SCENE XI
HORTENSE, CÉCILE, puis MADELON.
horteaSÉ. Cécile, que viens-tu faire en ces lieux ?
Cécile. Empêcher ton sacrifice de s'ac-
LE MAGASIN THEATRAL
complir. As-tu pensé un moment que je consentirais à te voir accepter (les dangers qui ne sont que pour moi seule? Il faut que tes fers deviennent les miens. . . Les
cachots sont mon partage mon ame
aurait honte de mettre plus long-temps ton héroïsme à l'épreuve.
HORTENSE. Silence! silence , Cécile
que ces murs n'aient pas d'échos pour ta demande... Pourquoi perdre dans un pareil débat des instans qui seraient précieux en lesemployant à réaliser les projets que nous avions formés eu entreprenant notre voyage? Il s'agissait de demander la grâce de ton père... l'as-tu oublié ?
CÉCILE. Le représentant auprès duquel nous pouvions espérer protection est absent ; il revient aujourd'hui. . . Ecoute-moi, Hortense, je vais me faire connaître ici. Tu seras libre, et tu iras intercéder en notre nom pour obtenir la grâce du plus généreux des hommes.
hortense. Y penses-tu bien?.. N'est-ce pas plutôt la fille du proscrit qui doit aller ' plaider cette noble cause? mon cœur serait-il aussi éloquent que le tien?. .. La
conviction sortira mieux de ta bouche
chaque phrase , chaque mot de toi briseront, anneau par anneau, la chaîne de la victime... Cécile, une fille qui prie pour son père doit attendrir les tigres les plus féroces.
CÉCILE. Mais tes dangers...
hortense. Ne sont rien quelques
jours de captivité, voilà tout.
CÉCILE. Tu ébranles ma résolution; tu jettes du doute dans mes volontés partagées entre un double devoir.
HORTENSE. Obéis au plus impérieux ; va sauver ton père.
CÉCILE. Eh bien! je t' obéirai, et si les événemens trompent notre attente, si aucun espoir ne nous reste, je reviendrai... malgré toi , je parlerai... Je dirai : C'est moi qui suis la fille du proscrit... l'autre est Hortense, et alors tu me rendras mes fers, n'est-ce pas?...
hortense , à part. L'on va venir me chercher pour paraître devant le tribunal; il faut l'éloigner. Ecoute, Cécile, iltefaudra peut-être de l'or pour pénétrer jusqu'au représentant. . . Au moment de notre séparation, c'est moi qui portais notre fortune... Madelon, conduis Cécile à ma chambre... prends adroitement la petite somme que contient ma cassette.
CÉCILE. Que ne m'accoinpagnes-tu ?
HORTENSE. Voilà le geôlier (Avec
émotion.) Je donnerais des soupçons. . . . {Allant à Mariac.) Va, mon amie, suis cette
jeune fille. Je sais que c'est moi que vous venez chercher.
Elle se tourne vers Cécile et lui sourit. Cécile et Madelon sortent.