‹ ThéâtreChapitre 191 sur 846 · ATAR-GULL, THOMSON, JENNY · texte numérisé non relu

ATAR-GULL, THOMSON, JENNY

jenny. Mon père , me voila , ob ! me voilà.

tiiomson. Chère enfant!

jenny. Deux f< is en un jour vous m'avez reconnue, embras-ée. Ah! je suis bien heureuse. O mon père, ne mécounaisez plus votre enfant.

THOMSON, dans le fauteuil, embrassant Jtnny. Il est donc vrai? j'ai pu rester froid, insensible à tes caresses ; ta voix a pu frapper mes oreilles sans arriver jusqu'à mon cœur. Et depuis qnani , pauvre enfant , souffres-tu de cet affreux spectacle?

jenny. Depuis noire départde Jamaïque; depuis un an.

THOMSON. Un an; et quel guide, quel appui t'est-il donc resté! qui a soutenu la faiblesse de la jeune fille? qui a pris pitié de la démence du vieillard?

JENNY. Atar-Gull. Oh! sans lui, la misère... Mais le travail de ses jours, de ses nuits, l'a éloignée de vous, mon père, et de votre pauvre Jenny, qui n'avait pour vous que des prières et des larmes. Mais approche donc, Atar-Gull; ce moment de bonheur est ta récompense.

ATAR-GULL , à part. Ah ! grâce , mon

père ! mais devant elle je n'en aurai jamais la force.

THOMSON La joie aussi a son délire; pauvre Atar-Gull... Un moment... je t'avais oublié; approche, bon serviteur, ami fidèle, oh! lai>se-moi te presser la main. Dans un instant, peut-être, cette lueur de raison, que Dieu m'envoie, va s'éteindre encore.

jen\y. Oh ! non! non, mon père!

tiiomson. Je remercie le ciel qui du moins me laisse le temps de recommander ma fille au seul ami que le malheur m'ait laissé. Atar-Gull , ma fille va rester seule sous un ciel étranger, sois pour elle la patrie qu'elle a perdue, le père qu'elle va pleurer peut-être...

atar-glll. Oui, maître, je te le jure, pour Jenny tous les jours que le ciel garde à Atar-Gull.

tiiomson. Et ne posséder plus rien pour reconnaître ce dévouement!

jenny, baisant la main de son père. Blon père !

ATAU-r.DLL, à part. Ah! ce n'est qu'une dette que je paie... je leur ai fait tant de mal.

THOMSON, qui regarde sa fille. Jenny, tu pourrais m'aider à m'acquilter.

JENNY Moi!

tiiomson. Atar-Gull ! il me reste un bien, le plusprécieux de tous : à quel autre qu'à toi puis-je le léguer? Oui, il est une récompense que le vieillard peut encore te donner. Jenny, tu m'as compris ; ta main. Atar-Gull, cette récompense, la voilà.

ATAR-GULL. La main de ta fille !

THOMSON Je la donne au plus fidèle, au plus généreux des hommes. Jenny, tu m'approuves, car tu m'embrasses.

JENNY. Oui, mon père. Un dévouement comme celui d Atar-Gull ne pouvait se payer qu'avec de la reconnaissance et de l'amour.

ATAn-GULL. De l'amour ! pour Atar- Gull.

JENNY. Oui, pour Atar-Gull, qui me sauva la vie et m'a conservé mon père.

ATAR-GULL. Tais-loi , tais-toi , jeune fille, tu blasphèmes. Oh ! mais si ton Dieu t'entend il va te maudire.

TnoMSON. Que dis-tu?

jenny. Je ne te comprends pas.

atar-glll. O Job, c'est toi qui as voulu que par cet aveu je fusse contraint de faire au vieillard et à la jeune fille l'horrible révélation; eh bien, sois content, je la ferai... mais écoule, maître..» garde encore de la force pour jeter l'ana-

thème; Jenny, prépare ton cœur à la haine ci .11 mépris

jiwï. Ue la haine, du mépris, pour qui donc? Atar-Gull, d'où vient cette expression île désespoir qui se peint sur tous us traits?

THOMSON. Pourquoi me regardes-tu ainsi ' que me veux-tu?

ATAR-GULL. Achever l'œuvre, et puis mourir.

jkwy. Mais ta tète s'égare!

at \r-gi ll. Ecornez, écoulez tous deux : Thomson, ta mémoire est incertaine... il faut «|ue je l'éclairé... te souviens-tu de l'habitation de San-Yago?

JENNY. Oh ! tais-toi.

ATAR-GULL. Tu étais riche, très-riche.

JENNY, V embrassant. Il lui reste une fille.

atar-gtjll. Il en avait deux. .. Clémentine.

TnOMSON. Ah ! quelle blessure tu rouvres...

atar-gull. Ta fortune, ta Clémentine , tu as perdu tout cela.

THOMSON. Oui! un génie de malheur a plané sur moi; il a tout détruit, tout empoisonné.

JENNY. Atar-Gull, pourquoi pleurestu?

ATAR-GULL. Ah! si tu pouvais ne pas rnVnlendre... mais c'était écrit là-haut... Maître, ce génie de malheur, c'était moi !

THOMSON. Toi!

JENNY. Oh! tu es pn délire ! je ne veux pas te croire; Atar-Gull, je ne te crois pas.

atar-gull. Attends encore... Maître, te souvient-il d'un pauvre esclave, de Job?

thomson. C'est un souvenir de sang que tu me rappelles.

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atar-gull. C'est un crime; car ce vieillard que lu as fait supplicier du .supplice des inlàuies ne te demandait qu'un peu de maïs et du soleil pour vivre quelques jours encore. Lh bien! ce pauvre esclave, c'était mon père!

THOMSON. Ton père!

ATAR-GULL. Me crois-tu maintenant?

JENNY. Oh! Atar-Gull, ne me dis pas que je dois te haïr, mou cœur ne le pourrait pas. Atar-Gull! reviens à toi.

atar-gull. Malédiction tout entière sur Atar-Gull ! car il a tout fait... Maintenant, vieillard, me donneras-tu Ion unique enfant? Maintenant, jeune fille, me donneras-tu ton amour?

thomson. O mon Dieu ! pourquoi m'astu rendu la raison!

atar-gull. Maître, quand je voyais s'éteindre ta vie et us douleurs, il me restait l'espoir de réparer tant de maux: je voulais à force de travail et de dévouement, que ta fille me dût au moins quelques jours heureux et tranquilles; maintenant qu'il m'a fallu tout avouer, tiens, prends ce papier que j 'avais caché à Jenny; c'est le nom et l'adresse de cet ami qui vous garde un asde, un peu de bonheur vous y attend encore; allez y maudire Atar-Gull, qui n'a plus rien à faire dauf ce monde et qui va retrouver Job.

Il se frappe.

thomson. Le malheureux!

jenny. Atar-Gull!

Elle veut courir à lui, et s'arrête.

ATAR-GULL. Ah ! prie pour moi, Jenny, j'ai bien souffert... je t'aimais.

Il tombe et mciut. Jenny se cache d;ms le sein «le son père. La porle du fond s'ouvic. Baguenau-

dais et le médecin paraissent.

FIN

Imprimerie de Ve Dondey-Dcprk, rue Saint-Louis ,n° 46, au Marai».

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