‹ ThéâtreChapitre 216 sur 846 · HORTENSE, CHARLES · texte numérisé non relu

HORTENSE, CHARLES

Charles pose son épe'e sur la table.

HORTENSE. Charles! qu'avez-vous fait, malheureux?

Charles. Vous le plaignez, et il était coupable d'outrages envers vous!

HORTENSE. Il peut perdre la famille Clainville, il est porteur d'une lettre interceptée qui prouve la désertion du fils du comte.

CHARLES. Ciel !

HORTENSE. Nous n'avons pas un moment à perdre. Cécile voulait aller rejoindre son père dans les camps ; tous les préparatifs de voyage étaient faits , il ne faut plus songer à différer.

Charles. Lenoir n'est pas homme à laisser échapper l'occasion de se venger. Ah! pourquoi ne m'est-il pas donné d'être votre soutien ! Homme du peuple, je préviendrais les terribles effets de la fermentation, si elle venait à se déclarer.

hortense. Sans doute; maintenant l'asile d'un camp est plus sûr pour Cécile que la demeure paternelle ; mais qued'obstacles encore à franchir ! Monsieur Lenoir fa exercer sa surveillance sur le château.

CHARLES, après avoir réfléchi. Hortense, le ciel m'inspire en ce moment le seul moyen peut-être qui puisse assurer votre sûreté. Il faut être capable d'une forte résolution, etd'une confiance à toute épreuve eu moi.

hortense. Ne vous est-elle pas acquise?

CHARLES. Ecoutez-moi, Hortense : nous sommes dans un temps de trouble et de danger qui permet peu de consulter les convenances ordinaires. Votre séjour, vo- « tre départ, je parle de Cécile et de vous, J me font également trembler. Il est un moyen de parer atout... osez vous confier

au cœur d'un honnête homme ; accordezmoi un titre qui me donne le droit de vous défendre; qu'avant de partir l'officier municipal joigne nos deux noms. Devenue la femme du lieutenant Albert, officier de la république, et chargé par elle d'une mission de confiance, votre amie vous accompagne ; j'obtiens sans difficulté un passe-port pour vous deux... Hortense, ne vous effrayez pas, cet engagement, que sans doute votre cœur réprouve, ne sera que fictif entre nous; je n'en réclamerai jamais l^s droits, vous serez libre, je ne veux de vous aucune promesse, je n'attends aucun retour ; je ne serai votre époux que pour vous protéger et sauver votre amie.

HORTENSE, après un moment de silence.

Charles, votre proposition me touche autant qu'elle m'honore; je sens tout ce qu'elle contient de délicat, de généreux... Âurai-je jamais en moi de quoi récompenser un si noble dévouement?

Charles. Hortense, dites que vous con-»

sentez à être à moi. .. un mot, un seul mot, c'est ma vie que je vous demande.

hortense. Oui... oui... nous sauverons mon amie... Mais, de grâce, Charles, pas une minute de relard !

CHARLES. A la petite ferme des Trois Routes, demain, dès la pointe du jour, des chevaux, une voiture seront préparés... Je me charge de tout.

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