SCENE III
CHARLES, CUOMW El. L.
THOMLINSON , revenant. Ils se tairont ,
sire .
chaules. Merci.
CROMWELL , a Thomlinson. Laissez-moi seul avec le condamné. (Tliomtinson sort. Cronnvcll s'approche lentement du roi.) Sire.
CnvRLLS, tressaillant . Encore cette voix! (Se retournant.) Encore cet homme ! Cela m'étonnait au fait de ne point encore avoir vu mon mauvais génie.
CROMWELL. Vous êtes injuste , sire!
CHARLES. Injuste! rappelle tes souve nirs, et dis-moi si je t'ai jamais vu autrement que comme un messager de malheur.
La première fois, c'était la veille de l'accusation deStraffort.
CROMWELL. Je venais demander au comte de faire de moi un ami ; il a fait de moi son adversaire.
chaules. La deuxième fois, c'était le jour de l'exécution de Straffort.
CROMWELL. Je venais de lui sauver la vie , et vous m'avez fait arrêter.
CHAULES. La troisième fois, c'était au camp devant York.
CROMWELL. Je venais vous proposer de traiter : vous m'avez chassé de votre tente. A trois reprises j'ai voulu vous sauver, sire : d'abord d'une faute, puis d'un crime, puis enfin d'une honte !
CHAULES, amèrement. Et aujourd'hui que viens-tu me sauver , dis?
Cromwell. La vie , sire !
CHARLES. La vie! toi ! (Le regardant et se levant.) C'est pour cela que tu as pressé ma condamnation , que tu as fait tirer sur la tribune qui criait malédiction sur mes juges , et que tu as écrit de ta main à l'exécuteur pour fixer le supplice au 30 janvier , six heures du matin, n'est-ce pas?
CROMWELL. J'ai presse voire condamnation, sire, parce que depuis dix ans l'Angleterre luttait contre vous, que le peuple était haletant de fatigue , et que votre chute seule pouvait lui donner du repos J'ai fait tirer sur la tribune qui criait nia. lédictiou sur vos juges, parce que le jugement prononcé reclamait lerespect dû à un jugement. J'ai écrit de nia main à l'exécuteur pour fixer le supplice au 30 janvier six heures du matin, paiceque dans la nuit du 29 une barque devait vous attendre sous le pont de Londres , et vous conduire à un vaisseau dont le capitaine m'est dévoué , et qui vous conduira en France. Jamais vous n'avez voulu vous fier à ma parole , sire, et toujours la providence s'est chargée de votre punition. Une dernière fois , sire, je vous adjure! La mort est là , instante , avide, inévitable!.. Laissez-moi me placer entre vous et la mort!
CHARLES. Vous parlez à un soldat qui l'a vue si souvent en face qu'il ne la craint plus. Vous parlez à un roi qui a été si malheureux qu'il la désire.
CROMWELL. Je ne parle ni au soldat ni au roi, je parle à l'époux qui va faire sa femme veuve , au père qui va faire ses fils orphelins, je parle au cœur et non à l'ame, à la nature qui se livre et non à la fierté qui raisonne, au découragement qui s'abat. Ouvrez l'oreille à mes paroles , sire , car elles vont cbercber en vous tout ce qu'il y a de saint et de douloureux et de sacré dans le cœur de l'homme.
CHARLES. On dira que je suis un lâche, et que j'ai craint la mort !
cromwell. Les batailles d'York et de INaseby seront là pour répoudre!
CHARLES. Votre parlement me raillera!
CROMWELL. Votre femme et vos enfans vous embrasseront!
Charles. Mais quel intérêt avez-vous donc à me sauver?
CROMWELL. Ecoutez , il y a un homme que vous auriez pu sauver autrefois, comme je puis vous sauver aujourd'hui, vous ne l'avez pas fait ; cet homme est mort : je n'ai pas besoin de vous dire son nom.
CHARLES, tressaillant. Je le sais! je le sais !
CROMWELL. Dites-moi, sire : n'est-ce pas que depuis l'heure où la hache du bourreau fit tomber sa tète, n'est-ce pas que sur tout ce que vous avez vu depuis lors il y avait une tache de sang ? n'est-ce pas qu'au fond de votre cœur vit et remue depuis ce jour une pensée voilée, triste et sombi séesi
MAGASIN l'HEAlT.AL.
nnbre, qui empoisonne toutes vos penses? n'est-ce pas qu'il ne s'est pas écoulé
une nuit sans qu un spectre vînt s'asseoir à votre chevet, j or tant sa lete à la main . et sans que cille tête, ouvrant sa bouche violette et sis veux ternes, ne vous ait crié : Malbeur à toi, Charles Stuart ! CHARLES. C'est vrai ! c'est vrai" Cromwell. Eh bien! moi, Charles, je ne veux point un pareil remords dans me journées, un pareil spectre dans mes nuits. Je puis vous sauver... je veux vous sau' ver!., je vous sauverai, sire, fût-ce malgré vous-même.
Charles. Est-ce pour me sauver que vous avez fait dresser l'échafaud devant ma fenêtre?
cromwell. Oui : car cet échafaud c'est, à votre volonté , le pont qui conduit à la mort ouàla vie. Cette nuit, ces planches ne sont qu'une estrade par laquelle vous pouvez descendre ; demain , au point du jour, c'est un écliafaud sur lequel il vous faut monter. Sortez donc par cette fenêtre; moi, je sortirai par cette porte. Dans dix minutes vous êtes sous le pont de Londres, dans une heure vous êtes en mer.
Charles. Et la sentinelle qui veille làbas?
cromwell. Je vous donnerai le mot d'ordre, et, pour qu'elle ne puisse vous reconnaître... tenez, voici le manteau avec lequelle elle m'a vu entrer...
Charles. Donnez donc, et que Dieu vous récompense!
CROMWELL. Attendez. {Il va à la fenêtre.) Bien , les ouvriers sont partis; la sentinell. seule se promène au bas de l'échafaud. Je vais lui parler pour qu'elle me reconnaissee (Elevant la voix.) Soldat!
LE SOLDAT, du dehors. Mon général.
CROMWELL. Rien de nouveau?
LE soldat. Rien.
CROMWELL. Bien, je descends. [Ilreferwe la fenêtre.) Maintenant, sire, pas un instant à perdre, voici le manteau: le mot d'ordre est Chartes ri Stml/o/l.
CHARLES , tressaillant. Le même que le jour de la bataille d'York!
CROMWELL. C'est vrai.
CHARLES , le prenant par le hras. De la loyauté , monsieur !
cromwell. Du courage, sire!...
(Cromwell ouvre la porte et Charles la fenêtre. Charles fait un pas sur l'échafaud : un homme noir, masque et nu-tète, le saisit brusquement par le bras. )
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