‹ ThéâtreChapitre 274 sur 846 · BRIGANDS · texte numérisé non relu

BRIGANDS

| (Oscar, sans répondre à l'appel de Wolf, suit de l'œil la voiture qui s'éloigne.) WOLF.

fié ! Oscar, partageons.

OSCAR, revenant après avoir regardé silencieusement toute la bande.

Faites vos parts, j'ai la mienne, (a part.) Et la meilleure.

WOLF , faisant la distribution.

Lé postillon , qui est un ancien devenu honnête homme, m'a dit tout bas qu'il aurait à conduire, dans la matinée, le Président du Sénat... c'est un fameux coup! L'ouvrage donne depuis quelques jours. Dis donc, Capitaine, crois-tu que le Président soit escorté, demain?

OSCAR, sortant d'une profonde rêverie.

Que. m'importe?

WOT.F.

Quelle réponse !

OSCAR

Demain, je n'empêcherai personne de passer sur la route.

WOLF

Comment?

OSCAR

Dès ce soir, je ne suis plus des vôtres.

wolf, à part.

Cette femme lui a dérangé la cervelle.

OSCAR

Acceptez ma démission.

WOLF

Quand on a un capitaine jeune, il ne faut pas arrêter de femmes ; ou bien , quand on arrête une femme, il ne faut pas avoir de capitaine jeune.

OSCAR

AVolf ou Hermann me remplacera.

HERMANN , aux brigands.

J'avais bien dit qu'il nous abandonnerait.

Bonsoir, mes amis.

wolf, l'arrêtant.

Quels sont les projets?

OSCAR

Mes projets sont de vous quitter, de cher-

l'liULOlilE.

cher fortune a la ville ; je m'ennuie du grand chemin.

WOLF

Malheureux! est-ce que tu veux devenir honnête aussi , toi?

BEBMANN , d'un ton menaçant.

Nous dénoncer, peut-être.

(11 met la main sur scs pistolets.)

WOLF, le poignard à la muni, lonl doux, camarade... s'il n'est plus le chef, je le suis. Va-t'en. (Hermann recule avec les autres brigands. A Oscar.) Ainsi, tu le fais bourgeois ?

ose. ai;.

Je ne dis pas cela. Au fond, je resterai toujours le même ; il n'y aura que la forme de changée.

WOLF

Voudrais-tu descendre aux viles subtilités du

métier? échanger ton poignard de bandit contre lé rossignol de l'escroc?

osent.

Fi!

WOLF

Une cherches-tu donc?

ose Alt.

Lue position plus lucrative et plus sûre: la nôtre me déplaît, elle est dangereuse et ridicule: le brigand ne réussit mente plus dans le mélodrame. As-lu vu jouer au théâtre de Stuttgart cette fameuse parodie française, L'Auberge des (drt

WOLF

Oui.

OSC AU.

Eh bien ! cela nous tue , le poignard est usé. L'art a fait des progrès, et nous sommes en arrière, mon vieux maître : on rit de nous, voistu, c'est fini. Je n'attendais qu'une occasion pour laisser là les routine.1; de la forêt. Le grand chemin est à la ville.

WOLF

Prends garde de trop l'élever, Oscar.

OSCAB, a part.

Cette occasionne l'ai trouvée. (Haut.) Dans un siècle où l'addition est tout , la soustraction dcvr.it être quelque chose. Le mal n'est donc pas de voler, le mal est dans la manière de voler. Si tu travailles contre la loi , certes tu gagnes peu et tu te caches; mais si tu voles, le code à la main , juste comme il faut voler pour être marchand, huissier, courtier, oh! alors, tu gagnes beaucoup cl tu paies patente. Les gendarmes eux-mêmes te portent les armes en cas de décoration. Tu n'as plus la mine équivoque, tu portes des gants , tu n'es plus d'une bande , mais d'une raison sociale; tu n'exerces plus la nuit, dans la solitude, mais en plein jour, en pleine ville ; tu ne cries plus : La bourse ou la vie I mais tu demandes le prix fixe, ou les frais de bureau, s'il vous plaît !

WOLF

L'ambition te perdra.

OSCAR

Je foi dit mes projets; mais, pour le vol en»

•$• grand, il fallait une mise de fonds que je trouverai maintenant , (a part.) grâce à cet anneau.

WOLF

Je n'entends rien à toutes ces belles idées : je suis trop vieux, n'est-ce pas ? trop ganache, soit; mais je vois bien que tu renonces à notre belle profession; si j'en avais connu une meilleure, je te l'aurais donnée : je t'aime tant! Ne l'avais-je pas choisi d'abord le métier d'avocat? pauvre voleur que je suis , ai-je rien épargné à ton éducation? Si tu avais continué d'exercer dans an autre genre que moi , de ta vie tu n'aurais su combien VVolf travaillait , afin de payer tes inscriptions... mais les choses ont tourne différemment : tu as été forcé de laisser la robe pour l'épée , tant mieux. Tes dispositions étaient bonnes . Oscar, et je les ai cultivées , je m'en ; Halle. J'ai fait de toi le plus fameux brigand que ! la terre d'Allemagne ait jamais porté. Grâce à ; mes conseils, à ma vieille expérience, dont tu ris ' à celte heure, tu es devenu si grand qu'on a mis ta tète à prix ; et lu veux me quitter, me planter là maintenant, moi. Ion ami, ton père, ton premier lieutenant , pour aller te mettre en boutique et pourrir au carrefour, quand lu as, avec nous, le grand air et la liberté... va! lu n'es qu'un ingrat !..

OSC VI'..

Oui t'empêche de me suivre?

WOLF

Je serais, ma foi, un joli voleur en bourgeois. Je ne suis pas fait pour la société : je reste ; la forêt est aux braves.

ose AU.

Aux fous! Je pars.

wolf, à part.

Je ne veux pourtant pas le laisser partir sans lui révéler un secret. (Haut.) Oscar!..

OSCAR

Que veux-tu? c'est un parti pris; à moi la ville , à vous les champs !

WOLF , à part.

S'il a l'air de nous mépriser, pourquoi lui dire?... et puis, je n'ose pas... (Haut.) Tiens, puisque tu es décidé, prends cette bourse; car tu attendras long-temps , peut-être , ton premier gain, fa-bas.

OSCAR, attendri.

Merci. (11 serre la main de YVoll. )

WOLF, les larmes aux jeux.

Tu sais bien que, lorsque lu voudras revenir, la caverne te sera toujours ouverte. Bon

voyage.

(Oscar disparaît après avoir reçu les mornes adieux

de scs compagnons. Les brigands rentrent dans

la caverne.)

HERMANS , entre ses dents.

Va ! je ne te perdrai pas de vue.

WOLF, s'essuyant les yeux.

Au fait, j'ai eu raison de me taire; il serait

perdu pour moi, au lieu que , ne saehaut.iïen ,

il me reviendra un jour ou l'autre ; et je sens

que je ne pourrais pas vivre long-temps sans

«9* lui.

FI> DE LA PREMIÈRE PARTIE Dt PROLOGUE,

LE BRIGAND ET LE PHILOSOPHE

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