‹ ThéâtreChapitre 341 sur 846 · SCÈNE VHL BERTRAND , MACAIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VHL BERTRAND , MACAIRE

mvcaire. Voilà un verre de petit piqueton qui m'a remis. (Il va pour prendre sa sacoche et aperçoit Bertrand.) Quel est cet animal? serait-ce un rhinocéros .J Ah,., que je suis bête... c'est un voyageur accompagné d'une valise. On n'est pas plus imprudent que ce chrétien-là !...

Bertrand. Chien de cadenas !

macaire. Donnons-lui une leçon qui profile à tous deux.

Bertrand, V apercevant. Eh! mais, qu'estce que j'aperçois là-bas? c'est, ma foi, un individu mâle et parfaitement couvert. Pen-

dant que je suis en train... voyons

(// lin

de sa poche un pistolet.) S'il était aussi poltron que l'autre ? en avant l'argument sans réplique...

MACAiRE tire un pistolet de sa poche. S'il n'est pas gentil , gare à lui ! avec ça que j'ai mal aux nerfs aujourd'hui. La moindre contrariété... Ah ! niellons-y des formes. (17 Rapproche.) Monsieur...

bertrakd, le dos tourné. J' vas t'en donner du monsieur , attends. (// lui applique brusque;:; mt son pistolet sur sa poitrine) : La bourse ou la vie.

macaire, détournant le coup et lui saisissant le bras. C'est extraordinaire. Et parbleu!

collègue , j'allais précisément vous adresser la même question.

BERTRAND. VoUS ?

macaire. Quel organe...

BERTRAND, Qelle Voix...

macaire. Bertrand...

Bertrand. Macaire...

macaire. De quoi... de quoi... Je m'abuse... est-ce un rêve? Bertrand... mais tu n'as donc pas rendu tes comptes à la justice? bertrnd. Et toi, tu n'est donc pas défunt, après ce que j'ai fait pour ça?

macaire. Tu plaisantes...

Bertrand. Ombre de mon ami, viens dans mes bras...

macaire. Ce pauvre. Bertrand... — toujours le même , avec sa tète bête...

Bertrand. Cher Macaire... j'ai bien pleuré, va '...

macaire. J'ai peine à te remettre : toi, qui autrefois avais la peau si blanche... un cornposé de lis et de rose.

Bertrand. Mon ami... ce sont les chagrins. macaire. Qui t'ont rendu noir ?

Bertrand. Non, c'est le charbon...

macaire. Ah... tu fais maintenant dans le charbon ?

Bertrand. Oui... oui ! je t'expliquerai tout cela.

Mais loi , il me semble que tu as engraissé Vraiment... ta tète...

macaire. Oui , ma tête a pris du corps. Bertrand. Ce cher ami... je ne te quitte plus... (Il se jette à son cou.)

macaire, le repoussant. Von... un instant, Bertrand... je ne sais si je dois... Tu t'es conduit à mon égard...

Bertrand. Je vous conseille de parler!... Et loi donc... à mon sujet? — "\ ous m'aviez trahi.

macaire. Ah... j'ai pu avoir des torts, c'esj possible -, mais des coups de couteau de la main d'un ami .. ça blesse.

Bertrand. Çà tue même macaire. Et c'est plus que désagréable.

Bertrand. A la bonne heure... mais je n'ai pas été maître d'un premier mouvement.

macaire. O Bertrand... vous avez manqué à toute espèce de délicatesse...

Bertrand. Je t'assure que non...

macaire. Je t'assure que si... Tu aurais pu te dispenser de m'enfoncer celle lame dans les fausses côtes.

Bertrand. Tiens... je veux être pendu!.. i

(Il )

macaire. C'est facile : sons l'empire , les volontés sont libres... - \tas !

bbrtium) se jette à ses pieds. Bats-tnoi !... injurie-moi !... donne-moi des grands coups de pied dans le... dos '•... loi d'hounéle homme, à l'avenir je serai tout loi...

m 'CAiRE , Foi d'honnête homme... pas de bêtises...

bertrvnd. Foi d'honnête industriel...

macaire. Sa candeur me désarme... Malheur à celui que le repentir d'une ami ne touche pas !... il reste insensible aux plus douces émotions de. la nature.

bertraxd , attendri. Ah!...

(Ils s'embrassent.)

macaire. Ah ça, parlons un peu de nos affaires... quelle est ta situation... ta posture.'.

Bertrand. Au moral , je n'ai pas le sou,..

macaire. Moi... {Il va chercher lu sa- .) Tu vois bien , sous ces broussailles, il v a là dix mille balles.

eertrand. Je ne te quitte plus !... Homme étonnant , va !... nous sommes toujours associas: quant à moi , je n'ai que ça.

macaire. Quelle est celte valise ?

Bertrand. Je l'ai trouvée sous les pieds d'un voyageur... rien que celte valise...

macaire. Ah ! ah ! procédons à l'aulopsie. (11 brise le cadenas )

Bertrand. Quelle dextérilé !... comme ce

scélérat- là travaille !...

(Ils tirent un à un les effets du saltimbanque.) macaire. Ah ! une chemise de matelot !...

un habit jaune !... des bottes... veux-tu tirer

une botle ?...

BERTRAND. Non., non...

macaire. Oh ! je crois que voilà du gibier !

Bertrand. Bon... une gibelotte?...

macaire. Et non ! c'est une polonaise.

Bertrand. C'est riche. . .

macaire Vexamine. Oui!... doublée en toile d'araignée, ça aura appartenu à quelque prince russe... — Tiens, des petits paquets plies avec soin... (il ouvrée) mais ça démange. (Il jette les paquets de poudre à gratter à Bertrand.)

Bertrand. Que le diable t'emporte ! (Ils se grattent tous deux.) Ali! des papiers... si c'était des billets de banque !...

macaire. Eh... non... c'est un certificat de bonne vie et mœurs... avec ça on meurt de faim...

Bertrand. Et on va aux galères... C'est comme quand j'ai été condamné à perpétuité.

macaire Ut une étiquette. Recette pour

faire d'er.cellenla cigarres de la Havane avec des feuilles de chou.

BERTRAND. Oh... OÎl...

macaire. Eau pour blanchir les dents et les buffiéterics... dédiée à la garde nationale.

Bertrand. Je suis volé... mon ami.

macaire, Si c'est comme caque tu travailles !... Oh... oh... les gendarmes...

Bertrand. Comment leur expliquer. .. nous voilà poursuivis.

(Il emporte tous les effets et se sauve.)

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