‹ ThéâtreChapitre 350 sur 846 · MACAIRE , BERTRAND · texte numérisé non relu

MACAIRE , BERTRAND

macaire. Ah ! te voilà , toi ?

Bertrand. Monsieur le directeur a-t-il bien dormi ?

macaire, Oui! et d'un sommeil enchanteur... l'image de ma fiancée, se mêlait à mes rêves , et l'amour se plaisait à changer en roses les pavots de 9forph.ee.

bertraxd , l'admirant. Est-il bien bâti , ce gaillard-là ! quelle tournure !

macaire. Ah ! Bertrand , vous me voyez à travers le prisme de l'amitié.

Bertrand. Non , je t'assure ; si j'étais femme, j'aurais un caprice pour toi...

macaire. ^ oulez-vous bien vous taire?... (ïl regarde l'heure.)

Bertrand. Je ne te connaissais pas ce nouveau bijou ?

macaire. C'est une fantaisie, un caprice!

Bertrand. Il a dû te coûter che?|H

macaire. Mais non ! Avant-hier j'étais à

l'Opéra... la Taglioni dansait... un Anglais était à côté de moi : il regardait l'heure ; je lui offris une prise de ce tabac dont lu connais l'effet soporifique, et cinq minutes après sa montre avait passé de son gousset dans le mien... Il faut bien se donner quelques douceurs.

Bertrand. Ah ! sans doute.

Les PhÉclde>"ts , vu Domestique , puis les Actionnaires.

ie domestique. Messieurs les actionnaires!

mac vire. Faites entrer.

Bertrand. Qu'est-ce que tu vas leur dire?..

macaire. Messieurs , soyez les bienvenus. (Ils se placent.) Prenez place, je vous prie. Distribuez à ces messieurs le prospectus de nos opérations nue j'ai fait lithographier. J Bien! (// agite sa sonnette.) Messieurs, à une époque où les passions mauvaises semblent se déchaîner sur noire ordre social avec la fougue du torrent } dans un siècle où chacun cherche à glisser , sans cire vu , sa main dans la poche de son voisin; c'était une pensée à-là-fois vaste et philanthropique que celle d'une association contre les voleurs. A moi l'honneur d'avoir conçu celle penséei mais à vous , messieurs , celui de l'avoir fait fructifier par vos capitaux et votre concours. Une telle entreprise devait prospérer, et elle a prospéré. Les résultats sont on ne peut pas plus satisfaisants. Veuillez prendre la peine de jeter les yeux sur le travail qui est entre vos mains...

m. gogo. J'attends qu'on y mette le dividende !

les actionnaires. Non, non ! (Tumulte.]

macaire. Messieurs , monsieur Gogo a parfaitement raison, et mon intention est de le faire distribuer avant peu... Mais je ne dois pas vous dissimuler que les risques j augmentent... que les vols sont fréquents... la police n'arrête pas tous les voleurs , messieurs ; ce n'est pas que je lui en fasse ui crime ; aussi ai-je conçu, dans l'intérêt df< la société , un projet qui se rattache essen tiellement a notre compagnie d'assuranci contre les voleurs... Je suis en instanci auprès du gouvernement pour obtenir I; direction de la police-générale du royaume., j'offre une économie de dix millions.

tous. Dix millions!

macaire. Nous répondrons avec nos de niers de tous les vols commis dont personm n'a plus intérêt que nous à réprimer l'effroi) terie.

tocs. Bien... bien...

mac uni-. J'attends une audience du miiistre . qui , j'ose le dire, me voit d'un très I; et j'ai tout lieu de croire qu'avant nu je sciai nommé, comme je viens d'avoir honneur do vous le dire , directeur général le la police du royaume de France... et de Navarre.

bertraxd. Quelle entreprise admirable et gigantesque...

macaire. Et pour cette nouvelle com- >agnie j'aurai un fonds de cinq millions... lomme de ju^te , les emplois les plus lucraifs appartiendront de droit aux premiers ictionnaires... c'est de toute justice... Mesieurs , ai -je trop présumé de vous en ;omptant que vous serez les premiers à... ?

tous. Oui ! bravo ! bien !

m. GOGO. Un instant ! avant d'arriver à un nouvel appel de fonds : car remarquez, mes pieurs, que c'est un nouvel appel de tonds...

bertraxd. Mais non... c'est une nouvelle :ntrepri>c...

mac aire. Monsieur Gogo , que vous êtes ■nfant ! la clio^e va de soi-même... elle est ;laire aux: yeux de tous ; et il n'y a que la nalveillance qui puisse venir mettre des bàons dans les roues...

m. gogo. Je ne veux pas mettre de bâtons lans les roues , mais des bénéfices dans ma )ocbe...

bertraxd. Mais c'est un bomme d'argent!

(Tous se lèvent.)

m. gogo. Oui , d'argent , d'or ! comme ,'ous voudrez.

bertraxd. Et quoi ! il serait permis au )remi< lu venu de venir faire

propositions incoiisequenleset inconsidérée^? (Tumulte.) ure. Cela n'a pas le sens commun ; :urs , ma vie tout entière , ainsi que ouïes mes actions , est exemple de repro- :bc : je ne recule devant aucune investigaion. Parlez , monsieur Gogo ! parlez!

m. cogo. J'exige qu'en distribue à l'instant '.e dividende de bénéfices.

bertraxd. C'est absurde !

macaire. Ah, monsieur, c'est comme cela lue vous entende? les affaires ?

m. gogo. Dame !

bertraxd. 0 mon Dieu ! monsieur le lirecteur se trouve mal !

Mouvement d'empressement autour de ISIacaire.)

macaire. Non ! c'est l'émotion que lont laître en moi des insinuations aussi pe. ment calculées... mais nn bomme déjà fiebe par lui-même, qui épouse aujourd'hui même une riche héritière el qui tnpie ainsi sa for-

tune , est au-dessus des insinuations d'un monsieur {.

bertraxd. Il est vendu à nos ennemis !

toi s. A la porte ! à la porte !

(11 est expulse.)

vx domestique , (lu fond. Voici les tambours de la garde nationale , et les dames de la balle qui viennent féliciter monsieur 1g directeur sur son mariage cl lui présenter leur bouquet.

macaire. Faites-leur distribuer de l'or ! (Agitant sa sonnette.') Messieurs dans huit jours nous reprendrons la discussion au point où nous l'avons laissée; je vois avec plaisir que nous nous entendons parfaitement , à peu de chose près... Je compte sur vous pour ce soir, et demain matin la caisse sera ouverte...

les actionnaires. Ah! ah! pour toucher?...

macaire. Pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires. La séance est levée. (Il sortent.)

Page 1