SCÈNE XVI
ALPHOiNSINE, EUGÈNE.
EUGÈNE
Alphonsine!...
ALPHONSINE, jetant un cri.
Ah!... Eugène!...
EUGÈNE
Ma chère cousine!
ALPHONSINE
Je te revois... et dans quel moment!
EUGÈNE
Si tu savais combien j'ai souffert depuis notre séparation! Le devoir m'enchaînait loin de toi, et chaque jour j'étais sur le point de m'y soustraire, de m'exposer à tous les dangers pour te revoir, ne fût-ce qu'un instant; mais grâce au destin, je puis sans crime me trouver auprès de toi.
ALPHONSINE
Que veux-tu dire?
EUGÈNE
Je suis chargé par mon colonel de poursuivre sans relâche le monstre qui porte l'effroi dans cette province. Mon régiment est cantonné dans le village voisin; je brûle de justifier la confiance que mes chefs me témoignent. Mais je ne te cache pas, chère Alphonsine, que ce qui double encore mon courage, c'est la certitude que j'ai acquise, en me dirigeant vers ce château, que mes premières espérances m'étaient enfin rendues.
ALPHONSINE
Tes espérances!... Il n'en est plus pour nous; ces apprêts de fête n'ont donc point frappé les yeux?
EUGÈNE
En effet.
ALPHONSINE
Les intentions de ma mère n'ont point changé;
elle ne veut pas me contraindre, mais elle prie... Aurai-je jamais le courage d'affliger sa vieillesse?
EUGÈNE
Que dis-tu?...
ALPnONSINE.
Que Saint-Alban doit-être mon époux.
EUGÈNE
Saint-Alban?... Ignorerais-tu donc l'événement affreux dont il vient d'être la victime ?
ALPHONSINE
A l'instant?
EUGÈNE
Non, il y a deux jours.
ALPHONSINE
Deux jours?...
EUGÈNE
Son château a été ravagé par la troupe du scélérat qui désole ce pays, et Saint-Alban lui-même est tombé sous le poignard de ces assassins!... Il n'est plus.
ALPHONSINE
11 est ici!...
Ici!
Depuis hier.
EUGÈNE
Quei horrible mystère!
ALPHONSINE
On t'aura trompé.
EUGÈNE
Je l'ai vu... percé de mille coups.
ALPHONSINE
Grand Dieu!
EUGÈNE
Qui donc a osé se présenter sous son nom?...
EUGENE
ALPHONSINE