SCÈNE I
Michel GALLIES et PREMIER MATELOT.
(Us entrent précipitamment. )
GALLIES, blessé, sanglant, la casaque déchirée,' et tenant à la main un tronçon de hache.
Oh ! les gredins !.. les enragés ! Ils ne laisseront pas pierre sur pierre dans la maison... Les entends-tu, dis ?.. 11 faut que j'y retourne ; lâche-
PREMIER MATELOT, retenant Gallies.
Mais ils vont te tuer , mon garçon !
GALLIES.
Eh bien , tant mieux ! qu'ils me tuent! pourvu que j'en tue aussi quelques-uns... Je ne demande que cela !.. (il veut se dégager.) Ah ! ah ! je suis tout brisé... plein de sang !.. Mon Dieu !.. mon Dieu!.. (11 tombe épuisé sur un tas de cordages.) Oui... va!., va te battre, Gallies... te voilà solide et bien armé... Oh! corsaires, brigands que vous êtes tous !
(Il regarde le matelot avec fureur.) PREMIER MATELOT.
Ah ça! mais, Gallies, tu sais bien que je n'en suis pas , moi !
GALLIES.
Je sais... je sais... je ne sais rien !.. Pourquoi ne m'as-tu rien dit?... Tu savais bien ce qu'on voulait faire !
PREMIER MATELOT
Dénoncer mes camarades!
GALLIES.
Et moi , imbécille ! qui n'ai rien deviné , rien prévu... Ango! mon maître, mon ami, mon bon frère Ango ! que vas-tu dire , quand tu reviendras? (Il pleure.)
PREMIER MATELOT
Allons donc, Gallies, du courage!.. Est-ce que c'est ta faute si les marchands, ennemis d'Ango , ont profité de son absence pour faire une émeute contre lui?.. C'est une fière bêtise que de s'attacher comme cela! Ne dirait-on pas que tu es son chien , à cet homme ?
GALLIES.
Et qui donc aimerais-je, si je n'aimais cet homme-là? 11 m'a nourri, adopté pour frère, il n'a jamais rien eu de caché pour moi , il m'aurait enrichi cent fois déjà, si j'avais voulu!.. Ah! oui , tu as raison , matelot : je suis son chien. Quand le maître est parti, le chien est triste ; il ne mange, ni ne dort, comme moi; il garde mal la maison , comme moi. Veux-tu que je te dise mon idée? Tiens, je crois qu'Ango est mort !
PREMIER MATELOT
Mort !
GALLIES.
Oui... Us l'auront tué là-bas, à Paris... Je sens ça, vois-tu.., (Le tapage recommence, on voit des flammes sortir de la maison.) Oh! sûrement qu'il est mort!.. Quand on abat la maison, c'est qu'il n'y a plus personne pour l'habiter... Au moins, Gallies sera enterré dans les débris.... Laisse-moi! il faut que j'y aille... (il se lève.) Toi... écoute... L'or et l'argent sont en sûreté, bien cachés... Je vais te dire où...