LES DAMES
Oui! oui
(La musique continue. Werner regarde les dames qui sont à ses côtés, et leur dit à chacune quelques mots tout bas : Frédéric, à demi-ivre de vin, de louanges et d'honneurs, le voit faire en riant aux éclats.)
WERNER, aux dames.
Mais n'ayez pas peur, l'éducation corrige la
nature. Les bons penchans combattent les mas.
diez-vous donc et travaille/,.
FRÉDÉRIC, à Jordans.
Il extravague , le docteur, ne trouvez-vous pas, M. Jordans?
JORDANS.
Pas toujours.
FRÉDÉRIC, se levant, d'un ton goguenard.
J'ai envie de lui demander ce qu'il pense de moi, ce sera plaisant, M. Jordans? allons donc, allons donc, de la gaité, morbleu! vous voilà avec une mine funeste, comme le jour où les fonds baissèrent si fort. (La Musique cesse : une partie des convives s'est levée. Frédéric s'approche de Werner.) Voyons, docteur, à mon tour!
WERNER
A votre tour ?
FRÉDÉRIC
Oui... dites-moi ma bonne aventure.
WERNER
C'est une plaisanterie , Monsieur ?
FRÉDÉRIC
Non , vraiment, je vous tiens pour convaincu, moi !.. je crois que vous pensez tout ce -que vous dites. Votre science serait bien à plaindre, si elle n'avait pas même pour croyaris, ceux qui la professent.
werner , après l'avoir regardé en face.
Je n'ai rien à vous dire.
Ah! mon Dieu! j'ai donc une bien pauvre tète, je suis donc un homme bien ordinaire? werner.
Oh ! non.
FRÉDÉRIC
C'est que vous ne savez rien , alors.
WERNER, à part.
Je me contiens à peine.
FRÉDÉRIC , d'un ton railleur.
Allons, docteur, avouez-le, vous ne me dites rien parce que vous êtes sur que je vous répondrais... votre science a menti !..
werner, avec fureur.
Ce n'est pas cela, Monsieur, c'est que la tète humaine a des secrets qui font horreur à révéler!., ah! vous voulez que je vous dise ce que vous êtes?
FRÉDÉRIC, à demi-troublé.
Oui...
WERNER
Vous aurez le courage d'entendre cela tout haut?
FRÉDÉRIC , avec un rire amer.
Pourquoi pas? si vous avez celui de me le dire?
LA COMTESSE , avec terreur.
Qucva-t-il faire? mon Dieu!
WERNER
Eli bien! que la réponse retombe sur votre tète !.. (Il s'approche de Frédéric qui recule jusqu'à la portée de la table : puis il lui découvre le front.) Voilà ce qui porte au meurtre, entendez-vous?., vous avez été , Monsieur, vous êtes, ou vous serez un assassin !..
FRÉDÉRIC
Un assassin!..
(Mouvement général d'effroi. Frédéric saisit un oui tcau et le lève sur Werner.]