SCENE PREMIERE
On frappe à la porte de la ferme à coups redouhlés.
Gardes, Peuple, UN OFFICIER CIVIL,
LENOIR, en dehors. MARGUERITE.
LENOIR , en dehors. C'est ici qu'il faut continuer nos recherches.
MARGUERITE, à la fenêtre. Qu'est-ce qui frappe de la sorte au milieu de la nuit/
LENOIR, en dehors. Ouvrez, au nom delà république.
marguerite. Vous vous trompez sans doute de maison, messieurs, la vieille Marguerite n'a rien à démêler avec la justice ni avec le gouvernement.
LENOIR , en dehors. Obéis, ou nous enfonçons la porte. (
MARGUERITE. C'est le municipal qui m a donné hier les passe-ports! que peut-il me vouloir?... Je descends; entrez, messieurs.
LENOIR. Oui, entrez tous; et surtout que personne ne sorte personne, entends-tu bien, citoyenne? Si, comme nous le croyons , ta maison sert de refuge à deux rebelles que nous cherchons , nous aurons bientôt mis la main dessus... Réponds d'abord : Cécile Clainville et une autre jeune aile sont-elles réfugiées ici ?
MARGUERITE. Réfugiées.... et pourquoi s'y cacheraient-elles, ces pauvres enfans ?
LENOIR. Pourquoi? parce qu'elles n'ont pas le courage d'entendre la sentence qui atteint les ennemis de la nation.
marguerite. Elles des ennemies de leur
patrie ! <
LENOIR. Trêve de réflexions; tu n as rien à avouer, n'est-ce pas?
MARGUERITE. Je n'ai vu personne ; et d'ailleurs, si je connaissais leur retraite, croyez-vous pas que j'irais les livrer ? La vieille Marguerite vous abandonnerait plutôt le peu de jours qui lui restent encore à passer sur la terre. Pauvres chers enfans!
LENOIR, aux gardes. Visitez cette ferme dans toutes ses parties. ( // indique la porte de la grange.) D'abord de ce côté.
Les cardes et les paysans entrent dans la grange.
marguerite. Etc'est vous, monsieur Lenoir, qui dirigez ces poursuites? Voilà une belle campagne à faire que de se mettre à travers champs à la recherche de deux malheureuses filles.
LENOIR. Citoyenne, garde tes réflexions.
margueiute. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux vous mettre un mousquet sur l'épaule , comme les gars de not' pays, et aller faire le coup de feu avec les Autrichiens ? mais vous n'aimez peut-être pas cette guerre-là. Vous, d'un sang noble, vous préférez le commandement d'une armée qui brûle les châteaux des nobles.
LEîVOlR. Si je n'avais pitié de ton âge...
marguerite. Un crime te fait peur ! dis plutôt que dans ce moment tu es fatigué d'en commettre.
L'OFFICIER, rentrant avec les gardes .Rien n'atteste dans ce corps de logis la présence des fugitives.
marguerite, àpart. Fassele ciel qu'elles ne prennent pas dans ce moment le chemin de ma ferme!
Elle fait un pas vers le fond.
LENOIR, l'arrêtant. Où. vas-tu? Demeure.
( Aux gardes. ) A ous , visitez maintenant la ferme.
Ils font un pas pour entrer dans l'intérieur. Marguerite se place au-devant d'eux.
MARGUEIUTE. Un moment... je vais vous accompagner. Comme vous y allez , vous autres, avec vos visites ! on dirait que vous faites comme chez vous.
Elle entre dans la ferme , suivie de l'officier et des gardes.