‹ ThéâtreChapitre 233 sur 846 · scène · texte numérisé non relu

scène

MADELON. Allons, v'ià le couvert mis clans la salle à manger; la diligence peut arriver quand ça lui fera plaisir.

JEAN-LOUIS. Avec ça qu'il est joliment mis ion couvert.

madelon. Ali ! bah! c'est assez bon pour les voyageurs qu'on voit ici.

JEAN-LOUIS. Citoyenne Madelon, je te préviens quêtes opinions te joueront queuque farce... prends garde, on sait que tu regrettes les ci-devant et que tu pleures les moines.

MADELON. Est-ce que ça te regarde, toi? je ne suis pas une ingrate, moi, et je nT souviendrai toujours avec plaisir que j'ai essuyé ma première assiette chez les Bénédictins et fait ma première salade chez les Capucins.

jean-louis. Alors ne fallait pas te mettre fille d'auberge à Meaux, sur la grande route de Paris, où la nation passe à chaque instant pour se rafraîchir et casser une croûte.

MADELON. J'ai pas eu le temps de choisir une condition quand on a fermé le couvent de Bouxières, où j'étais comme une vraie poule en pâte ; je me suis jetée dans la premièreplace qui s'est présentée... je suis une victime de la révolution... Mais, Dieu merci, j'n'en ai pas pour long-temps à me compromettre ici... mon parrain qu'est concierge à la Conciergerie, m'a écrit qu'il voulait m'établir bouquetière sur la place du Palais de Justice, et après demain j' pars pour Paris.

jean-i.OUIS. Ehben! avant faudra que je te fasse donner un savon par l'épicier Romulus, le greffier de la commune.

madelon. Eh benî desserre lesdents, et moi j'ouvrirai la bouche... hier je t'ai encore entendu dire du mal du papier-monnaie.

JEAN-LOUIS. Peut-on dire cela? moi qui bois du vin blanc pour sept ou huit mille francs... d'assignats...

MADELON. Et puis j'ai découvert aussi que tu faisais la commission pour changer ies pièces d'or des nobles qui se cachent... tu sais ben que j't'ai vu... Républicain, va donc me dénoncer à présent.

jean-louis. Chut! chut!... ce que je l'ai dit c'était pour rire... toutes les opinions sont respectables...

madelon. Vlà la maréchaussée qui vient pour voii les passe-ports : depuis qu'on a la liberté, on ne peut plus faire un pas sans permission... c'était pas comme ça du temps des révérends pères... Pau vr's pères !... comme ils doivent être maigris, eux qui s' nourrissaient si bien!

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