‹ ThéâtreChapitre 271 sur 846 · SCÈNE V- LA COMTESSE , OSCAR · texte numérisé non relu

SCÈNE V- LA COMTESSE , OSCAR

LA COMTESSE

Mi reconnaissance pour vous sera éternelle. (Elle veut sî jeter aux geaoux d'Oscar.)

oscar, l'arrêtant.

Asseyez-vous, Madame, en attendant que votre voilure soit prête.

LA COMTESSE, pressant le bracelet contre son sein. Dans quel temps, dans quel lieu, par quel moyen récompenser on pareil service?.. Sauraije au moins le nom de mon bienfaiteur?

(Elle s'assied.) OSCAR.

Ici , ils m'appellent le Capitaine ; à la ville , le bandit Oscar.

la comtesse , avec effroi.

Oscar?..

OSCAR

Non fameux, n'est-ce pas? la terreur des grandes routes ? la malédiction des riches bourgeois qui s'aventurent hors de leurs murs, passé le jour? Vous semblez toute surprise de ne pas avoir reconnu le bandit Oscar tel que vous vous l'étiez figuré, sans doute, horrible à voir et à entendre, n'ayant pas tète humaine, la voix féroce et les yeux fauves, tout armes et tout sang! vous voyez bien qu'on gagne à avoir une bonne renommée; presque toujours on vaut mieux qu'elle.

LA COMTESSE, attentive.

Vous m'avez donné des preuves de cette vérité.

oscar , avec amertume.

Tant d'honnêtes gens du monde donnent la preuve de la vérité contraire.

la comtesse, à part.

Plus il parle , plus il m'étonne.

OSCAR

Puisque vous voulez être mon obligée , noble dame, je vous offre un moyen de vous acquitter envers moi. Je vous demande de me justifier un peu dans cette société où vous retournez , de dire à la ville que vous avez fait connaissance avec le bandit Oscar dans les bois, et que vous pourriez le saluer, sans trop rougir , même au milieu de votre salon.

LA COMTESSE

Vos actions , comme vos paroles , ne sont pas d'un homme né dans la forêt , élevé au hasard, voué au crime par ceux mêmes qui l'ont fait naître !

OSCAR

Ceux qui m'ont fait naître m'ont abandonné !.. Mais pourquoi me regardez-vous ainsi, Madame ? Vos yeux se mouillent de larmes... qu'avez- vous ?

LA COMTESSE

Rien, rien... la frayeur... l'émotion... et puis je ne sais quel intérêt qui me force à vous plaindre , à déplorer qu'un homme tel que vous vive armé contre la société.

OSCAR

Eh ! qu'irais-je lui demander? un nom qu'elle m'a refusé dès ma naissance? Une famille qui m'a rejeté comme une honte , sans doute ? La société m'a traité en ennemi, j'ai traité la société en ennemie; ses lois m'ont fait lu guerre, à moi, misérable enfant trouvé, sans nom et sans pain, et nioi , l'eniant trouvé , j"a> fait la guerre à ses lois ! Haine pour h.iine l si je rentrais dans son sein , ce serait pour mieux la combattre : car s'il e®î est triste d'être pendu, 1 est plus triste encore

h LE BRIGAND l.'j

de mourir de faim... l'agonie est raoinslongue.

LA COMTESSE

Ainsi, vous renoncei, si jeune, à touto probité humaine?

OSC Alt.

Notre probité, à nous, est dans le partage... la vôtre est dans l'accumulation... U est facile aux riches d'être probes, de subir les lois qu'ils ont instituées pour eux et contre les pauvres; vous dont le bonheur est en rentes, à qui l'or revient périodiquemenl ions les mois, tous les ans, vous ignorez ce qu'un pauvre a de peine à gagner honnêtement un florin ; je le sais , moi que vous écoutez. Elevé à l'université de Darmstadt, j'j ai suivi les cours de droit jusqu'à l'âge de vingt ans. A cette époque de ma vie, je sortis dés écoles où j'avais appris et commenté cette belle théorie : Tous les citoyens sont égaux de vaut la loi. Mais en pratique quel mensonge ! L'homme qui m'avait nourri <ie son pain, qui m'avait soutenu de son argent, YVolf, mon véritable père et mon unique appui , eut alors un procès dont dépendait noue avenir à tous deux. Avec mes jeunes lumières d'étudiant, je compris bientôt que le bon droit était dans sa cause. Mais Wolf ne put entamer la procédure faute d'argent pour payer les frais, il fut dépossédé... et tous les citoyens sont égaux devant la loi. Que faire, alors, dans une société qui vous vole parce que vous êtes pauvre? il faut voler pour être riche; il faut se révolter ouvertement contre la loi , et n'obéir qu'à l'instinct, comme nous autres bandits, ou mieux encore, faire servir la loi même à ses déprédations', comme vos sénateurs; c'est moins brave, mais c'est plus sûr '.Depuis long-temps, crime et vertu ne sont que des mots. Tuer un homme est un acte qui n'est en soi ni un bien ni un mal , et qui devient, selon le langage, un meurtre ou *me victoire. Prendre l'argent du public , c'est commettre un vol ou lever un impôt. Je suis fâché seulement d'avoir été forcé de prendre le mot le moins honnête et le sens le plus périlleux... Mais j'entends revenir les chevaux... vous êtes libre, maintenant...

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