SCENE PREMIERE
FRANCESGA, descendant l'escalier, tenant à la main une torche.
Tout est dit; j'ai manqué de force pour l'épreuve... Et, mon mari vivant, voilà que je suis veuve! Voilà que, comme s'il était dans le cercueil, Son amour expiré va m'habiller de deuil ! Quand de cette maison la porte s'est rouverte,
2o8 L'ALCHIMISTE.
Mon ancienne existence à mes yeux s'est offerte,
Comme un fantôme aimé, pâle, mais toujours beau,
A qui Dieu permettrait de sortir du tombeau.
En approchant du seuil, je me suis inclinée,
Car c'est là qu'il m'aima pendant toute une année ;
Puis, seule, j'ai revu le logis déserté,
L'horloge marquait l'heure où nous l'avons quitté,
Le volet entr'ouvert et battu par les brises,
Le lit enveloppé de ses courtines grises,
Et j'ai, de ma douleur consolée à demi,
Reconnu chaque objet pour un ancien ami.
Puis, j'ai voulu revoir tout ce qui m'a perdue ;
Dans ce caveau fatal me voilà descendue :
Je vous y trouve encor, ô noirs creusets de fer,
Instruments tentateurs inventés par l'enfer ;
Nourrissant son esprit d'une folle espérance,
C'est vous qui m'avez fait ma première souffrance:
Et pourtant jusqu'ici mon cœur vous a cherchés !
Vous m'êtes presque chers ; sa main vous a touchés,
Oui, voilà les fourneaux éteints auprès de l'âtre,
La fenêtre par où de son rayon bleuâtre,
Tandis que j'espérais un avenir meilleur,
La lune visitait le nocturne veilleur.
Hélas! cet avenir que je crus tutélaire,