SCÈNE I
PIERRE; au fond , le Clergé, la Gendarmerie , des Villageois, pierre. Allons , messieurs , allons !
vy villageois. Eh ! eh ! dites donc, monsieur Pierre ?
pierre. Ehben ! que m Voulez-vous ?
le villageois. Est-ce que vous ne venez pas voir l'enterrement de ce scélérat de Robert Macaire ? un gredin fini , Ah ! scélérat ! va ! Dieu veuille recevoir ton ame !
pierre. Oui ! c'est aujourd'hui qu'on l'inhume.
le villageois. Vous dites...? Comment appelez-vous ça ?
pierre. Je te dis qu'on l'inhume : caveut dire qu'on l'enterre , quoi !
le villagois. Grâce à notre bon curé, qui a eu pitié de son ame.
pierre. Parbleu! il a ben fait, M. le curé, Le ciel envoie assez de coquins sur terre ; leglise peut ben en mettre quelques uns dessous.
le villageois. Dites donc, monsieur Pierre, étes-vous comme moi ? ça me fait un drôle d'effet, c'te mort-là!.... On disait d'abord que le voleur n'avait reçu qu'une blessure légère; et puis, qu'on l'avait saigné , et que ça allait mieux. Et puis voilà ?
pierre. Eh bien! ça vous étonne, ça? Tous les jours on va de mieux en mieux... jusqu'à ce qu'on en meure...
le villageois. Tiens , y a des enfants de chœur.
pierre. Et des gendarmes, Oh ! en voilà un qui pleure : ça devient curieux.
le villageois. Ah ! Dieu de Dieu ! y a t-il du monde à c't enlerremeut-là !
pierre. Allons ! vite ! donnez-moi un coup de main... que je mette les contre vents et la clavette... On dirait que le tonnerre se met aussi du convoi. ».
(Éclairs , éclats de tonnerre.)
le villageois. Dieu ! quel orage ! comme il fait nuit , monsieur Pierre !
(Il sort •, Pierre rentre par la porte à droite-)
sckxs ir.
ROBERT MACAIRE , seul.
(11 est pn état de somnambulisme . et descend l'escalier en chancelant une chandelle allumée à la main.)
Mort ! — bien mort ! tics mort ! — L'horloge est détraquée! le grand ressort est brisé! — (Gaîment.') Bast ! je m'en moque pas mal! — La tombe ! — Qu'est-ce que c'est que la tombe? La tombe est un asile sur , où l'espérance... tombe; où, pour l'éternité, on se croise les deux bras! — Qu'est-ce que c'est que la vie? — La vie ! — plante amère et narcotique , — éto;Ie qui file ! — feu follet qui flanc sans direction arrêtée ! — bougie diaphane , menacée à chaque instant de l'éteignoir ! (Il éteint tout-à-coup sa chandelle en l'écrasant avec la paume de la main.) — La rie '. c'est un éclair à-peu-près comme celuici: un éclair pendant lequel on fait usage de vin. d'amour et de briquets phosphoriques. — Ah ! ça me rappelle bien des souvenirs de jeunesse !... Alors c'était toujours orgie dans mon imagination !... — Je pensais, je rêvais à de jeunes filles , au soleil, à la lune , à de petits verres de kirsch - wasser , et à des queues de billard. (Il baille.') Il me souvient que je me plaçais toujours en face d'un pâtissier , et que j'excitais par mes bâillements les bâillements de la fille de boutique. Mais qu'est-ce que je dis donc là ?... — Ah ! j'ai eu mon temps... mon aurore , mon crépuscule... mes entrailles paternelles... — Ah! quand Bertrand, mou élève , venait m'accompagner avec sa tête bète et sa cornemuse. ( On entend un air deftûle,. ) — Hem ! — Bravo! bravo! mon Bertrand! tu comprends enfin la poésie de notre profession !... Vois les mnr*de notre prison, ils tombent devant notre ganté , comme les murs de Jéricho au son des clarinettes.
(Il s'approche du lit placé a gauche et se couche.)