‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 65 sur 178 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

diction avant de mourir, sa bénédiction paternelle, qui, je l'espère, appellera celle de Dieu !

PAUL

Oui, sois tranquille; pleure sur ton père, mon enfant, pais ne pleure plus sur toi, car tu es sauvée !

MARGUERITE

Mais en ce moment, Paul ! comme j'étais agenouillée, comme je baisais ses mains; en ce moment, j'entendis es pas de ma mère ; elle montait l'escalier ; je reconnus sa voix, et mon père la reconnut aussi, car il m'embrassa une dernière fois et me fît signe de fuir : j'obéis; mais j'avais la tête si perdue, si troublée, que je me trompai de porte, et qu'au lieu de prendre l'escalier par lequel j'étais venue, je me trouvai dans un cabinet sans issue. Ma mère entra avec le prêtre, et, je vous le dis, elle était plus pâle que celui qui allait mourir.

PAUL

Mon Dieu!

MARGUERITE

Le prêtre s'assit au chevet du lit ; ma mère se tint debout au pied. Paul, comprenez-vous ? j'étais là, ne pouvant pas fuir; une fille forcée d'entendre la confession de son père! n'est-ce pas affreux, dites? Je tombai à genoux, fermant les yeux pour ne pas voir, priant pour ne pas entendre; et cependant, malgré moi je vis et j'entendis; et ce que je vis et entendis ne s

jamais de ma mémoire! J'entendis mon père prononcer les mots d'adultère, de duel et d'assassinat ! et à chacun de ces mots, je vis ma mère plus pâle... haussant la voix pour couvrir la voix du mourant, en disant : Ne le croyez pas, ne le croyez pas, mon père, c'est un fou, c'est un insensé... ne le croyez pas !... Paul, c'était un spectacle horrible, sacrilège, impie!... je sentis une sueur froide me passer sur le front, et je m'évanouis.

PAUL

Justice du ciel !

MARGUERITE

Lorsque je revins à moi, la chambre était silencieuse comme une tombe ; ma mère et le prêtre étaient disparus. J'ouvris la porte, je jetai les yeux sur le lit, et il me sembla sous les draps, voir se dessiner la forme d'un cadavre!... Je devinai que tout était fini... une terreur glaçante, invincible, mortelle, me poussa hors de l'appartement; je descendis l'escalier, je ne sais comment, sans en toucher une marche, je crois; je traversai des chambres, des galeries; enfin je sentis, à la fraîcheur de l'air, que j'étais dehors. Je courais... je me rappelai que vous m'aviez dit que vous seriez ici, un instinct me poussait de ce côté. Il me semblait que j'étais poursuivie pardes ombres, par des fantômes! Au détour d'une allée, étais-je insensée !... je crus voir ma mère, ma mère tout en noir! c'est alors que vous avez entendu mes cris ; je courus encore un instant; puis je tombai près de cette

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