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CHARLES, MACAIRE
macaire, avec emportemenljCeiiç existence n'est pas tenable : celle auberge est une véritable gargote (qu'on me passe l'expression). Le chef est d'une incapacité culinaire !... ses pommes de terre ne sont pas présentables: son beefsleack, on dirait vraiment qu'il a été coupé dans la culotte de peau d'un gendarme.
cnARLEs. Calmez-vous... un moment... je vous supplie...
macaire. C'est du graillon...
(Il descend l'escalier.) Charles. Ecoutez-moi...
macaire. Je suis tout oreilles — parlez , monsieur...
charles. Après ce qui s'est passé, vous devez penser qu'il nous est impossible de rester ici plus long-temps...
macaire. Pourquoi donc?
charles. Vos crimes...
macaire. 0 mon fils ! vous oubliez le respect dû à mes cheveux b'ancs... Je n'en ai pas, c'est vrai \ mais je pourrais en avoir. — Continuez néanmoins.
Charles. Xous allons partir...
macaire. Pour Paris?...
charles. Vous oseriez vous y montrer f macaire. Pourquoi pas? — Ah! il y a long-temps que je désirais revoir la capitale... c'est un projet que je devais mettre à exécution avec Bertrand. — Et, en pailant de ce peuvre Bertrand, lu ne sais pas ?... Charles. JNon.. .
macaire. Son affaire est arrangée... oui, c'est aujourd'hui qu'il doit en finir avec ce monde. — Tiens ! voilà son article dans mon journal... à moins cependant que le garde des sceaux ne fasse droit à sa demande...
(Il tire de sa poelie le journal Le Voleur.) cnARLEs. Comment cela ?
macaire. Il prétend avoir d'importantes révélations à faire sur l'assassinat... d'Henri
charles. C'est bien... ne m'interrompez pas... un bâtiment nous attend à Bordeaux.. macaire. Et nous allons ?
charles. Eu Amérique. macaire. En Amérique ! faire le tour du globe ! ah çà mais, lu perds la boule, mon garçon !
Charles. Prétendriez- vous refuser?...
macaire. De m 'expatrier? sans doute.
Oui?
moi! je quitterais ma patrie, cette
aimable France , séjour de l'industrie, des beaux-arts et des belles manières ! Jamais ! jamais! — Et pour quel pays! Si c'éta:t pour l'Asie, je ne dis pas ! pour l'Asie, renommée par ses bayadères et son tabac... Passe encore pour l'Afrique , pays curieux par ses indigènes, dont la noire couleur rompt cette monotonie qui parfois m'afflige : mais pour l'Amérique , avec ses mines blafardes et ses sociétés de tempérance; pour l'Amérique, qui a emprunté à noire civilisation les impôts, les bottes à revers et les gendarmes., oh ' non ' non. France, je te reste ! ton aspect fait battre mon cœur ! je reste dans ma patrie...
c;;arles. Une pallie ! à vous ! malheureux, vous n'en avez pas ! la justice vous condamne....
■• : vire. Oui, mais elle ne m'attrape pas : < \ ( moi qui l'attrape.
charles. Mais songez donc...
V '.caire. Allons ! à rien.
cnARLEs. Vous me suivrez.
macaire. Il y tient donc beaucoup? — Ah ! tu te donnes les gants de me condamner à la déportation. Ln fils condamner son père; mais, mon garçon, c'est passé démode... et Brut us est rococo.
cyïari.'S. Allez prendre d'autres vêtements, |t tenez-vous prêt.
I macaire. .Ah çà , et ton auberge ? qu'en |iis-tu ?
I ciiarles. ! Ile est vendue.
mu w:; , Sans mon consentement?.. Ah ! propos, et (on mariage!1...
! Charles. Est-ce à vous de me rappeler?... 1 macaire. Comment, la prétendue ?...
en vri.es. A reculé devant le malheur d'aoir un père tel que vous.
macaire. Oh ' c'te bégueule ! si ça ne fait >as mal !... Et tu l'aimais donc bien?
ciiarles. Je l'adorais.
macaire. Eh bien ! c'est dommage ! en te aariant, lu aurais eu des enfants , et mainbnant que je suis retiré des affaires , je me pais fait un vrai plaisir de me charger de pur éducation.
1 ciiarles. N'en parlons plus. C'est assez, fait: ce n'est peut-être pas ée que lu as eue de vendre
îs ! confie-moi les fonds ; je ;t dans peu tu m'en diras
AS XL Les Précedehts, PIERRE.
pierre. 31e voilà prêt... Allons chez le notaire.
macaire. Hein ? qu'est-ce qu'il dit donc ?
pierre. Oui, monsieur, c'est Pierre qu'acjuiert.
macaire. Ah ça mais , nous avons donc rolé un coche ?...
pierre. Dites donc , vous...
macaire. Ce n'est pas un reproche que je vous adresse...
pierre. Je n'ai pas volé de coche; j'ai fait un petit héritage , et v'Ià tout. Ce n'est pas comme vous , vous en faites , de gros h ériitages...
macaire. Monsieur! qu'entendez-vous par ees paioies? insensé villageois ! — Ah çà , bous disions qu'il nous faut des vêtements?
pierri:. A notre retour, vous en aurez.
macaire. Daignerez-vous au moins me donner du tabac ?
pierre. "Y oyons donc ; on va vous contenter. (Il ouvre l'armoire.}
mvcure. Chose inouïe et cruelle ! n'avoir qu'im fils unique, qui veut absolument me déporter en Amérique ! Oh ' je suis persuadé que ce climat serait contraire à mon tempérament.
pierre , le pot de tabac à la main.
Allons ! ici! venez ici !
macaire. On croirait vraiment qu'il parle à son chien. — Ah çà, dites donc, monsieur Charles , vous êles témoin de la façon dont vos gens traitent votre malheureux père, et vous ne dites rien! vous ne tonnez pas !... (Le montrant.) C'est moi qui ai fait cela... filais j'aimerais mieux qu'on me coule de I eau bouillante dans les veines.
(Il s'approche de Pierre , qui verse du labac dans sa boîte.)
pierre. Ah Dieu ! il m'a jeté du tabac dans les jeux ; je n'y vois plus...
macaire , regardant au fond de l'armoire ouverte. Tiens... qu'est-ce que je vois, moi?
pierre, se frottant les -yeux. Ah... mon Dieu... mon Dieu...
.macaire , apercevant la sacoche. Attends. je vais te souiller ça... (A part.) Ceci n'est certes pas une mauvaise découverte. — lion... bon... tu ne me tiens pas encore, va.. (il remonte l'escalier , puis redescend précipitamment, sitôt qu'ils sont sortis.)