SCENE IX Les Mêmes, BERTRAND, puis les soldats
BERTRAND
Sire !
NAPOLÉON
Mon armée est-elle prête ?
BERTRAND
Elle s'avance, selon l'ordre de Votre Majesté, pour être passée en revue sur le port... On entend le tambour d'ici. NAPOLÉON, lui donnant de petits soufflets.
Monsieur le maréchal, avez- vous fait vos adieux à votre femme ?
BERTRAND
Et pourquoi, sire? Vous ne me renvoyez pas, j'espère?...
NAPOLÉON
Non; mais je vous emmène.
BERTRAND
Puis-je savoir?...
NAPOLÉON
Tout à l'heure. (Les Soldats arrivent au son de la musique, qui exécuta Veillons au salut de l'empire. Napoléon fait un signe, la musique se tait.) Soldats! vous avez tout quitté pour suivre votre empereur malheureux... Aussi votre empereur vous aime. Soldats, j'ai encore compté sur vous ; nous allons faire une dernière campagne. Depuis un mois, le brick l'Inconstant et trois felouques sont préparées par mes soins, armés en guerre, approvisionnés pour huit jours. Mes quatre cents grenadiers monteront le brick avec moi ; les deux cents chasseurs corses, les cent chevau-légers polonais feront la traversée sur les felouques. Soldats!... je n'ai plus qu'un mot à vous dire: Nous allons en France, nous allons à Paris.
LES SOLDATS
En France! à Paris! vive la France! vive l'empereur!
LORRAIN
Cré coquin !... je suffoque.
(On entend nn coup de canon.) NAPOLÉON.
• Voilà le signal du départ. Amis! la première terre que nous verrons sera la terre de France. A vos rangs! grenadiers, en avant, marche !
(La musique exécute l'air Ah! ça ira, ça ira, pendant que l'armée défile.)
LORRAIN
Eh bien, on m'oublie, moi? je suis sacrifié dans une île déserte ?
Donne... J'achèverai ta faction. C'est moi qu'on oublie.
(L'armée descend dans les canot"1..)