Restez, monsieur le ministre; j'ai des instructions à vous donner. ( Déployant nne carte.) Trois grandes armées se présentent pour entrer en France. Celle de Schwarzenberg pénètre par la Suisse ; l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche la suivent en personne : elle offre un total de deux cent mille hommes. La seconde est commandée par le maréchal Blucher ; elle a forcé le passage de Mannheim et se jette dans la Lorraine : elle est forte de cent cinquante mille hommes. La troisième, sous les ordres du prince de Suède, renforcée des Russes de Voronzof et des Prussiens de Bulow, après avoir traversé le Hanovre et détruit le royaume de Westphalie, s'est renforcée des Anglais de Graham et a pris la Hollande et la Belgique : elle est forte de deux cent mille hommes. Ces forces rassemblées sont donc de cinq cent cinquante mille hommes, qui, en réunissant leurs réserves, peuvent êtres portées à huit cent mille. — Quelles sont les forces que vous pouvez mettre à ma disposition ?

LE MINISTRE

Quatre vingt mille hommes, à peu près.

NAPOLÉON

En tout ?

LE MINISTRE

En tout.

Ce n'est pas beaucoup. Mais je les battrai séparément. Je tâcherai de ne les avoir que trois contre un. Je les joindrai dans les plaines de la Champagne, à Chàlons ou à Brienne. Faites partir le maréchal Victor, et qu'il annonce mon arrivée aux troupes. Je pars cette nuit. — Adieu, monsieur le ministre. Prévenez l'impératrice que je vais passer chez elle, après :voir reçu les chefs de la garde nationale.

l'huissier.

Sire, un homme est entré avec le mot d'ordre. Il dit qu'il faut qu'il vous parle à l'instant même.

NAPOLÉON

Faites entrer. (Reconnaissant l'Espion.) Ah ! c'est toi ! Eh hier;, qu'y a-t-il?

l'espion.

Sire, les ennemis les plus dangereux de Votre 3Iajesté ne sont pas à la frontière.

NAPOLÉON

Parle vite.

l'espion.

Une régence royale vient d'être organisée à Paris.

napoléon.

Dans quel but ?

l'espion.

De ramener les Bourbons.

napoléon.

Comment le sais-tu ?

J'en suis membre.

Quels son? 'es chefs?

Voici la liste.

Où se réunit-on ?

l'espion.

napoléon.

l'espion

NAPOLÉON

Page 1