‹ ThéâtreChapitre 422 sur 846 · SCÈNE YII · texte numérisé non relu

SCÈNE YII

Les Mêmes, FURSTEMBERG.

FURSTEMBERG, ayant fail un signe à l'Officier, à An go.

Que puis-je pour vous?

ANGO

Je suis arrêté.

FURSTEMDERG.

Vous?.. Et moi qui avais pris jour pour l'audience !

ANGO

Je suis arrêté. C'est une méprise. Mais il me' faut suivre ces soldats à l'instant même , abandonner ma femme sans protection ici. Innocent, étranger, voilà tous mes droits à vous demander service ! Je n'ai pas le temps de vous dire qui je suis, de vous demander qui vous êtes; vous m'inspirez de la confiance, vous ne la tromperez pas.

FURSTEMBERG

Non, non! votre malheur m'intéresse...

ANGO

Reconduisez donc , je vous prie , ma pauvre femme chez sa parente !.. Au nom de l'honneur, monsieur, je vous confie ici ce que j'ai de plus cher au monde , toute ma vie...

MARIE , se jetant dans ses bras.

Ango, mon cher Ango!..

FURSTEMBERG , à l'Officier qui s'avance.

Attendez!..

ANGO

Ma vie, ma fortune, mon nom même, je pourrais vous confier tout cela et le perdre sans vous maudire peut-être... mais vous voyez cette

femme, mon unique amour, tout mon honneur; elle pour qui je suis heureux d'être riche , pour qui j'irais dans l'Inde sur une barque... Si je la perdais , monsieur, je perdrais mon âme , et je maudirais ma mère de m'avoir créé.

FURSTEMBERG

Soyez tranquil'e.

A NGO

Marie!., nous ne nous reverrons plus, peutêtre ! Pardonne, maintenant, hélas! je crains tout, je soupçonne tout. Jure-moi donc (il lui prend la main.) parle gage sacré de notre union, par cet anneau donné au jour heureux de notre mariage , que tu ne m'oublieras pas quand je serai loin de toi, Marie; que tu porteras, dans ton cœur, le souvenir d'Ango . aussi fidèlement que cet anneau à ton doigt , tant que je vivrai. S'ils me tuent , jure encore, Marie, que tu retourneras à Dieppe dire à Gallies que je suis mort, me pleurer avec lui, et me venger si vous pouvez.

MARIE

Que je suis malheureuse !

FURSTEMBERG, à Marie.

Moins que vous ne croyez, peut-être! (A Ango.) Je vais reconduire votre femme, et puis je m'occuperai de vous auprès du roi... Patience!

MARIE

Mon Dieu ! mais je ne puis te quitter.

ANGO

Mais non , j'ai tort de parler ainsi ; rassuretoi, ma chère Marie, ne pleure pas ; je ne cours pas le moindre danger. Je reprends courage , imite-moi, vois comme me voilà redevenu tranquille. Ne suis-je pas innocent? Je parlerai , je dirai mon nom au roi ; je lui dirai pourquoi je suis venu, quelle grande cause m'amène. Rassuretoi donc, nous nous reverrons bientôt; je serai bientôt libre. (A Furstemberg.) Veillez sur elle, monsieur. (A sa femme.) Au revoir, au revoir, ma vie , mon bonheur ! (A l'Officier.) Partons ! l'officier, à Marot, resté seul à table.

Allons , et vous aussi.

MAROT

On ne fait pas gras sans doute dans les cachots du saint-office... Je vais toujours, par précaution , emporter le reste du péché... dans l'ordonnance.

(Il prend le reste du gigot et sort en l'enveloppant

avec une des ordonnances affichée à la nappe

même de la table.)

Viy DU PREMIER TABLEAU

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