‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 6 sur 175 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, LE GÉNÉRAL CARTAUX, SALICETTI, GASPARIN, FRÉROX.

BONAPARTE, au Sergent.

Mets cet écriteau en avant de la batterie, tout le monde maintenant voudra en être.

CARTAUX

Citoyen commandant, nous avons reçu de Paris un plan d'attaque, et nous venons te le communiquer.

BONAPARTE

Et quel est l'auteur de ce plan ?

CARTAUX

Le célèbre général d'Arçon.

BONAPARTE

Qui n'a peut-être jamais vu la ville. — C'est le cinquième plan qu'on envoie de Paris, et le dernier de mes canonniers en ferait un moins mauvais que le meilleur d'eus tous... Voyons ce plan.

CARTAUX, lisant.

« Le général Cartaux s'emparera de tous les points occupés par l'ennemi du côté de la terre et abandonnera entièrement la mer. Il se rendra maître, à quelque prix que ce soit, des forts Faron, Saint-Antoine, Lartigues, Sainte-Catherine et Lamalgue. Une fois maître de ces forts, il fera procéder sans relâche au bombardement de la ville. »

Et combien d'hommes de renfort nous envoie-t-il pour exécuter ce plan?

CARTAUX

Pas un ; il faudra nous contenter de ce que nous avons.

BONAPARTE

Soixante mille hommes ne suffiraient pas; et, avec les renforts venus de l'armée de Lyon, nous sommes à peine trente mille.

PRÉRON.

Il faudra pourtant bien exécuter les ordres du comité, ou ta tête, citoyen général, répond du succès.

BONAPARTE, lui prenant la main.

Citoyen représentant, vois-tu d'ici cette citadelle incrustée comme un nid d'aigle aux flancs de cette montagne?... C'est le fort Faron, que ton comité parisien nous ordonne de prendre. Si tu veux que j'exécute ses ordres, trouve-moi des soldats qui aient des ailes ou amène-moi l'hippogriffe pour les y conduire.

GASPARTN.

Eh bien, bornons-nous à la prise du fort lamalgue.

BONAPARTE

Oui, et, pour y arriver, tu feras passer tes trente mille hommes entre le feu de quatre forts et celui du camp retranché qui est en avant de Toulon, et, quand tu y auras laissé la moitié d^ tes hommes, avec le reste tu iras attaquer le fort Lamalgue, étoile par Vauban, avec ses angles opposés aux s. sa batterie de soixante pièces d'artillerie et ses trois le hommes de garnison. (S'asseyant sur une pièce.) Insensés!

CARTAUX, à Bonaparte.

Citoyen commandant, as-tu dirigé une batterie de quatre Obusiers sur la poudrière ?

BONAPARTE

Oui.

CARTAUX

Eh bien ?

BONAPARTE

J'y ai jeté vingt obus dont dix-sept ont portC.

CARTAUX

Sans résultat?

Sans résultat.

Il faut continuer.

Inutile!

Pourquoi ?

BONAPARTE

CARTAUX

BONAPARTE

CARTAUX

BONAPARTE

La pondre a été transportée dans la ville.

FnÉnoN.

Il faut tirer sur la ville alors, et profiter de l'explosion du magasin où on l'a transportée pour faire une attaque.

Oui, ce serait bien; mais qui m'indiquera celle des huit cents maisons de Toulon qu'il hut incendier?

FRÉRON

Brûle tout.

BONAPARTE

Est-ce à moi qui suis Corse de te rappeler que Toulon est français ?

SALICETÎI.

Qu'importe ! Turenne a bien brûlé le Palatinat.

BONAPARTE

C'était nécessaire à ses desseins; ici, c'est un crime inutile.

FRÉRON

Serais-tu aristocrate, par hasard? (Bonaparte hausse les épaules.) Citoyen général, il faut en finir. Attaque la ville comme tu l'entendras; mais que, dans huit jours, la ville soit prise... ou, dans neuf jours, je t'envoie à Paris comme suspect... et, dans quinze, — tu comprends.

c ART AUX.

Oui, oui; eh bien, alors, je m'en tiens au plan du comité.. » L'attaque générale aura lieu demain.

BONAPARTE

Tu te perds, et, avec toi, tu perds l'armée.

C ART AUX

Mais que faire alors ?

BONAPARTE, se levant et montrant sur la carte le fort du Petit-Gibraltar. C'est là qu'est Toslon.

C ART AUX

Là?... Mais pas du tout... Il nous montre l'issue de la rade... Toulon n'est pas de ce côté... (a part.) Prendre le Petit- Gibraltar pour Toulon !

BONAPARTE, avec force.

C'est là qu'est Toulon, vous dis-je! Prenons ce fort aujourd'hui, et, demain ou après-demain, nous entrons dans la ville.

Page 1