ACTE III, SCENE VI
LA JARRY
Pourquoi faire ? pour voir une bête qui a des vapeurs... donnez une boulette au premier caniche, il en fera autant. Puis madame La Jarry a la passion des Chiens, et cela lui aurait fait de la peine.
EMMANUEL
J'espère au moins qu'un savant comme vous n'a pas négligé la Solfatara ?
LA JARRY
Moi, je n'y ai pas mis le pied. Je me figure bien ce que c'est trois ou quatre arpents de soufre, voilà tout... qui ne rapportent absolument rien que des allumettes, et puis madame La Jarry ne peut pas souffrir l'odeur du soufre.
EMMANUEL, bas à Lectoure.
Eh bien ! comment trouvez-vous celui-là?
LECTOURE, de même.
Je ne sais pas si c'est parce que je l'ai vu le premier, mais je préfère l'autre.
LAFFEUILLE, annonçant.
M. Paul !
EMMANUEL, se retournant.
Hein?
LECTOURE
Encore un voisin de campagne?
EMMANUEL
Non, celui-là, c'est autre chose. — Comment cet homme ose-t-il se présenter ici?
LECTOURE
Roturier, vilain, n'est-ce pas? — Poëte, peintre, musicien, quelque chose comme cela! Eh bien! je vous assure, Emmanuel, que l'on commence à recevoir cette espèce ; cette maudite philosophie confond tout. Un artiste s'assied près d'un grand seigneur, le coudoie, le salue du coin du chapeau, reste sur son siège, quand il se lève. Ils parlent ensemble des choses de cour, ils ricanent, ils plaisantent, ils chamaillent; c'est un mauvais goût de très-bon ton.
EMMANUEL
Vous vous trompez, Lectoure ; ce n'est ni un poète, ni un peintre, ni un musicien, c'est un homme auquel
il faut que je parle Seul. (Prenant le bras de La Jarry). Si VOUS
voulez passer un instant dans le boudoir, monsieur vous y trouverez des gouaches représentant les îles d'Ischia, de Capri, de Nisida.
LA JARRY
Ah! oui, je les ai aperçues des fenêtres de l'hôtel, mais je n'y suis pas allé, madame de La Jarry craint horriblement le mal de mer.
LECTOURE, prenant le bras de Nozay.
Et vous dites, monsieur, qu'on a qu'à se coiffer la tète d'un potiron?
DE NOZAY
En se ménageant toutefois des ouvertures pour les yeux et pour la bouche.